Добавить новость
smi24.net
World News
Июнь
2025

Alain Frachon : "Non, en attaquant l'Iran, Trump n'est pas devenu un nouveau George W. Bush  !"

0

En décidant de frapper l’Iran après avoir longtemps lorgné le prix Nobel de la paix et dénoncé les "guerres sans fin", Donald Trump s’est-il renié ? Editorialiste au Monde, auteur de la préface du Monde à venir vu par la CIA (Les Equateurs), Alain Frachon est un fin connaisseur des courants idéologiques au sein de la droite américaine. En 2010, il avait publié L’Amérique des néoconservateurs. L’illusion messianique (Perrin), avec Daniel Vernet. Il nous explique pourquoi Trump n’est ni un isolationniste, contrairement à ce qui a été beaucoup dit, ni soudain devenu un néoconservateur désireux d’exporter la démocratie en Iran, dans la lignée de George W. Bush en Irak. Selon lui, Trump continue à faire du Trump, en privilégiant l'unilatéralisme et en estimant qu'il y avait là "un succès à glaner pour lui"...

L’Express : Donald Trump s’est fait élire sur un programme isolationniste dénonçant les engagements militaires à l’étranger, mais il vient de bombarder l’Iran. Y a-t-il eu une bascule idéologique chez lui ?

Alain Frachon Non. Déjà, faisons attention aux mots. Trump n’est pas un isolationniste. Quand on réclame des droits de douane au monde entier, c’est de l’ingérence étrangère, pas de l’isolationnisme. Quand on annonce des prétentions d’extension territoriale au Groenland, au Canada ou à Panama, ce n’est pas non plus de l’isolationnisme. Trump est un adepte de l’unilatéralisme pur et simple. C’est le "je fais ce que je veux au service de ma conception des intérêts des Etats-Unis, sans me préoccuper ni du droit international ni de ce que pensent mes alliés".

Mais Trump n’avait cessé de dénoncer les "guerres sans fin" de ses prédécesseurs. Son antibellicisme semblait même une constante depuis les années 1980…

On a fini par qualifier de néoconservatisme toute intervention militaire américaine à l’étranger. Mais cette attaque en Iran ne fait pas aujourd’hui de Trump un nouveau néoconservateur ! Le néoconservatisme est un courant d’idées qui existait au sein du parti républicain et un peu au sein du parti démocrate. En partant des attentats du 11 septembre 2001, il a estimé que les dictatures au Moyen-Orient, qu’elles soient de type monarchiste comme en Arabie saoudite ou de type baasiste comme en Irak, ont généré le radicalisme islamiste en empêchant toute expression politique. Pour enrayer le terrorisme dont ont été victimes les Etats-Unis, il faut donc changer la nature des régimes dans la région. C’est un processus évolutif, mais qui suppose qu’on n’hésite pas à recourir à la force pour y parvenir.

En 2001, George W. Bush est dans un état de sidération et de traumatisme. Il ne sait pas vers qui se tourner pour imaginer une riposte à al-Qaeda. C’est là que des néoconservateurs comme le secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz lui proposent une solution : imposer des changements de régime au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont commencé par l’Afghanistan, aidant l’Alliance du nord à chasser les talibans du pouvoir, alors que ces derniers avaient hébergé al-Qaeda. Ils auraient pu s’arrêter là, mais le néoconservatisme a promu l’idée qu’il fallait faire à Kaboul ce que l’Amérique avait réussi à Tokyo ou Berlin en 1945 : s’installer, changer la Constitution, imposer un mode de gouvernement avec un appui économique… Ensuite, comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite étaient des alliés, les Etats-Unis ont ciblé l’Irak en 2003. L’ambition était la même : s’installer pour forcer les Irakiens à une démocratie. Les Etats-Unis sont allés jusqu’à nommer un proconsul à Bagdad. L’idée était que la puissance militaire américaine puisse exporter sur les rives de l’Euphrate la démocratie jeffersonienne. Un fantasme absolu !

Donald Trump est loin de tout ça. Face aux désastres des guerres américaines à l’étranger – Afghanistan, Irak mais aussi Libye –, il a réorienté le parti républicain vers un non-bellicisme plutôt que vers l’isolationnisme. Mais si les intérêts américains sont en jeu, il n’avait déjà pas, par le passé, hésité à intervenir. Durant son premier mandat, c’est quand même lui qui déplace l’ambassade américaine à Jérusalem et soutient la colonisation en Cisjordanie. Et sur le plan militaire, il a fait éliminer en 2020 le général iranien Soleimani, commandant de la force Al-Qods et architecte de "l’axe de la résistance".

Ce n'est plus Trump qui est aux commandes.

Est-ce réaliste de penser que les Etats-Unis peuvent frapper l’Iran sans s’engager dans un conflit plus long ?

