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Август
2025

"On se sent libéré d'une pression sociale" : ces ados qui passent leur été sans smartphone

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"Autrefois, la veillée du soir était un moment d’échanges. Désormais les jeunes ont du mal à entrer dans les débats de société qu’on essaye de lancer, trop absorbés par les vlogs de leurs copains de collège ou de lycée postés sur TikTok dans la journée", raconte Mathias, animateur dans un centre de vacances pour jeunes au Pays basque. Le portable, premier sujet de discorde entre les adolescents et leurs parents, est aussi devenu une véritable préoccupation pour les encadrants de colos, camps scouts ou séjours sportifs. Ces derniers rivalisent d’efforts pour tenter de préserver ce qui fait le sel de ces expériences : les rencontres, les relations aux autres, les joies et les difficultés de la vie en commun. Compliqué quand tout le monde, ou presque, a les yeux rivés sur les écrans ! Cet été, l’UCPA a testé une solution radicale, pour la première fois, dans trois de ses centres : les séjours déconnectés. Une expérience concluante pour Laure Gianeri, directrice du site de Soustons, dans les Landes : "Le fait que les stagiaires laissent leurs téléphones à la maison a facilité l’ancrage dans le présent et renforcé l’esprit de groupe."

Eloigner les jeunes des réseaux sociaux le temps d’une parenthèse estivale : le défi est de taille, sachant que les enfants acquièrent leur premier téléphone à 11 ans en moyenne, et que les 6-17 ans passent, aussi en moyenne, quatre heures par jour dessus ! "Toutes les études commencent à démontrer que leur usage prolongé a une incidence sur leur développement cognitif, leurs capacités relationnelles et d’empathie", alerte le psychiatre Serge Hefez pour qui des temps de déconnexion sont indispensables. "D’autant que l’arrivée de l’intelligence artificielle va multiplier les problèmes par dix", ajoute-t-il. "Voilà des années que j’envoie mes enfants dans ces colos où les outils numériques sont bannis et ils sont ravis ! Cela laisse plus de temps pour les jeux de cartes, de société ou les spectacles. Ils ont aussi découvert le plaisir des lettres", raconte Marie-Alix Le Roy. Pour maintenir le lien, cette mère de famille prend soin de leur envoyer de longues missives et des colis. "A l’ancienne !, s’amuse-t-elle. Et quand elle était plus jeune, ma fille préparait des tas d’enveloppes avant de partir, avec les adresses de toutes ses copines."

En 2019, Marie-Alix Le Roy créait le compte Facebook "Parents unis contre les smartphones avant 15 ans" qui compte aujourd’hui 22 000 membres. "On sent que notre combat progresse dans l’opinion publique. Je suis certaine que dans dix ans ils seront interdits aux enfants et jeunes ados. Ça nous paraîtra aussi logique que la fin des cigarettes dans les restaurants", avance-t-elle. Pour le psychiatre Patrice Huerre, la suppression totale du mobile, même sur un temps donné, n’est pas toujours une bonne idée. Tout dépend du projet qu’il y a derrière. "Si le fait d’envoyer son enfant dans une colo déconnectée est vécu comme une sanction, ça risque d’être contre-productif. En revanche si on lui présente ça comme une sorte d’expérience de retour vers le passé qui lui permettra de tester sa relation au manque et de voir quels bénéfices il peut en tirer, il y a plus de chances que ça se passe bien", nuance le spécialiste.

"Parfois ça fait du bien..."

Cet été, les jeunes qui ont réalisé des "séjours de cohésion" dans le cadre du Service national universel ont eux aussi testé les joies et les frustrations de la vie sans portable. "On n’y avait droit qu’une vingtaine de minutes par jour. Le reste du temps on devait les confier aux encadrants. Mais certains de nos camarades ont pris le risque d’en cacher un deuxième dans leurs affaires", confie Emilie*, 16 ans. De ces douze jours passés dans un écrin de verdure du grand Est, la jeune fille garde un bon souvenir. Malgré ce sevrage d’écran presque total. "En vrai, c’était bien. Sans ça, on n’aurait pas autant discuté et créé de liens aussi forts entre nous", avoue celle qui a bien sûr "donné son Snapchat" à ses copines à la fin pour continuer à échanger… virtuellement.

