Добавить новость
smi24.net
World News
Июнь
2025

"On gagne de l'argent, c’est notre métier" : le business derrière l’assistance aux étrangers

0

Au bout du fil, La Marseillaise retentit pour faire patienter. Une secrétaire décroche et vous promet d’une voix rassurante : "Chez Démarche Française, on vous offre un rendez-vous gratuit !". C’est par ce type d’offre que Vansh, 20 ans, Indien arrivé en France il y a trois ans, a été séduit. Devant l’ascenseur, à la sortie de son rendez-vous chez Titres Français, une autre entreprise, le jeune homme serre son sac à dos et un dossier de papiers, un peu déboussolé. Face à l’attente interminable des rendez-vous en préfecture pour renouveler son titre de séjour, il s’est tourné vers cette structure, repérée sur Instagram. Après un premier rendez-vous gratuit, il vient de payer 400 euros pour un second, première tranche d’un accompagnement coûtant 1 200 euros. "J’avais peur… J’ai payé. On va voir ce que ça donne", confie-t-il.

Démarche Française, Titres Français, Pôle Démarche… Beaucoup de personnes étrangères se tournent vers ces entreprises privées pour obtenir leurs papiers. Elles sont le plus souvent désemparées face à des démarches administratives toujours plus complexes. Le tout, dans un contexte politique marqué par la nouvelle circulaire du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui durcit les conditions de régularisation.

Jusqu'à 1 800 euros

Au 5e étage de cet immeuble discret du 12e arrondissement de Paris, les bureaux de Titres Français reprennent les codes d’une start-up. Salle d’attente épurée, écrans d’information et brochures soignées au logo tricolore. L’accueil est chaleureux. Dans son bureau, entouré d'ordinateurs dernier cri, le directeur marketing précise : "Nous sommes des conseillers privés en démarches administratives." Il insiste sur la transparence. La société existe depuis un an, emploie sept juristes, des consultants, une équipe communication et un service d’accueil. Les prix vont jusqu’à 1 800 euros pour un accompagnement complet.

Cet accompagnement débute par un premier rendez-vous gratuit durant lequel la situation du client est étudiée. À l’issue de cet entretien, une liste personnalisée de documents à fournir lui est remise. Ces pièces devront être apportées lors d’un second rendez-vous, payant, avec le "pôle administratif", chargé de leur vérification et de leur numérisation. Une fois le dossier jugé complet, il est transmis à un autre service, le "pôle de traitement", qui assure le dépôt en préfecture. "Les gens sont perdus, nous les aidons à structurer leurs demandes. Si c’est trop complexe, on les oriente vers un avocat partenaire". Mais une question reste en suspens : ici, sait-on vraiment qu’on ne s’adresse pas à l’Etat ?

Pas vraiment. Le directeur reconnaît que l’ambiguïté autour du nom Titres Français et l’usage de visuels inspirés des symboles de l’administration, comme le drapeau tricolore ou la balance de la justice, n’est pas anodin. "Oui, c’est de la confusion", admet-il sans détour. Avant de nuancer : "On va changer. On s’est rendu compte que beaucoup de gens pensaient avoir affaire à la préfecture en venant ici." Le nom, la façade, l’organisation : tout est pensé pour inspirer confiance, voire ressembler, à une institution. "Pour l’inconscient collectif, c’est mieux de s’appeler Titres Français", reconnaît le responsable.

Une stratégie qui fonctionne puisque "la communication marche", comme il le dit drôlement. Les clients arrivent souvent après avoir vu passer une publicité sur Instagram ou TikTok. Une seule plainte a été déposée en 18 mois, affirme-t-il, doublée d’un signalement à la répression des fraudes (DGCCRF). De son côté, la DGCCRF confirme à L’Express avoir reçu, en 2024, une vingtaine de signalements, "pour des démarches administratives liées à des renouvellements de titre de séjour ou de régularisation", via sa plateforme SignalConso.

SMS non-sollicités

Dans ce secteur, ces entreprises misent sur les réseaux sociaux. Démarche Française multiplie les vidéos TikTok. L’entreprise paye aussi des influenceurs. Le tiktokeur Justt Zizou, suivi par 10 millions d’abonnés, en a fait la promotion sans préciser s’il s’agissait d’un partenariat rémunéré. Interrogé sur ces pratiques, Georges Djen, cofondateur de Démarche Française, botte en touche. Il ignore que la loi impose de signaler toute collaboration commerciale. Le démarchage se fait aussi par SMS pour inciter à la prise de rendez-vous. Certains affirment recevoir des SMS non sollicités de Démarche Française, sans avoir transmis leurs coordonnées. Par exemple, Dyna Pierre, 43 ans, infirmière haïtienne régularisée en 2021, en attente d’une naturalisation, raconte : "Ils m’envoyaient des messages tout le temps".

Le discours est toujours le même : "rendez-vous gratuit" ou "on s’occupe de tout". Seule et dans l’attente, Dyna l’admet : "Je me suis dit, pourquoi pas ? Peut-être qu’ils peuvent faire bouger les choses." Elle a finalement renoncé, mais continue d’être sollicitée. Questionné à ce sujet, Georges Djen, concède : "Des relances peuvent être envoyées, quelques jours, une semaine ou un mois après une demande non suivie de rendez-vous".

