Israël-Iran : qui est illégitime si ce n'est la mollahrchie qui sème le chaos ? Par Abnousse Shalmani
Rien ne nous aura été épargné. Rien n’aura été épargné aux démocrates, aux libéraux, aux humanistes. Depuis les pogroms du 7 octobre 2023, à peine remis du choc de la violence meurtrière assumée, filmée, diffusée, de la joie et la fierté des massacres d’hommes, de femmes, d’enfants, à peine avions-nous mesuré la portée du 7 octobre, qu’il fallait remiser l’analyse géopolitique pour contrer l’embellissement du Hamas, groupe terroriste devenu soudain mouvement de résistance, pour rappeler combien, depuis 2007 et la mainmise des Frères musulmans sur la bande de Gaza, la population est exsangue, soumise à une propagande brutale, à la répression, aux balles dans la nuque pour crime de trahison, aux détournements de l’aide humanitaire des hôpitaux et des universités vers des tunnels-refuge pour tueurs-idéologues qui préparaient obsessionnellement, non pas la possibilité d’un Etat palestinien, mais la destruction d’Israël.
Rien ne nous aura été épargné. Alors qu’Ismaël Haniyeh, chef politique du Hamas, a été éliminé par Israël à Téhéran, nous avons encore dû reprendre la biographie morbide. Rappeler qu’il était celui qui, dans une allocution diffusée par la chaîne Al Mayadeen le 26 octobre 2023 pérorait fièrement son amour de la mort : "Le sang des femmes, des enfants et des personnes âgées… nous sommes ceux qui avons besoin de ce sang, pour qu’il réveille en nous l’esprit révolutionnaire, pour qu’il ravive notre détermination." Rappeler qu’il était cet homme pour qui aucun mort n’est de trop pour nourrir et sa haine d’Israël et son amour de l’argent (une fortune estimée à 2,5 milliards de dollars).
Rappeler, enfin, l’interminable liste de ses corruptions (dont ses fils qui se donnent en spectacle sur les réseaux sociaux : Maaz, un magnat de l’immobilier, surnommé le "père des maisons" à Gaza, ce qui donne une petite idée de son emprise sur la construction, et Abdel Salam, qui a vidé les caisses du Hamas pour son compte, en état de disgrâce donc, mais toujours membre du conseil du Hamas), son exploitation sans vergogne des Gazaouis, sans que rien ne vienne ébranler la certitude de ceux qui pensent défendre la cause des Palestiniens en soutenant ces lugubres personnages.
Rien ne va plus
Le même schéma s’est reproduit avec Hassan Nasrallah, chef nocif du Hezbollah. Il a fallu attendre un éditorialiste émirati, Abdulkhaleq Abdulla, pour lire le soulagement et même une forme de satisfaction à l’annonce de sa mort : "Peu importe qui l’a tué, Israël ou le diable lui-même, Hassan Nasrallah ne nous manquera pas, nous sommes mieux sans lui." Alors que le monde occidental, ses dirigeants, ses étudiants, ses médias, sa gauche faisaient triste mine, vous comprenez "la crainte de la déstabilisation". Il aura pourtant suffi d’une poignée de jours, après l’élimination de Nasrallah, pour que le Liban puisse enfin se doter d’un gouvernement et reprendre pied, ce qui était devenu inimaginable depuis l’explosion du port de Beyrouth en août 2020 imputé au Hezbollah qui est le cancer métastasé du Liban.
Rien ne nous aura été épargné. Tant qu’il suffisait de chanter Baraye, la chanson de la révolution iranienne après l’assassinat de Mahsa Amini, de finir tous les discours, les remerciements par un vibrant "Femme, vie, liberté" parfois même dit en persan, souvent en se touchant le cœur ou en levant le poing, ou encore de se couper une (petite) mèche de cheveux postée sur les réseaux sociaux en soutien à ces-femmes-iraniennes-si-courageuses, tout allait bien - sauf pour la gauche qui ne manifeste plus contre les islamistes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.
Rien ne va plus depuis qu’Israël attaque les installations militaires et élimine méthodiquement la hiérarchie des Gardiens de la Révolution. Ça fait la fine bouche, ça défend la paix, ça cause illégitimité de la guerre préventive. Mais comment ces bons esprits pensaient qu’on se débarrasserait de la mollahrchie qui tient les leviers politiques, militaires et économiques ? Comment on aide les Iraniens opprimés, emprisonnés, torturés, violés, assassinés, réduits aux murmures et soumis aux dogmes stupides qui broient l’avenir ? Qui est illégitime si ce n’est la mollahrchie qui sème le chaos à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières depuis quarante-six ans ? Ils doivent se libérer seuls, disent les pacifistes par haine d’Israël. Et par quel miracle on arrache les mollahs de la source de leur pouvoir-vie si ce n’est en les contraignant par la force ?
Abnousse Shalmani, engagée contre l’obsession identitaire, est écrivain et journaliste
