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Сентябрь
2025

Gabriel Zucman : enquête sur l’économiste surdoué qui a marabouté le Parti socialiste

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Pas le temps d’admirer palmettes et frises grecques décorant la porte du 45, boulevard Saint-Martin à Paris, direct l’escalier. Au premier étage, le bureau national du Parti socialiste, devenu, à la faveur du baroud d’honneur de François Bayrou, le cénacle cristallisant l’insoluble rentrée politique. Ce soir 2 septembre, l’économiste Gabriel Zucman, 39 ans, vient donner cours, - l’ultime, celui qu’il faut assimiler avant les interros surprises.

L’un de ses dadas - la taxation à 2 % des patrimoines de plus de cent millions d’euros – s’est mué en étendard du contre-budget PS, sa muléta rouge carmin signifiant que qui voudra composer avec ses troupes devra fricoter avec la gauche, la vraie, celle qui ose frapper au portefeuille. Habillé avec l’abandon soigné du trentenaire citadin, bouille gamine et joues mafflues, le chercheur multimédaillé dispose d’une heure trente pour doper la classe. Pas de paperboard, questions prises dans l’ordre, on lève la main. Que dire si on nous oppose que la taxe est anticonstitutionnelle ? Est-elle confiscatoire ? Est-ce vrai que les ultra-riches quitteront le pays ? Vite, les grands oraux approchent.

Or, le plus amusant dans toute la saynète, c’est son calendrier, ou plus précisément la collision de calendriers, car la leçon Zucman était inscrite dans les tablettes socialistes depuis juin, Olivier Faure ayant trouvé chouette l’idée d’un expert planchant devant ses troupes, ainsi fut-il noté et bonnes vacances. Sauf que la date arrivée, le topo ne relève plus de la formation continue mais du totem, unique et œcuménique credo d’une gauche, soudain point de mire. A tel point que le Premier secrétaire du PS, raccompagnant le professeur vers la sortie, ne sait plus bien depuis quand celui-ci nourrit les socialistes, et, nostalgique, s’enthousiasme : "D’ailleurs, tu étais dans les négociations du NFP, non ?". Hochement de tête négatif. Tant pis pour le passé qui n’aura pas été si commun puisque le présent fusionne. Au cœur d’une fin d’été illisible, l’ancien professeur de Berkeley concentre en effet les aspirations, les exigences et tous les espoirs d’une gauche s’unissant sur son nom - Manuel Bompard, numéro 2 LFI, assurant même que ses députés voteraient sa taxe, "même si elle émanait de LR". C’est dire…

Des rendez-vous avec les conseillers de l’Élysée

Pourtant l’histoire de la mesure qui maraboute le PS – et subjugue les actuels et anciens alliés du NFP – est, contrairement à ce que l’on entend ces jours de consultations matignonesques, ancienne, et, dans un premier temps, essentiellement américaine. Ayant, douze ans durant, traqué la répartition des fortunes dans le monde, décortiqué les montages d’optimisation fiscale les plus tarabiscotés, agrégé données et calculs de haute volée, Gabriel Zucman est devenu le cartographe mondial de l’ultra richesse et de ses planques. Il n’est pas le premier à démontrer que l’imposition serait dégressive pour ceux qui, tout en haut de l’échelle, savent s’en débrouiller, ainsi l’Américain Warren Buffet, troisième fortune mondiale, répète depuis 2011 combien il est injuste que son taux d’imposition soit plus faible que celui de sa secrétaire. Sauf que Zucman croit savoir comment y remédier. Fils de médecins, marié à Claire Montialoux, chercheuse à Sciences po, avec laquelle il a trois enfants dont un nouveau-né, l’économiste a les neurones d’une fusée calme, débonnaire. Aucune arrogance chez le maestro, récompensé à 37 ans – un record ! - de la médaille John Bates Clark, prestigieuse distinction américaine, connue pour préfigurer l’obtention d’un Prix Nobel. ENS Saclay intégré à 19 ans, master sous la tutelle de Thomas Piketty, puis thèse avec le même mentor. Qui décrit avoir été, dès les premiers jours, "frappé par l’énergie, la détermination et l’impressionnante capacité de travail" de l’étudiant. Contrairement à ses camarades, ayant grandi sous l’aile de Piketty, lui ne file pas faire son doctorat outre-Atlantique, où les conditions de recherche sont ouatées. Il attend 2013 et le postdoctorat pour rejoindre Berkeley, puis il file un temps à la London School of Economics. 2019, retour en Californie. La publication cette même année de son livre, Le triomphe de l’injustice (Seuil), rédigé avec son camarade de Berkeley, le Français Emmanuel Saez, déchire le mur du son médiatique, le jeune Frenchie en tee-shirt prend la lumière, on s’arrache l’excavateur des milliards aux abris, le scientifique qui promet qu’avec ses 2 % d’impôt plancher, les fortunes évaporées dans des paradis fiscaux rentreront sans barguigner dans les caisses publiques.

L’engouement est tel que la Kennedy School d’Harvard, soit son département de sciences politiques, lui propose un poste, la grande classe. Mais Larry Summers, ancien président d’Harvard, ex-secrétaire au Trésor et conseiller d’Obama, prend alors la plume pour lui reprocher, dans les colonnes du Washington Post, certains calculs inexacts. Exit Harvard, son entourage affirmant que les donateurs de l’université auraient fait pression. Zucman repart à Berkeley, université publique. Vient la campagne présidentielle de 2020, où les deux candidats considérés comme de gauche aux Etats-Unis, Elizabeth Warren et Bernie Sanders, lui demandent chacun conseil. "Il n’est pas partisan, son travail est rigoureux. Sa proposition de taxer à 2 % les ultra-riches n’a pas choqué ici, car il ne remet jamais en cause l’économie de marché", explique Yann Coatanlem, président du club Praxis et membre du conseil de la Paris School of Economics. Quatre ans plus tard, le jeune professeur présente son impôt devant le G20 à Sao Paulo, invité par l’équipe brésilienne du président Lula. En prime de la tribune prestigieuse, le soutien prudent d’Emmanuel Macron, reconnaissant que sa taxe "est une bonne question à l’échelle de la planète", "bien plus pertinente qu’un impôt français ou européen".

