Le ministère des Finances se mêle de la vie privée de ses agents
En pleine tourmente budgétaire et gouvernementale, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique Éric Lombard a tout de même trouvé le temps de signer, le 5 septembre 2025, avec la majorité des organisations représentatives du personnel, un accord triennal en faveur de l’égalité professionnelle. Il est vrai, comme l’a déclaré le ministre, que « Bercy doit être exemplaire ! »
Passons sur les mesures, relevant de la gestion des ressources humaines, visant à identifier des freins à la progression des carrières des agentes et à mettre en œuvre des mesures correctives, ou créant « un programme de formations ambitieux », de « nouveaux outils pédagogiques d’information et de sensibilisation » ainsi qu’un « observatoire ministériel de suivi des signalements et d’analyse des suites qui y sont données ». Intéressons-nous plutôt au « cadre d’accompagnement et de soutien des victimes de violences intrafamiliales » créé par cet accord. Si l’on peut comprendre que l’employeur public puisse s’impliquer dans la « mise en place de conditions de travail sécurisées » et faciliter l’accès à un changement d’affectation géographique, on se demande bien pourquoi il devrait intervenir dans l’accompagnement psychosocial des personnes concernées, dans un soutien matériel et financier, et dans le dépôt de plainte.
L’employeur, quel qu’il soit, doit-il intervenir dans la vie personnelle de ses salariés ?
La question qui vient immédiatement à l’esprit est : « mais pourquoi le ministère se mêle-t-il ainsi de la vie privée de ses agents ? » La réponse se trouve dans le guide pratique sur les violences conjugales et intrafamiliales édité par le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques en 2023 : parce que « ces violences ne sont pas sans impact sur le travail ». Il est vrai, comme le mentionne le guide, qu’elles « affectent la santé des personnes qui en sont victimes, influent sur leurs comportements au travail, et impactent le collectif de travail et l’organisation dans son ensemble ».
S’il est compréhensible que les collègues de travail et l’employeur se préoccupent de certaines situations et cherchent à venir en aide à la personne concernée, faut-il pour autant systématiser le soutien dans un accord avec les syndicats ? Surtout, pourquoi s’arrêter aux violences intrafamiliales ? Les problèmes à prendre en compte sont potentiellement innombrables. Quand les agents ont un enfant gravement malade, quand leur conjoint se retrouve au chômage, quand un de leur parent devient invalide, quand leur logement est inondé ou incendié, quand ils sont en situation de surendettement, etc., cela ne risque-t-il pas d’avoir des effets négatifs sur leur travail ?
L’employeur, quel qu’il soit, doit-il intervenir dans la vie personnelle de ses salariés ? Ce néo-paternalisme ne risque-t-il pas de fabriquer des assistés, incapables de se prendre en charge, réclamant toujours plus d’État-nounou ?
Illustration de couverture©Arthur Weidmann via Wikimedia Commons
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