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Июль
2025

Pourquoi prendre l’ascenseur au travail nous met-il autant mal à l’aise ?

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L’ascenseur est plein. On a pourtant essayé d’y monter une demi-heure plus tôt, ou un quart d’heure plus tard, mais à part la foule qui n’est pas la même, le problème reste entier : il faut se glisser entre deux personnes, vérifier au prix d’une incroyable contorsion que le bouton de l’étage où on travaille est bien programmé pour s’arrêter, et attendre que l’ascenseur se décide à monter. Parfois, un retardataire force le passage, bousculant les passagers, les visages se crispent et il faut à nouveau puiser dans sa patience avant que l’ascenseur ne se ferme et ne commence son ascension. Lorsqu’on est coincé au fond et qu’on sort au premier étage, on se concentre déjà sur le chemin qu’il va falloir se frayer en calculant combien de personnes vont devoir se serrer ou sortir.

Parfois, au gré des étages, certains sont libérés de cette cage d’acier quand de nouveaux arrivants montent. Le temps paraît toujours incroyablement long dans cet immobilisme général où l’on sent les autres qui soufflent, transpirent, cherchent le regard ou, au contraire, le détournent soigneusement.

Mais d’où vient ce malaise persistant alors qu’on prend si souvent l’ascenseur ? "C’est un espace public", répond Anthony Mahé, docteur en sociologie de l’université Paris Descartes. "Des études ont permis de voir ce qui structure l’ensemble de nos relations sociales dans un espace public contraint comme le métro ou l’ascenseur". Ce sont des interactions très implicites qui prennent place dans une sphère publique restreinte, un huis clos parfois oppressant où nos relations sociales sont bousculées. Une sorte de laboratoire social testé en fonctionnement permanent. Le malaise naît de l’absence de distance sociale, y compris physique, alors même que dans notre culture, on évite de bousculer ou de trop s’approcher de l’autre.

L'"inattention civile"

"Cet espace public où l’on est confiné provoque un statut ambigu. D’habitude, quand on connaît les personnes, on intériorise des distances. Mais ce qui provoque la gêne, c’est cette rupture d’intimité qui nous oblige à être attentif à l’autre. Dans un espace public comme la rue, lorsqu’on ne veut pas voir quelqu’un, on peut toujours faire un détour", explique Anthony Mahé. Cela devient impossible dans un ascenseur où l’on est bloqué avec d’autres personnes, sans aucune échappatoire. En réalité, l’esquive existe. "Après la gêne, on se crée des rituels", précise le chercheur. C’est le "bonjour" et l’échange de banalités, comme la météo, mais aussi des sourires contraints ou de brefs contacts visuels. "L’idée est de trouver un équilibre pour combler ce vide, plutôt que d’ignorer ou d’envahir les autres", indique Anthony Mahé. C’est ce que le sociologue américain Erving Goffman a qualifié d’ "inattention civile" dans Behavior in Public Places, 1963. Une manière de montrer qu’on a vu autrui, sans intrusion ni familiarité.

Par ces rituels, chacun, à sa manière, reconnaît discrètement la présence des autres, sans insistance. L’inattention civile permet aussi de créer une distance sociale supplémentaire si quelqu’un dérange par un comportement peu urbain. Pourtant, à l’heure du "tout numérique", les casques et les écrans ne créent-ils pas, au contraire, de l’indifférence ?

Et les escaliers ?

"Il ne faut pas se tromper", rétorque Anthony Mahé. "Il ne faut surtout pas prendre le casque ou le smartphone comme une offense. La personne sait pertinemment que vous êtes là". L’anthropologue américain Edward T. Hall a consacré l’essentiel de sa recherche à la "communication interculturelle" en analysant la communication non verbale. La "proxémie" qu’il a théorisée est l’analyse de la distance physique et la façon d’occuper l’espace en présence de l’autre (La dimension cachée, 1971). Les outils technologiques façonnent la communication d’aujourd’hui. Par "inattention civile", absorbée par son téléphone, la personne montre son respect car elle ne dérange pas les autres dans leurs pratiques et n’est pas une menace à l’équilibre social. Elle a enregistré la présence de ceux qui l’entourent mais poursuit son rituel, quand certains cherchent furieusement dans leur sac, que d’autres fixent un point ou discutent… de la pluie et du beau temps.

L’ethos, c’est-à-dire l’ensemble des comportements et la manière d’être propres à un groupe d’individus appartenant à une même société, est culturellement et socialement respecté dans ce huis clos avec des moyens propres à chacun. Mais si le malaise persiste et que l’anthropologie de l’ascenseur demeure une énigme, il reste toujours l’option des escaliers. L’"inattention civile" peut alors prendre l’aspect d’un sprint avec son manager - qui partage peut-être lui aussi une aversion pour l’ascenseur - ou donner lieu à une discussion spontanée autour d’un dossier !















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