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Июнь
2025

Bernard Haykel : "Eliminer l’ayatollah Khamenei ? Si Israël en a la possibilité..."

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Les spéculations s’intensifient sur un éventuel engagement direct des Etats-Unis dans le conflit entre Israël et l’Iran. Si, selon des responsables américains, Donald Trump n’a pas encore pris de décision et garde toutes les options sur la table, le président américain a toutefois brandi, le 17 juin, la menace de s’en prendre directement au guide suprême de la République islamique. Les Etats-Unis "savent exactement où se cache le soi-disant'guide suprême'" mais ne comptent pas "l’éliminer (le tuer !), du moins pour le moment", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social, se prévalant du contrôle total de l’espace aérien iranien.

Au sixième jour de la confrontation militaire, l’ayatollah Ali Khamenei lui a répondu, dénonçant des propos "inacceptables" et assurant que son pays ne se rendrait pas. "Les Américains doivent savoir que toute intervention militaire de leur part entraînera assurément des dégâts irréparables", a ajouté le dirigeant au pouvoir depuis 1989.

Le régime iranien peut-il encore tenir longtemps face à la pression militaire exercée par Israël et les menaces américaines ? Pour Bernard Haykel, professeur au département des études proche-orientales à l’université de Princeton aux Etats-Unis, même si le guide suprême est éliminé, "le régime ne s’effondrerait probablement pas immédiatement". Mais il n’écarte pas la possibilité que le pays sombre dans "une guerre civile". Entretien.

L’Express : Les frappes israéliennes constituent-elles une humiliation pour les renseignements iraniens ?

Bernard Haykel : Absolument. Les Israéliens ont réussi à éliminer des figures clés du régime iranien. On peut supposer que si les Iraniens avaient eu connaissance de cette attaque ou s’ils n’avaient pas été autant infiltrés, ils auraient pris des mesures pour s’en protéger. Or, cela n’a pas été fait, ce qui montre clairement qu’ils ont été pris de court.

Quant à Israël, cela fait probablement une vingtaine d’années qu’ils préparent une telle opération. Depuis 2006, après la guerre contre le Hezbollah, le Mossad a considérablement grandi, triplant presque de taille, avec pour mission centrale la gestion de la menace iranienne. C’est pourquoi je doute fortement qu’ils acceptent un cessez-le-feu ou qu’ils mettent fin à cette offensive maintenant. Un tel projet représente un investissement considérable : en capital, en ressources humaines, en capacités de renseignement et en moyens militaires. L’ampleur des moyens déployés est impressionnante. Il est évident qu’ils attendent un résultat à la hauteur de cet engagement, et à mon avis, cela ne peut pas s’arrêter en deux ou trois jours.

Comment expliquez-vous le niveau d’infiltration du Mossad en Iran ?

Le contexte - de la crise économique et de l’hostilité croissante de la population - a permis à Israël de recruter des Iraniens prêts à agir contre leur propre régime. Il semble même que l’infiltration du Hezbollah se soit faite indirectement via ces réseaux iraniens, notamment à travers des éléments des Gardiens de la Révolution qui auraient été retournés ou influencés par Israël. Cette vulnérabilité interne permet des intrusions étrangères jusque dans ses propres structures de sécurité. On observe d’ailleurs un contraste saisissant : Israël n’a pas réussi à infiltrer les Houthis ou le Hamas de la même manière, preuve que cette faille est propre à l’appareil iranien.

Par ailleurs, de nombreuses opérations menées sur le sol iranien, y compris des assassinats ciblés ou des actions de sabotage de drones, seraient en fait réalisées non pas par des agents israéliens eux-mêmes, mais par des Iraniens recrutés et formés par Israël. C’est un fait assez extraordinaire : des Iraniens eux-mêmes exécutent ces missions contre leur propre régime, ce qui en dit long sur l’état de défiance et de fragilité interne de l’Iran.

Les experts militaires sont unanimes pour saluer une opération qu’il juge déjà réussie. Quel est votre avis ? Est-ce que la capacité de nuisance militaire de l’Iran a été affaiblie dans la durée ?