Trump peut-il se contenter de mener des opérations ponctuelles, comme au moment de l’assassinat de Soleimani ou aujourd’hui avec ces bombardements contre les sites nucléaires iraniens ? Il y a bien sûr des risques. La nature de la réponse iranienne mettra ou non les Etats-Unis en situation d’intervenir plus avant. Ce n’est plus lui qui est aux commandes. Quand on met le doigt dans cet engrenage, on ne sait jamais où ça mène. C’est ce qu’a expliqué Barack Obama au magazine The Atlantic quand il a quitté le pouvoir, afin de justifier sa non-intervention en Syrie en 2013. Si les raids américains n’avaient pas suffi face à Bachar el-Assad et si cette intervention militaire avait plus entamé la crédibilité des Etats-Unis que l’appareil de défense syrien, que fallait-il faire après ? Envoyer des troupes américaines au sol ?

Trump est aujourd’hui dans une situation similaire. La riposte iranienne va décider s’il y a une escalade ou non. En revanche, même s’il a évoqué cette hypothèse, il ne vise pas en priorité un changement de régime en Iran. Ce n’est pas son objectif politique, contrairement à Benyamin Netanyahou. Il est d’autant moins obsédé par cela qu’il n’a jamais érigé la promotion de la démocratie à l’étranger comme axe de sa politique étrangère. Trump est parfaitement indifférent à la nature des régimes avec lesquels il traite.

Sur le plan intérieur, le camp trumpiste est très divisé au sujet de ces frappes contre l’Iran. Des idéologues Maga comme Steve Bannon y sont fermement opposés, alors que le secrétaire d’Etat Marco Rubio est plus proche des faucons…

Les Maga durs sont contre toute intervention à l’étranger. Pour eux, le risque est que l’escalade ne mène les Etats-Unis dans une de ces guerres lointaines et interminables dénoncées par Trump durant ses campagnes électorales, ce qui avait séduit au-delà de l’électorat républicain traditionnel.

Mais il y a aussi un vieux fond républicain qui est naturellement interventionniste, et pour lequel la défense du gouvernement israélien fait partie des tables de la loi, tout comme ces élus sont également foncièrement anti-russes. La Chambre des représentants est dominée par les élus Maga, mais ce courant républicain plus traditionnel existe encore au Sénat, qui a un rôle important en matière de politique étrangère. Au milieu de tout ça, le vice-président J. D. Vance se montre lui d’un grand cynisme, tentant de justifier une intervention qu’il ne cautionnait pas. Mais Steve Bannon a raison, je crois, quand il explique que l’aura de Trump est telle, au-delà même du camp Maga pur et dur, qu’il n’y aura pas de fracture dans la majorité présidentielle à ce sujet, au moins dans l’immédiat.

Il est clair que c’est Trump seul qui a pris cette décision de frapper l’Iran, ou alors, comme souvent avec lui, il faut y voir l’influence du dernier qui lui a parlé. Mike Huckabee, ambassadeur en Israël, lui a ainsi envoyé un message hallucinant, que Trump a publié, dans lequel ce pasteur baptiste et ancien gouverneur de l’Arkansas lui assure que ce ne sont pas les voix des conseillers ou des militaires qui doivent compter dans sa décision, mais celle de Dieu, qui l’avait épargné lors de la tentative d’assassinat de Butler en juillet 2024…

A quel point Netanyahou a-t-il été habile pour convaincre Trump de s’impliquer dans sa guerre à lui ?

Netanyahou se comporte comme en 2003. A cette époque, l’Iran commençait à installer ses proxys dans le monde arabe, tout en ambitionnant de développer son programme nucléaire. Pour l’armée israélienne, le véritable danger était donc ce pays, pas l’Irak. Mais Netanyahou, qui était alors soutenu par George W. Bush sur le plan intérieur, notamment au sujet des implantations en Cisjordanie, a abondamment approuvé le discours de ce dernier sur "l’axe du mal" et soutenu sans réserve l’attaque contre l’Irak, alors que son état-major lui avait clairement signifié que ce n’était pas un enjeu pour Israël. Netanyahou est un opportuniste absolu.

Chez Trump, la rupture a sans doute eu lieu au lendemain du 13 juin. Jusque-là, il croyait encore à une solution diplomatique avec l’Iran. Mais à l’issue de la première journée de bombardements israéliens couronnée de succès, et alors que l’Iran n’avait déjà plus de véritable défense anti-aérienne, Trump s’est dit qu’il y avait là pour lui un succès à glaner.

N’oublions pas non plus que Trump est le père de la situation actuelle. L’accord de Vienne de 2015 a mobilisé toute la communauté internationale. Cet accord était bien sûr imparfait, ne disant rien sur l’expansionnisme iranien dans la région ou sur son arsenal de missiles balistiques. Mais il faisait quand même passer une partie du projet iranien sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). En 2018, Trump a dénoncé l’accord, alors que les Iraniens enrichissaient l’uranium à une teneur fixée par le traité (3,7 %), et que l’AIEA, qui ne fait de cadeau à personne, assurait que les Iraniens avaient grosso modo respecté l’accord, même si le régime travaillait dans la duplicité et la paranoïa. Dans les grandes lignes, on savait à quoi ressemblait le programme nucléaire iranien. Trump a cassé ce dispositif, sous l’influence d’un Netanyahou qui n’a jamais cru en cet accord, mais aussi par une réaction adolescente consistant à penser que tout ce qu’avait fait Barack Obama était forcément mauvais…















Музыкальные новости






















СМИ24.net — правдивые новости, непрерывно 24/7 на русском языке с ежеминутным обновлением *