Nucléaire iranien : Téhéran dispose-t-il d’un autre site d’enrichissement caché sous une montagne ?
Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été "complètement et totalement anéanties", s’est félicité le 22 juin Donald Trump lors d’une allocution nationale, à l’issue d’une série de frappes américaines lancées sur les trois plus gros sites nucléaires iraniens. La prise de parole du président américain a été suivie de peu par une déclaration du Pentagone, qui affirme avoir "dévasté le programme nucléaire iranien" en larguant sur le site de Fordo, au sud de Téhéran, et sur les installations nucléaires à Ispahan et Natanz, dans le centre de l’Iran, des bombes anti-bunker.
Il se pourrait néanmoins que Téhéran ne soit pas amputé de tous ses précieux sites d’enrichissement. Selon de nombreux experts, l’Iran aurait effectivement construit ces dernières années un nouveau site nucléaire en secret, caché sous une montagne, sans en avertir les autorités internationales. Une théorie récemment confirmée par le régime iranien, qui affirmait il y a peu qu’un autre site d’enrichissement, situé "dans un endroit sécurisé et invulnérable" s’apprêtait à être équipé en centrifugeuses.
"Dès que l’installation et la mise en service des centrifugeuses seront terminées, l’enrichissement commencera" s’était ainsi réjoui le 12 juin le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique. Cette déclaration intervenait juste après que l’Iran a été censuré par le conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour ne pas avoir respecté ses obligations de transparence dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Sous la "Montagne de la Pioche"
Les experts supposent que ce nouveau site, qui serait le quatrième de l’Iran, est lui aussi souterrain, comme ceux de Fordo et de Natanz, bombardés récemment. Selon David Albright, de l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS), il se trouverait probablement sous le Kuh-e Kolang Gaz La, la "Montagne de la Pioche" en Français. Cette montagne, qui culmine à 1,6 kilomètre d’altitude (près de deux fois plus haut que la montagne de Fordo), est située au sud du site nucléaire de Natanz.
Toujours selon le spécialiste, le site semble conçu pour accueillir un grand nombre de centrifugeuses. S’il devenait opérationnel avec les centrifugeuses les plus modernes, l’Iran pourrait, selon lui, produire suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer 19 armes nucléaires en l’espace de trois mois.
Selon un rapport de l’ISIS publié en avril se basant sur des images satellites, ce site serait non seulement situé plus profond sous la terre, mais il serait aussi plus vaste et mieux protégé. L’Iran construirait même un périmètre de sécurité autour de deux complexes de tunnels nucléaires passant sous la Montagne de la Pioche. D’après les informations du Financial Times cette fois, alors que le Fordo possède deux entrées de tunnel, ce lieu en posséderait au moins quatre creusées dans la montagne : deux à l’est et deux à l’ouest. Une disposition qui rendrait plus difficile le bouclage des entrées par bombardement.
Un site encore plus dur à détruire
La spécificité de ce nouveau site : compte tenu de sa profondeur extrême, "l’installation serait bien plus difficile à détruire avec des armes conventionnelles, comme une bombe anti-bunker classique", explique Steven De La Fuente, chercheur à l’institut, cité par l’Associated Press. Selon les analyses d’AP, même la bombe américaine GBU-57, l’ogive de 13 tonnes et de six mètres de long capable de s’enfoncer profondément dans la roche et le béton utilisée pour attaquer le site de Fordo, pourrait ne pas suffire pour causer des dégâts notables sur cette nouvelle localisation.
Le régime iranien lui-même n’a pas encore confirmé la localisation du nouvel emplacement nucléaire, dont l’accès aurait été refusé à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Mais Raphaël Grossi, directeur de l’AIEA l’affirmait en avril : son existence ne "peut pas être exclue". Son agence s’est d’ores et déjà vue interdire l’accès à de tels sites. "Ils nous disent : 'Cela ne vous regarde pas'", a-t-il rapporté. Certains experts estiment par ailleurs que l’Iran aurait pu déjà déplacer des éléments du site de Fordo vers celui de Kolang Gaz La avant le début des attaques israéliennes.