Les règles mises en place dans les centres de vacances pour tenter de mieux encadrer l’usage des outils numériques varient souvent en fonction des âges. "Contrairement aux enfants âgés de 6 à 11 ans, les 12-17 ans ont le droit de garder leurs téléphones dans la journée. Sauf pendant les repas ou durant certaines activités. La nuit les appareils sont conservés dans des espaces sécurisés", explique François Dufour, directeur du service séjours éducatifs de la Ligue de l’enseignement de Lot-et-Garonne. Certains animateurs reconnaissent aussi que le portable peut avoir des côtés pratiques. Le fait de réunir tout le monde sur un groupe Snapchat permet de se donner rendez-vous et de communiquer à distance plus facilement. "Lors de la colo que j’ai encadrée au mois de juillet à Saint-Raphaël, les jeunes avaient la possibilité de se rendre dans la ville en groupes avec au moins un appareil. Le fait qu’ils puissent appeler le centre en cas de problème était rassurant", raconte l’animateur Andréa Labrouche.

Chez les scouts, la déconnexion est parfois inévitable. "Quand on est en pleine nature, on ne capte pas. Ça résout le problème !", lance Louise, 15 ans, partie camper la deuxième quinzaine de juillet. "Plutôt que d’interdire complètement le smartphone, nous privilégions la démarche éducative. L’idée est plutôt de réfléchir avec les jeunes à l’usage qu’ils peuvent en faire", explique Pascal Péron, directeur pédagogie et formation des Eclaireuses et Eclaireurs de France (EEDF). "En général, les collégiens passent les cinq premiers jours de camp sans téléphone, ce qui les aide à s’acclimater. Ensuite ils peuvent les consulter tous les deux jours pendant les temps libres", explique Evi Nannini, responsable du groupe de Lille-Hellemmes. Cet été, la jeune femme est partie en Suède où elle encadrait un groupe de lycéens autorisés à se connecter plus librement. "Mais on s’en sert surtout comme un outil qui nous permet de nous géolocaliser, chercher un endroit où dormir ou écouter de la musique", raconte Arthur, 16 ans, l’un des participants. Sa camarade Sana en a profité pour couper avec les réseaux sociaux. "Parfois ça fait du bien de ne plus se sentir obligé de répondre aux sollicitations permanentes des autres, reconnaît-elle. On se sent libéré d’une forme de pression sociale."

"La déconnexion est parfois plus dure pour les parents"

Limiter l’usage des smartphones permet aussi aux animateurs de mettre les parents à distance. "Ces derniers ont pris l’habitude d’être en contact permanent avec leurs enfants. Ils les géolocalisent, les bombardent de questions pour être sûrs qu’ils vont bien, veulent tout connaître dans les moindres détails", soupire Cyril Gaffet, délégué national de l’Union française des colonies de vacances. "Il arrive qu’un jeune, en cas de conflit avec un camarade, s’en remette directement à sa famille. La plainte peut alors remonter au bureau national sans même que l’équipe d’animation sur place ne soit au courant. Alors qu’ils auraient pu régler le problème en un rien de temps", regrette le responsable.

De plus en plus d’organisateurs mettent en place des blogs et des applications sur lesquels ils font le compte rendu de la journée et publient régulièrement des photos. Pas toujours suffisant pour calmer l’inquiétude des parents. "Finalement, la déconnexion est presque plus difficile pour eux que pour leurs enfants !", fait remarquer Patrice Huerre. Lors d’un camp scout, une adolescente a même demandé à sa cheftaine de faire croire à sa mère que le portable était totalement interdit pour échapper à ses messages incessants. Les plus accros ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

* Le prénom a été changé.















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