Avec ou sans loi Duplomb, l’agriculture française se meurt
Et si l’acétamipride était un faux problème ? Ou plutôt le révélateur – un de plus ! - d’un mal bien plus profond qui ronge l’agriculture française. Avec ou sans ce néonicotinoïde, très utilisé par la filière betteravière, interdit en France en 2018 et que la loi Duplomb autoriserait à nouveau sous certaines conditions, la ferme France se lézarde. L’an passé, notre excédent commercial agricole est tombé à 4,9 milliards d’euros seulement, au plus bas depuis le milieu des années 1980. Deuxième exportateur mondial de produits agricoles au début du siècle, nous sommes aujourd’hui tombés au sixième rang, derrière l’Allemagne, nouvelle force verte européenne - et les Pays-Bas.
Pire, nos échanges avec le reste de l’Europe sont désormais largement déficitaires. Car le plus surprenant dans cette dégringolade, c’est qu’elle s’est faite au profit de nos partenaires européens. Ce ne sont pas le Brésil, l’Argentine, le Canada ou la Turquie qui s’enrichissent de notre déconfiture mais nos voisins. Conséquence d’une Europe agricole qui organise la concurrence en son sein et d’une France malade de la surtransposition des règles bruxelloises.
L’avenir s’annonce encore plus sombre. Dans la première mouture du budget de l’UE présentée récemment par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, la politique agricole commune pourrait même disparaître, fondue dans un grand pot comprenant aussi les fonds de cohésion, c’est-à-dire toutes les aides aux régions les moins riches. Surtout, chaque Etat pourrait faire sa propre sauce : flécher les fonds européens sur tel ou tel secteur agricole… Avec les risques de distorsion de concurrence qu’on peut imaginer. L’acétamipride aura alors bon dos.