Ce n’est pas encore clair. Les Iraniens disposent d’au moins 20 000 missiles, mais je constate que leur capacité de frappe diminue progressivement, jour après jour, ce qui montre que la partie adverse est handicapée mais conserve encore des moyens d’action. On estime qu’ils en ont déjà utilisé environ près de 20 % jusqu’à présent. Cela dit, il est évident que les Israéliens ont réussi à détruire de nombreuses plateformes de lancement et qu’ils ont désormais un contrôle de l’espace aérien. De ce fait, la capacité offensive iranienne est donc sérieusement réduite.

Est-ce qu’Israël peut réellement mettre fin au programme nucléaire iranien ?

Le régime iranien semble déterminé à se doter de l’arme nucléaire pour des raisons stratégiques évidentes. Il observe que la Corée du Nord, qui possède l’arme nucléaire, bénéficie d’une certaine forme de respect et n’a pas été attaquée, tandis que des régimes comme celui de Kadhafi en Libye, qui avait abandonné son programme nucléaire, ont été renversés par l’Occident. Le régime a tiré une leçon claire de ces événements : il considère l’arme nucléaire comme une garantie indispensable pour assurer sa survie. Annihiler complètement le programme est très compliqué sans le soutien américain.

Plusieurs hauts dirigeants des Gardiens de la Révolution ont été tués par Israël mais ils sont souvent très rapidement remplacés. Comment fonctionne cette structure des "pasdarans" ?

En Iran, les institutions sont structurées de manière que chaque responsable puisse théoriquement être remplacé ; les postes sont interchangeables dans une certaine mesure. Cela s’explique par le fait que le régime iranien repose avant tout sur des institutions solides et non sur une seule personne. Il s’agit d’un pouvoir structuré, hiérarchisé, pyramidal, contrairement à des régimes comme celui de la Syrie, où tout dépend d’une figure unique.

Mais en réalité, leur poids n’est pas forcément équivalent à celui des figures disparues. Par exemple, lorsque le général Soleimani en janvier a été assassiné à Bagdad sur ordre du président Trump, il a bien été remplacé par Ismael Qaani (NDLR : qui dirigeait la force Al-Qods), qui vient lui aussi d’être éliminé par Israël. Pourtant, Qaani n’avait ni le charisme, ni l’influence, ni les capacités de commandement de son prédécesseur sur les Gardiens de la Révolution.

Assiste-t-on à une opération militaire ou un coup d’Etat ?

Je pense qu’à l’origine, l’opération avait un objectif strictement militaire. Mais le succès spectaculaire des premières actions a sans doute poussé les Israéliens à élargir leurs ambitions, jusqu’à envisager un véritable changement de régime en Iran. C’est ce qu’on appelle en anglais une "mission creep", une dérive des objectifs initiaux où le succès encourage à poursuivre des buts plus vastes, au risque de compliquer la situation.

Aujourd’hui, il semble que l’objectif israélien ne se limite plus à affaiblir les capacités militaires iraniennes, mais à tester la possibilité de provoquer une transformation politique majeure, voire un renversement du régime lui-même. Si cela réussit, ce serait pour eux le retour sur investissement majeur qu’ils espèrent depuis longtemps.

Israël cherche-t-il clairement à éliminer Ali Khamanei ?

Je pense que si les Israéliens en ont l’opportunité, ils chercheront sans aucun doute à éliminer le chef du régime. Cette stratégie s’inspire du précédent libanais : l’assassinat de Nasrallah avait porté un coup très dur au Hezbollah, l’affaiblissant presque totalement au Liban.

Ce modèle d’élimination ciblée des dirigeants semble désormais constituer la ligne d’action privilégiée par Israël. Ils ont d’ailleurs tenté d’appliquer cette approche récemment contre le chef des Houthis, Abdul-Malik al-Houthi. Il me semble clair qu’ils poursuivent cette stratégie, car elle leur a apporté un succès considérable dans le passé.

Et si le guide suprême est éliminé, que se passerait-il ?

Le régime ne s’effondrerait probablement pas immédiatement. Ce n’est pas ce que l’on appelle un "régime à une balle", c’est-à-dire un système dont la chute dépend uniquement de l’élimination d’un seul homme. Le pouvoir en Iran bénéficie encore du soutien d’une part non négligeable de la population. Tout cela rend l’idée d’une révolution interne, telle que souhaitée par Israël ou d’autres acteurs extérieurs, beaucoup plus complexe et incertaine. Ce n’est donc pas une tâche facile ni une perspective garantie.

Est-ce que l’on est en train d’assister au même scénario que dans l’Irak de Saddam Hussein ?