"On n’impose rien à personne"

Les dirigeants de Démarche Française assument leur place dans un secteur en pleine expansion. Fondée en 2023 par Julien Perez et Georges Djen, tous deux issus d’écoles de commerce, l’entreprise revendique un positionnement clair : du conseil administratif, pas du droit. "Nos conseillers ne sont pas compétents dans le domaine juridique", affirme Julien Perez, avant de mettre fin abruptement à la conversation. Georges Djen, directeur associé, reconnaît ne posséder aucune expertise juridique. Mais pour lui, ce n’est pas le sujet. "Il faut arrêter de croire que ce n’est que du business. Il y a une vraie demande". Avant de tenter une comparaison : "Vous pouvez faire les pâtes chez vous ou payer pour qu’on vous les serve au restaurant, c’est pareil".

Le flou sur la nature exacte des services proposés persiste : sur les réseaux sociaux, la frontière entre conseil administratif et consultation juridique est parfois difficile à saisir. Mais Georges Djen prétend avoir des tarifs publics, fixes, forfaitaires. Entre 700 et 1 800 euros. "On n’impose rien à personne." Problème : ces tarifs ne figurent ni sur le site, ni sur les publications TikTok, et les secrétaires peinent à les communiquer par téléphone. Par ailleurs, le modèle repose sur une mise en relation avec des "avocats partenaires", dont la liste demeure inconnue. Sur le marché du droit des étrangers, Démarche Française se targue d’avoir "inventé un métier" né du vide laissé par l’État. Si l’entreprise reconnaît en tirer profit - "Oui, on gagne de l’argent, c’est notre métier" - Georges Djen insiste sur "l’éthique".

"N'importe qui peut le faire"

Une éthique contestée par les avocats puisqu’elle "n’engage que celui qui la proclame", explique Charles Ohlgusser, membre de l’ordre des avocats. Ces démarches administratives, "n’importe qui peut le faire". Ce ne sont pas des consultations juridiques soumises à une déontologie. "Les avocats sont encadrés par des ordres professionnels et contrôlés par des instances disciplinaires, ces prestataires ne répondent devant aucune autorité", rappelle Charles Ohlgusser. Depuis la dématérialisation des démarches via la plateforme ANEF (Administration numérique des étrangers en France), les sites d’assistance aux étrangers se sont multipliés. Conséquence, "mes confrères récupèrent fréquemment des dossiers mal traités par ces structures", regrette l’avocat.

"Il n’existe ni suivi, ni recours, ni interlocuteur clairement identifiable en cas de problème". Dès que survient une difficulté, "la personne est abandonnée". Dans certains cas, comme chez Action Juridique, impossible de se rendre sur place pour protester. Ce simple standard téléphonique ne possède pas de locaux. "Quand les dossiers n’aboutissent pas, les étrangers doivent solliciter en urgence un avocat et payer, une seconde fois".

Système public défaillant

Les usagers déboursent plusieurs milliers d’euros pour des démarches simples, réalisables gratuitement en ligne ou grâce à des associations telles que la Cimade ou France Terre d’Asile. Une situation déplorée par Ali Rih, responsable de l’association PIMMS (Points d'Information Médiation Multi Services) des Yvelines, qui dénonce une "ubérisation" du service public. "C’est devenu un marché parallèle du droit". Les personnes étrangères "acceptent n’importe quoi". La priorité est d’obtenir ses papiers. "Le reste, les arnaques et l’argent perdu, passe au second plan".

Ali Rih se souvient d’un cas particulier. Rachid*, arrivé en France il y a plus de dix ans, a suivi un parcours sans encombre : études, stages, puis embauche dans une entreprise. Jusqu’au renouvellement de sa carte pluriannuelle. Il s’est retrouvé bloqué. Faute de rendez-vous en préfecture et sous pression de son employeur, il a fait appel à un service privé promu sur les réseaux sociaux. "Il a payé plusieurs rendez-vous, échangé une quinzaine de mails, mais le dossier n’a jamais été déposé", relate Ali Rih. Résultat : son titre avait expiré depuis cinq mois et son contrat a été suspendu. Finalement aidé par le PIMMS, il a pu régulariser sa situation en urgence, après avoir

"Système défaillant"

Pour Laurent Delbos, directeur d’Asile Plaidoyer, l’essor des services privés d’aide administrative n’est pas un hasard. "C’est la conséquence directe d’un système public défaillant". Selon lui, les usagers ne paient pas ces structures alternatives par choix, mais par dépit : "Si je paye, ça va faciliter mon parcours", pensent beaucoup.

"Certaines apportent des solutions, certes coûteuses, à des démarches que les services publics peinent à gérer efficacement", nuance-t-il. Mais cette réalité crée aussi un terrain propice aux dérives et aux pratiques trompeuses. Laurent Delbos l’affirme : "C’est ce vide que ces plateformes exploitent."

*Le prénom a été changé















Музыкальные новости






















СМИ24.net — правдивые новости, непрерывно 24/7 на русском языке с ежеминутным обновлением *