Iran-Israël : le troublant silence de l'ayatollah Ali Khamenei
"Les gens s’inquiètent pour le guide suprême. Pouvez-vous nous dire comment il va ?" Ce mardi 24 juin, la question du présentateur de la télévision d’Etat iranienne traduisait celle de tout un peuple, alors qu’Ali Khamenei n’avait pas donné de signe de vie depuis près d’une semaine. Après que les Etats-Unis ont bombardé trois installations nucléaires du pays, et que l’Iran et Israël ont annoncé un cessez-le-feu entré en vigueur le 24 juin au matin, beaucoup attendaient une communication de la part du guide suprême, terré depuis plusieurs jours dans un bunker pour se prémunir d’une tentative d’assassinat, comme le révélait le New York Times.
En tant que commandant en chef des forces armées, Ali Khamenei est en effet censé approuver toute décision militaire. Mais les hauts commandants et les responsables gouvernementaux sont restés évasifs quant à savoir s’ils avaient rencontré ou parlé avec le guide suprême ces derniers jours, notamment concernant l’accord de cessez-le-feu demandé par le président américain Donald Trump et négocié par l’émir du Qatar.
Le guide suprême iranien a finalement pris la parole jeudi 26 juin, saluant dans un communiqué la "victoire" de son pays face à l'Etat hébreu, qui a selon lui "failli s'effondrer" après les frappes de représailles de Téhéran. Estimant par ailleurs que les Etats-Unis n'avaient "rien gagné" après leurs frappes du week-end sur des sites nucléaires iraniens, l'ayatollah a également menacé dans un discours télévisé de frapper à nouveau des bases américaines au Moyen-Orient si l’Iran était de nouveau attaqué par Washington.
Des contacts limités avec l’extérieur
Avant ces déclarations, son silence public avait suscité une vague de spéculations et de doutes : supervisait-il toujours le pays au quotidien ? Etait-il blessé, malade ou même vivant ? Hamzeh Safavi, fils du général Yahya Safavi, le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique et le principal conseiller militaire de Khamenei, avait de fait déclaré que les responsables de la sécurité iraniens pensaient qu’Israël pourrait encore tenter d’assassiner Khamenei, même en cas de cessez-le-feu. C’est pourquoi, ces derniers appliquent des protocoles de sécurité draconiens, notamment des contacts limités avec le monde extérieur, a-t-il affirmé.
Depuis le début de la guerre le 13 juin, l’ayatollah Khamenei s’est peu exprimé publiquement. Avant ce 26 juin, il n’avait délivré au public que deux messages vidéo enregistrés, dont le dernier, diffusé le 18 juin, affirmait que son pays ne se rendrait pas. "La nation iranienne s’oppose fermement à une guerre imposée", avait-il alors assuré, réagissant aux menaces du président américain Donald Trump, allié d’Israël, qui avait appelé la veille l’Iran "à capituler sans conditions".
En temps normal, l’ayatollah Khamenei, au pouvoir depuis 1989, vit et travaille dans un complexe hautement sécurisé du centre de Téhéran, appelé le "beit rahbari" (la maison du dirigeant), rappelle le New York Times. Mais conscient d’être une cible privilégiée, il préparerait sa succession depuis son abri sous-terrain, en demandant à l’organe religieux chargé de nommer le guide suprême de choisir rapidement son successeur, en cas de décès, parmi trois noms de hauts dignitaires religieux, ont affirmé des responsables iraniens au média américain. Le fils de l’ayatollah Khamenei, Mojtaba, proche des Gardiens de la révolution islamique, longtemps favori, ne figurerait pas parmi les candidats.
