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Июнь
2025

Livres : Jean Le Gall et Bruno de Cessole sondent le coeur humain

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James Joyce n’avait pas des mots aimables envers la Ville éternelle : "Rome m’évoque un homme qui gagne sa vie en montrant le cadavre de sa grand-mère." C’est sur les bords du Tibre en 1969 que Jean Le Gall a situé son quatrième roman, Dernières nouvelles de Rome et de l’existence, sans aucun doute la meilleure fiction parue chez Gallimard depuis le début de l’année. Le héros (ou plutôt l’antihéros), Nicolas Palumbo, à peine élu à la tête d’un parti d’extrême gauche, décide de tout plaquer et de devenir vendeur de canapés. "Un révolutionnaire dans le convertible ?", ironisent ses rares proches. Cet homme romantique et solipsiste s’invente des dialogues imaginaires avec son ex, s’envoie des lettres à lui-même, ne lit plus que les préfaces des bouquins qu’il achète, s’essaie mollement à la psychanalyse, expérimente avec délice le congé maladie sans être atteint d’aucune pathologie, à part peut-être le vague à l’âme…

Alors que sa mère se meurt de démence sénile, Palumbo médite sur sa fuite loin des luttes idéologiques : "Car oui c’est un antimoderne, et les antimodernes n’ont pas de parti refuge, pas de bannière, pas d’évangile. Leur indiscipline intempestive est une malédiction ; la droite les pense de gauche, la gauche les croit de droite cependant que le centre tout-puissant déverse sur eux la gamme étendue des ressentiments et de la calomnie."

Quelques pages plus loin, on trouvera cet aphorisme : "A trop vouloir démontrer l’inexistence de Dieu, l’homme n’a pas vu la sienne." Cette flânerie romaine pleine de spleen et d’esprit fait penser au film La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino, mais aussi à des livres : au Feu follet, de Drieu la Rochelle, à Daimler s’en va, de Frédéric Berthet, et surtout à La Conscience de Zeno, d’Italo Svevo, ce chef-d’œuvre un peu oublié du siècle dernier.

Réflexion sur la place du livre

Excellent écrivain, Jean Le Gall est également un éditeur à plusieurs casquettes, patron à la fois de Séguier, de Sonatine et du Cherche Midi. C’est dans cette dernière maison qu’il vient de publier Tout est bien puisque tout finit, de Bruno de Cessole. Ce roman commence comme une comédie acide : Baltasar dos Santos, romancier français d’origine portugaise, est à Stockholm pour recevoir le prix Nobel de littérature. Sur scène, il se montre moins diplomate que Patrick Modiano en 2014.

Devant une foule médusée, voilà que Baltasar renie toute son œuvre, avouant qu’il a écrit par intérêt ses livres bien-pensants, sans en croire un mot. Scandale ! Son éditeur et sa femme sont furieux. Baltasar, qui aurait voulu être Thomas Bernhard et n’est devenu qu’un mélange de Guillaume Musso et Karine Tuil, part se cacher à Lisbonne, en mode J. D. Salinger moderne. Là-bas, il se résout à ne plus écrire. Lorsqu’un faussaire sortira sur Amazon un inédit signé Baltasar dos Santos, il n’aura pas la réaction attendue… Et si, au fond, c’était une aubaine pour un auteur que d’être remplacé ? Réflexion tour à tour mélancolique et amusée sur l’écriture et la place du livre aujourd’hui, Tout est bien puisque tout finit rappelle les romans de Philip Roth mettant en scène Nathan Zuckerman, Jacob Jacobi, de Jack-Alain Léger, et le Nabokov dernière période (Regarde, regarde les arlequins !).

Sur les pas de Pessoa

La peinture poétique que Cessole fait de Lisbonne, "ville des ruines et de l’éternel retour qui ressasse la nostalgie de sa gloire évanouie au cœur de son provincialisme étriqué", n’est pas sans évoquer la vision que Le Gall a de Rome. Leurs deux romans crépusculaires sont cousins, empreints d’un humour et d’un détachement semblables.

Exilé dans les quartiers hantés jadis par Pessoa, le personnage de Cessole en vient à relire et à citer le Kafka portugais, auteur posthume du Livre de l’intranquillité : "A partir du moment où nous pouvons considérer ce monde comme une illusion et un fantôme, nous pouvons considérer tout ce qui nous arrive comme un rêve, une chose qui a feint d’exister parce que nous dormions. Et alors naît en nous une indifférence subtile et profonde à l’égard de tous les affronts et affres de l’existence." Dans une époque où nous croulons sous les pensées positives, les injonctions "inspirantes" débilitantes et autres manuels de développement personnel parfois déguisés en romans, cela fait du bien de renouer avec une conception digne de la littérature. Aux lecteurs de Stendhal et de Léautaud, on conseille chaleureusement ces livres qui sondent avec sensibilité le cœur humain – en attendant que nous ne cédions tous la place à des intelligences artificielles.

Dernières nouvelles de Rome et de l’existence, par Jean Le Gall. Gallimard, 191 p., 20 €.

Tout est bien puisque tout finit, par Bruno de Cessole. Le Cherche Midi, 348 p., 22 €.















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