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Июнь
2025

"Je peux lui dire que je suis juive ?" : les effets bien réels de l'antisémitisme, par Anne Rosencher

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Au moment des faits, en juin 2024, Anne avait 13 ans et ne disait à personne qu’elle était juive. Cette jeune fille de Courbevoie, en banlieue parisienne, sentait que cela pouvait poser un problème, d’être juive. Alors elle le taisait à ses amis et à ses petits amis. Comme dans la vieille chanson d’Yves Simon, qui porte sur tout autre chose, mais dont les couplets se terminent par "que tu caches et qu’on condamne ; que tu caches, petite Anne". A la fin du printemps, son ex-petit copain, Tiago, apprend que la jeune fille lui a dissimulé son judaïsme. Le garçon, 12 ans et 10 mois au moment des faits, récemment converti à l’islam, s’estime trahi. Le 15 juin, en fin d’après-midi, il lui tend un guet-apens pour se venger, dans un square de Courbevoie, accompagné de deux autres adolescents, Rayan et Dylan, qu’elle ne connaît pas. Après l’avoir entraînée dans des locaux désaffectés à proximité du parc, les trois la traitent de "sale juive", lui reprochent d’avoir caché son appartenance, synonyme, selon eux, de soutien à Israël – nous sommes alors huit mois après le 7 octobre 2023 –, et menacent de la brûler vive. Puis Rayan et Dylan la violent. Cinq fois, en tout. A certains moments, le premier filme. Le calvaire d’Anne dure quarante-cinq minutes.

"Ces crimes, perpétrés sur une jeune fille à peine formée, dont la première relation sexuelle sera pour toujours un viol, sont particulièrement sordides", a tonné le président du tribunal pour enfants de Nanterre, en rendant son verdict en audience publique, ce vendredi 13 juin. Rayan a pris sept ans, et Dylan, neuf (le maximum encouru était de dix ans). Tiago, âgé de moins de 13 ans au moment des faits, n’encourait pas la prison. Les accusés ont reconnu les violences et les viols, mais contesté leur caractère antisémite ; le président n’a pas cillé : "Il est indubitable que la jeune fille n’aurait pas été violentée ni violée si elle n’avait pas été juive, l’appartenance à cette religion se situant à l’origine des violences."

Tout, dans cette affaire, saisit d’effroi. Y compris ses prémices, c’est-à-dire : le secret. Qu’une petite Française planque aujourd’hui son judaïsme en craignant que ce dernier ne lui attire des ennuis est un crève-cœur. Que la réalité lui donne si atrocement raison est un cauchemar.

Le rôle délétère de l'extrême gauche

La prudence, au point de cacher, parfois, sa judéité. Voilà ce qui reste des effets de la flambée d’agressions antisémites ayant suivi le 7 octobre 2023, dont la particularité est d’être majoritairement dirigées contre les personnes (dans 65 % des cas selon le ministère de l’Intérieur) et dont le niveau s’est désormais stabilisé à un seuil bien plus élevé que les années précédant 2023. Un an et demi a passé, et pour beaucoup de Français juifs, les semaines d’insomnie ont laissé la place à la vie normale, version inquiète. Jusqu’à taire sa judéité, donc, quand le patronyme le permet. Pas forcément par crainte de violences. Mais pour ne pas être pris à partie, pour ne pas être mal regardé, ou mal-aimé. C’est une lycéenne parisienne qui, au bout d’un an dans un nouvel établissement où elle s’est fait une bonne amie, demande à ses parents : "vous croyez que je peux lui dire que je suis juive ?" C’est une militante qui, arrivant dans une association marquée à gauche, tait sa religion. C’est, enfin, cette petite marque laissée sur certains chambranles de porte. Un petit rectangle clair, à l’endroit où naguère était vissée une mezouzah. J'ai toujours été intriguée par ce qu’Emmanuel Levinas nommait "la luisance de la trace" : à bien y réfléchir, c’est peut-être quelque chose comme cela.

On documentera, un jour, à quel point certains, à l’extrême gauche politique et culturelle, Jean-Luc Mélenchon en tête, ont joué un rôle délétère dans la potentialisation du nouvel antisémitisme. Quand on les confronte, ils se récrient : "Quoi ? ! On ne peut pas critiquer Israël et Netanyahou sans se faire traiter d’antisémites ? On ne peut pas dénoncer le martyre de Gaza, sans se faire traiter d’antisémites ? !" Si. Et sur tous les tons encore. Mais certains, par leur obsession à nazifier l’Etat hébreu, par leur obsession à prétendre que "les mêmes qui furent victimes d’un génocide [donc : les juifs] le pratiquent désormais à leur tour", ont fait sauter un verrou ; ils ont permis qu’une haine naguère refoulée et honteuse s’exprime désormais avec la morgue d’un humanisme dévoyé et l’illusion de la légitime défense.

Sont-ils seulement conscients du rôle qu’ils jouent ? Sont-ils conscients de la passion antisémite qu’ils libèrent ? Probablement. Mais ils s’en fichent. Ils sont ivres de leur mascarade.















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