La situation est très différente de celle de l’Irak. À l’époque, le renversement du régime irakien avait nécessité une véritable invasion terrestre, avec des armées, des chars et une occupation du territoire. Dans le cas de l’Iran, la stratégie israélienne est tout autre. Il n’est pas question d’invasion militaire classique. L’objectif porte sur des frappes ciblées contre les installations nucléaires et contre les membres clés de l’élite militaire et nucléaire du régime. Parallèlement, il semble exister un projet visant à affaiblir le régime de l’intérieur en encourageant la population à se soulever. On n’assistera donc pas à une guerre conventionnelle, avec des armées en marche ou des troupes au sol, comme dans les conflits traditionnels du passé. Ce genre d’intervention appartient à une autre époque.

Même si les Américains interviennent éventuellement pour neutraliser des sites comme Fordo, cela restera une opération ciblée, loin d’une invasion à grande échelle.

Le régime vit-il ses dernières heures ?

On ne peut jamais prédire la chute d’un régime, surtout en Iran. Tout dépend de la volonté du peuple iranien à se soulever. Mais il faut aussi prendre en compte que les 20 % de la population qui soutiennent encore le régime sont prêts à tout pour le défendre, y compris à user de violence extrême contre les opposants. Je pense qu’il existe actuellement deux sentiments contradictoires qui traversent la société iranienne. D’un côté, un fort nationalisme : une partie importante du peuple iranien estime que le pays est attaqué par des puissances étrangères - Israël et l’Occident - et que, par conséquent, il faut se rallier autour du régime pour défendre l’intégrité nationale. Ce réflexe patriotique est profondément ancré dans la culture iranienne.

Mais en parallèle, un autre courant d’opinion se développe : celui qui reproche au régime d’avoir justement placé l’Iran dans cette situation périlleuse. Beaucoup estiment que le pouvoir a gaspillé des ressources colossales dans des aventures militaires régionales - au Liban, en Syrie, en Irak - au lieu de protéger efficacement le pays. Résultat : malgré tous ces efforts et dépenses, l’Iran se retrouve aujourd’hui vulnérable et menacé. Ce sentiment alimente l’idée que le régime a échoué et qu’il est peut-être arrivé en fin de course.

Par ailleurs, le régime iranien a montré qu’il sait faire preuve d’une grande souplesse tactique : il peut accepter des concessions, annoncer un changement de cap, puis revenir plus tard sur ses engagements une fois la pression relâchée. C’est un système habile, capable de temporiser et de ruser pour préserver ses intérêts sur le long terme.

Si Khamanei est tué, comment l’Iran va-t-il désigner son nouveau guide suprême ?

La situation est complexe, car il existe plusieurs ayatollahs, représentant différentes factions et courants d’opinion. Certains sont un peu plus modérés, d’autres nettement plus radicaux. Ces divisions internes rendent incertaine la désignation d’un successeur, et il n’est pas évident qu’un remplaçant puisse s’imposer naturellement.

Mais en théorie, la succession passe par un processus officiel : une élection organisée par l’Assemblée des experts, composée de théologiens et de juristes. Ce mécanisme formel est censé désigner le prochain guide suprême. On a d’ailleurs pu en voir un exemple concret lorsque Khamenei lui-même a été choisi ; des images de cette élection existent, montrant clairement que l’ancien président Rafsandjani avait joué un rôle déterminant à l’époque. L’élection s’était faite sur la base d’un consensus, une acclamation presque unanime de l’assemblée en 1988.

Existe-t-il une opposition capable de reprendre le lead ?

Le problème majeur d’une éventuelle révolution, c’est la faiblesse et la division de l’opposition iranienne. Elle est éclatée, sans réelle structure unifiée ni leader charismatique capable de rassembler les mécontentements. Même le fils du Shah, Reza Pahlavi, souvent cité comme figure d’opposition potentielle, manque de force de caractère et de leadership. Le régime en place a d’ailleurs tout fait pour entretenir cette désorganisation de l’opposition, ce qui rend un soulèvement coordonné très improbable à court terme.

De plus, les perceptions régionales divergent sur ce scénario. Côté israélien, il n’y a pas d’inquiétude particulière quant aux conséquences internes en Iran si le régime venait à s’effondrer, même si cela devait entraîner une guerre civile.

Le fils d’Ali Khamanei est-il une option crédible ?

