Une proposition de budget de l’Union européenne trop dépensière et mal calibrée
En juillet 2025, la commission européenne a déposé son projet de budget pluriannuel pour la période 2028-2035. Celui-ci s’élèverait à 2000 milliards d’euros. Le budget initial de 2021-2027 s’élevait à 1200 milliards d’euros mais avait été complété par 800 milliards provenant de NextGenerationEU. Cet ajout était censé être un outil temporaire pour une reprise économique européenne à la suite du Covid. Comme beaucoup de politiques temporaires, elles finissent par s’installer dans la durée.
Ce faisant, les dépenses de l’Union augmentent de plus des 2/3 du budget initial de 2021. A bien des égards, les choix de hausse de dépenses sont contestables et vont poser des problèmes économiques et politiques. Ceux-ci font d’ailleurs débats au sein de l’UE.
Des choix de dépenses qui vont être contre-productifs ou inutiles
865 milliards d’euros seraient alloués à des plans nationaux et régionaux. Ils seraient principalement constitués de subventions et d’aides aux pays et à des secteurs économiques. Selon la Commission, il s’agirait d’investissements pour aider «les Etats membres à affronter les défis de demain». Des aides agricoles sont aussi mentionnées. Un pilier du programme serait aussi de favoriser l’emploi qualifié et l’inclusion sociale. L’ensemble de ces aides seraient conditionnées au respect de l’Etat de droit.
En résumé, il s’agit de la nouvelle mouture des subventions versées aux Etats membres et particulièrement aux pays d’Europe centrale. Cette stratégie pose un problème car ces subventions sont l’objet d’abus et de politisation qui pourrissent le fonctionnement et l’économie de l’UE. Comme beaucoup d’aides au développement, elles rendent dépendantes les pays à l’argent public. On constate que les pays bénéficiaires net des subventions européennes restent dans cette situation et ne deviennent pas contributeurs nets. La Pologne et la Hongrie sont les principaux pays dans cette configuration : en 2024, ils ont respectivement reçu 7,1 et 4,4 milliards d’euros. De ce fait, l’utilisation de l’Etat de droit par l’Union est devenue un outil politique pour rappeler ces pays à l’ordre. Une situation qui amène ainsi des divisions politiques et ne permet pas aux pays de l’Union d’avancer ensemble et de manière fructueuse.
A cela s’ajoute 200 milliards pour Global Europe: l’aide en dehors de l’UE pour les pays qui veulent adhérer à l’UE.
En matière de défense, la proposition de budget prévoit 131 milliards pour les investissements la concernant. On peut se demander si ces dépenses ne vont pas faire double emploi avec l’OTAN qui reste le cœur de la défense en Europe. Le dernier sommet de l’Alliance en juin 2025 montre que l’organisation reste toujours d’actualité avec la hausse des contributions des Etats membres à 5% (contre 2% avant). Les investissements doivent se faire par les membres dans le cadre de l’OTAN. Et ce, d’autant plus que la défense européenne reste dépendante de la logistique américaine qui est irremplaçable à court terme.
La proposition mentionne aussi, à plusieurs reprises, la volonté de dé-carboniser. Cela se traduit, par exemple, par les taxes carbones aux frontières de l’Union européenne. Face aux géants américains et chinois qui sont dans une course technologique (principalement dans l’IA), maintenir cette orientation semble aller dans le mauvais sens et va continuer d’envoyer un mauvais signal aux entrepreneurs et investisseurs. Certes, l’UE souhaite subventionner le développement technologique à la hauteur de 175 milliards de dollars avec Horizon Europe, mais il serait plus intéressant de déréglementer pour permettre aux entreprises de se développer et de créer l’industrie du futur.
A bien des égards, la nouvelle proposition de budget est la continuité des orientations du premier mandat de Von Der Leyen : une Europe interventionniste qui utilise comme levier d’action l’argent publique dans une logique keynésienne. Dans une Europe qui contient des pays déjà très endettés comme la France ou l’Italie et où la croissance économique est faible voire absente dans les principales économies (0,4% en Allemagne, 0,4% en Italie et 0,7% en France), dépenser plus d’argent publique n’arrangera pas la situation.
Une proposition déjà contestée
Le budget ne fait pas l’unanimité au sein des membres de l’UE. L’Allemagne dirigée par le chancelier Friedrich Merz a rejeté cette proposition de budget jugée trop coûteuse. Une position qui est commune entre les chrétiens démocrates de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates du SPD. Comme le fait remarquer le porte-parole du gouvernement allemand: «Une augmentation globale du budget de l’UE est inacceptable à un moment où tous les États membres font des efforts considérables pour consolider leur budget national». Berlin voudrait mieux dépenser plutôt que plus dépenser. Déjà au début de l’année, l’Allemagne avait rejeté l’idée de la création d’obligations européennes: des emprunts communs à l’ensemble de l’UE qui auraient eu pour objectif de mutualiser la dette des membres de l’UE. Nul doute que les quatre frugaux (Autriche, Danemark, Suède et Pays-Bas) se rallieront à la position allemande. On peut comprendre que ce groupe de pays, dont la dette oscille entre 81% du PIB (pour l’Autriche) et 31% (pour la Suède) soit réticent à mettre en commun leurs finances avec la France à 112% ou l’Italie à 137%.
Il faut espérer que la vision nordique triomphe dans ce débat budgétaire.
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