Un ancien de chez Glucksmann pour conseiller

Tandis qu’il séduit aux Amériques, l’universitaire a conservé des liens avec la gauche française, prolongeant des amitiés ébauchées durant ses années étudiantes. En 2018, le futur sénateur socialiste Alexandre Ouizille le présente ainsi à Boris Vallaud, qui deviendra patron du groupe PS à l’Assemblée. L’énarque et le normalien s’entendent, rédigeant des amendements sur la taxation des multinationales. Il discute avec François Ruffin, Clémentine Autain - elle a fait adopter la taxe en février dernier à l’Assemblée, avant que celle-ci ne soit retoquée au Sénat - il participe en janvier 2024 à une conférence à l’institut La Boétie, l’école des Insoumis, (au même titre ce jour-là que Pascal Saint-Amans, ancien directeur à l’OCDE), il croise quelques écologistes, s’entend avec Lucie Castets, précisant ne l’avoir jamais conseillée. Les liens épars se raffermissent quand en 2022, sa famille revient vivre à Paris, le chercheur ayant ouvert, l’année précédente, au sein de la Paris School of Economics, l’Observatoire européen de la fiscalité, institut de recherche pour partie financé par l’Union européenne. Dans son bureau du 14e arrondissement, les rendez-vous s’enchaînent et leurs couleurs politiques rosissent. Paul Magnette, le patron des socialistes belges, chef de file des socialistes européens, voudrait une taxe Zucman belge. Le Hollandais et travailliste Frans Timmermans, ancien vice-président exécutif de la Commission européenne, prend date, le groupe centriste RDSE au Sénat l’invite, tout comme "Impact France", instance s’apparentant à un Medef de gauche. Il court, il enseigne, il évangélise, acceptant de rares rendez-vous avec quelques noms du CAC40 qu’intrigue ce surdoué affable, ne cessant de répéter qu’il sait comment renflouer les déficits étatiques.

S’il n’a depuis 2017 jamais franchi le seuil du bureau présidentiel, il glisse cependant avoir "rencontré à plusieurs reprises des conseillers de la présidence de la République, dans le cadre de mon travail au G20". Car voilà la grande affaire : sa taxe, apanage désormais revendiqué par le PS, séduit jusqu’à Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, ou Jean Pisani-Ferry, autre économiste, responsable du pôle idées de la campagne présidentielle 2017 d’Emmanuel Macron. Les trois signèrent, en juin, une tribune dans Le Monde, appelant de leurs vœux un impôt plancher sur les grandes fortunes. "Son travail de pur chercheur le met à la disposition des élites dirigeantes et des responsables politiques, leur parler c’est le prolongement naturel de ses recherches", expose Pierre-Natnaël Bussière.

Bussière ? Cervelle hypersonique et débit survolté, celui-ci est un faiseur de personnages publics, marionnettiste subtil, ayant compris que les votes s’obtiennent en séduisant les téléphones portables via une présence savamment calibrée sur les réseaux sociaux. Si Zucman parle à qui veut bien l’écouter, dans l’ombre son spin-doctor Bussière se fait fort de transformer sa taxe fétiche en un marqueur de gauche délicieusement irritant. Orfèvre de l’influence, le doctorant fut longtemps la cheville ouvrière de Raphaël Glucksmann, dont il propulsa la notoriété, via Instagram, auprès des jeunes électeurs. Dès que l’exilé de Berkeley rentrait quelques jours à Paris, Bussière lui organisait des cafés avec le patron de Place publique et bientôt Zucman rédigea des notes pour son livre Lettre à la génération qui va tout changer (Allary éditions), d’autres encore pour alimenter la campagne européenne, ou pour exposer son programme dans la revue Grand Continent.

Patatras, en septembre 2024, Bussière, dont la thèse en cours d’écriture est consacrée à "l’espace sauvage médiatique", s’est éloigné de Raphaël Glucksmann. Et en revanche fortement rapproché de Gabriel Zucman, nouveau réceptacle de son savoir-faire terriblement discret, orchestrant sa popularité médiatique. Il prend la main sur ses réseaux sociaux, et en son nom apostrophe les élus qui tordent le nez à l’évocation d’une taxe sur les multimillionnaires, il invective les critiques allant jusqu’à les railler, il riposte, ferraille, étayant ses propos vigoureux de courbes chiffrées. C’est ainsi que l’économiste devient une marque, une référence, et la taxe un label. Le conseiller jubile observant peu à peu les journaux et responsables politiques ne plus dire "impôt plancher", mais le nommer "taxe Zucman". Le rédacteur mentor ne laisse d’ailleurs rien passer, s’immisçant jusqu’à l’oreille du chef des socialistes. Lorsque, au premier jour des universités d’été du PS, il s’écrit que le PS injecte dans son programme une taxe Zucman à 1 %, aussitôt Bussière enguirlande Olivier Faure. Qui s’en défend, l’information publiée est inexacte, les 2 % demeurent 2 %, on ne touche pas aux tables de la loi. Le conseiller respire, il ne s’agirait pas d’édulcorer son blockbuster. Pendant ce temps, Gabriel Zucman s’est lui découvert une nouvelle passion : "Révolutionner l’organisation du commerce mondial". Le PS a d’autres leçons à venir, et Bussière beaucoup de coups de fil à passer.















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