Oui mais ce n’est pas quelqu’un qui se distingue par son érudition ou sa légitimité religieuse, pas plus que son père d’ailleurs, qui lui-même n’est pas reconnu comme un grand savant théologique. Or, normalement, un Ayatollah doit posséder une solide réputation d’érudit. Son principal atout reste donc le soutien de son père, mais en dehors de cela, ses qualifications sont limitées.

La succession reste très incertaine, d’autant qu’il existe plusieurs prétendants potentiels. Aucun ne s’impose clairement.

L’option d’une rébellion des "pasdarans" contre le guide suprême peut-elle faire partie des scénarios ?

La Garde révolutionnaire jouera probablement un rôle déterminant dans le choix du prochain guide suprême. En réalité, ce que souhaite la Garde, c’est installer un ayatollah docile, une figure symbolique qui servirait de façade religieuse pendant qu’eux exerceraient le véritable pouvoir, à la manière d’un régime militaire déguisé.

L’enjeu pour les Gardiens de la Révolution est donc d’avoir un guide suprême réduit à un rôle de marionnette, ce qui leur permettrait de contrôler l’État de manière quasi directe. Un peu à l’image d’une garde prétorienne qui, tout en respectant les formes et la tradition, placerait un dirigeant sans réel pouvoir. Ce serait un bouleversement majeur en Iran : historiquement, le religieux a toujours prévalu sur le militaire. Mais si ce scénario se confirme, l’équilibre des forces s’inverserait, reflétant une réalité déjà présente en coulisses où l’armée détient une part croissante du pouvoir effectif.

Donald Trump entretient le flou sur sa participation à la guerre. Que va-t-il faire ?

La position des États-Unis pèse dans l’équation. En théorie, Trump pourrait freiner Israël, par exemple en suspendant l’approvisionnement en armes. Mais il est difficile de dire s’il serait prêt à exercer cette pression, notamment en raison de contraintes politiques internes aux États-Unis. De plus, Trump préfère toujours se positionner du côté des vainqueurs — et pour l’instant, Israël semble l’emporter.

Trump s’est engagé à ne jamais laisser l’Iran obtenir l’arme nucléaire, ce qui le place lui aussi dans une position difficile : il est lié par sa propre parole. En somme, Trump semble espérer que l’Iran pliera face à la pression et accepte des conditions qu’il est peu probable que le régime accepte. Tant qu’Israël enchaîne les succès militaires, il n’est pas certain que Trump puisse mettre un terme à l’opération. Il pourrait même aller jusqu’à apporter un soutien militaire direct pour frapper des cibles sensibles comme le site nucléaire de Fordo.

Emmanuel Macron a-t-il raison lorsqu’il estime que vouloir changer le régime en Iran par la force serait une "erreur stratégique" ?

Le modèle israélien construit une analogie directe entre le régime iranien et celui de Hitler et des nazis. Pour Israël, le régime iranien représente une menace existentielle comparable : un pouvoir déterminé à détruire le peuple juif et l’État d’Israël, notamment par l’arme nucléaire. Dans cette logique, il ne s’agit pas simplement de contenir ou de dissuader ce régime, mais de l’éliminer totalement, comme cela a été nécessaire face à l’Allemagne nazie.

Que craignent les pétromonarchies de la région ?

Les pays du Golfe – bien qu’hostiles au régime actuel – redoutent fortement un tel chaos. Ils craignent l’éclatement d’un conflit interne majeur dans un pays de près de 100 millions d’habitants, avec des risques d’instabilité qui déborderaient sur toute la région. En somme, si Israël semble prêt à accepter n’importe quelle conséquence du renversement du régime, les États arabes du Golfe, eux, redoutent profondément un scénario d’anarchie généralisée à leurs portes.

En Arabie saoudite, la grande inquiétude est que si le régime iranien se retrouvait confronté à une menace existentielle, il pourrait, dans un acte de désespoir ou de nihilisme, s’en prendre directement à des cibles stratégiques. Cela inclurait les champs pétroliers saoudiens, les principales installations de dessalement d’eau, ainsi qu’à Dubaï et d’autres centres névralgiques des Émirats arabes unis.

Un tel scénario provoquerait une grave crise économique mondiale, notamment en perturbant le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, passage clé pour les exportations de pétrole. Les pays du Golfe redoutent donc que, face à un danger extrême pour sa survie, le régime iranien adopte une attitude radicale et destructrice.















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