Fitch : la dégradation de la note française est "d'abord une responsabilité politique"
L'agence de notation Fitch a abaissé vendredi soir la note souveraine de la France, à A+, sanctionnant le pays pour son instabilité politique persistante et les incertitudes budgétaires qui contrarient l'assainissement de ses comptes publics très dégradés.
Nommé mardi à Matignon, Sébastien Lecornu est engagé dans une course contre la montre pour présenter dans les temps un budget 2026 qui puisse échapper à la censure des oppositions, notamment celle du PS qui réclame de revenir sur la réforme des retraites et de mettre en place une taxe Zucman sur les plus hauts patrimoines.
La dégradation de la note française est "d'abord une responsabilité politique", pour la fédération bancaire
La dégradation par Fitch de la note souveraine française relève "d'abord (d') une responsabilité politique", a estimé samedi le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, appelant à "un budget de compromis" pour 2026. L'abaissement de AA- à A+ de la note de la dette française, qui se situe désormais dans la catégorie de qualité "moyenne supérieure" et non plus "haute", est "une mauvaise nouvelle", a estimé sur France Inter M. Baal, qui est également le président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
"C'est juste le résultat de politiques, notamment de politiques budgétaires, menées depuis très longtemps dans ce pays qui nous conduisent dans cette situation extrêmement complexe", a-t-il développé. "C'est d'abord une responsabilité politique. Ce n'est certainement pas une responsabilité des entreprises" et "ce qui s'est passé ces derniers mois n'arrange pas la situation", a-t-il ajouté, citant "l'incertitude constante" née de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024.
Daniel Baal a également souligné "le manque de dialogue" entre les responsables politiques et "un vrai malaise d'une grande partie des Français qui ont le sentiment de ne pas être écoutés et encore moins d'être entendus".
Pour sortir de "l'impasse", le dirigeant a appelé au dialogue et à construire "un budget de compromis". "Le nouveau Premier ministre, semble aujourd'hui avoir la bonne méthode", a-t-il estimé. La dégradation de la note française peut avoir pour conséquence de renchérir le coût des emprunts de la France, même si la situation est déjà largement intégrée par les marchés, ainsi que le coût de refinancement des banques, selon Daniel Baal. Mais pour les particuliers et les entreprises, "je m'attends plutôt à ce que dans les prochains mois, le niveau des taux reste à peu près stable", a-t-il ajouté.
Retailleau dénonce "des décennies d'errance", Bayrou ceux qui ont refusé "la vérité"
Le ministre de l'Intérieur et président des Républicains (LR) Bruno Retailleau a dénoncé samedi "des décennies d'errance budgétaire" et rejeté les propositions du Parti socialiste (PS) pour réduire les déficits, au lendemain de la dégradation de la note de la dette française par l'agence Fitch. "La dégradation de la note de la France vient sanctionner non seulement l'instabilité chronique voulue par les ingénieurs du chaos mais aussi des décennies d'errance budgétaire et de politiques social-étatistes", a-t-il déclaré sur X.
"Il est plus que temps de redresser la barre. Ce que proposent les socialistes ne fera que tout aggraver", a ajouté Bruno Retailleau alors que le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu espère un terrain d'entente avec le PS pour faire passer le budget 2026 à l'Assemblée nationale, où il n'a pas de majorité.
Eric Coquerel accuse un "discours catastrophique" sur la situation financière du pays
Le ministre sortant de l'Economie, Eric Lombard, a dit prendre "acte" de la décision de l'agence.
L'ancien Premier ministre François Bayrou, renversé lundi lors d'un vote de confiance sur la question des finances publiques, a également pointé dès vendredi soir une responsabilité collective. "Note Fitch : un pays que ses +élites+ conduisent à refuser la vérité est condamné à en payer le prix", a simplement publié le président du MoDem également sur le réseau social X.
"La dégradation de la note doit nous réunir pour, ensemble, réagir et corriger durablement la trajectoire budgétaire de la France", a également réagi sur X la ministre du Commerce démissionnaire Véronique Louwagie (LR).
A l'opposé, le président LFI de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel, a estimé de son côté que "les seuls responsables de cette évaluation sont ceux qui ont dramatisé l'état des finances publiques pour le bénéfice unique de leur agenda politique", arguant que la "dette française reste sûre et recherchée". "Si le prochain gouvernement choisit lui aussi de s'appuyer sur les marchés pour imposer l'austérité, il court à la catastrophe annoncée par lui-même et conduira le pays toujours plus loin dans la crise économique, sociale et écologique", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Fitch sanctionne la France pour ses incertitudes budgétaires
L'agence de notation Fitch a abaissé vendredi soir la note souveraine de la France, à A+ avec perspective stable, sanctionnant le pays pour son instabilité politique persistante et les incertitudes budgétaires qui contrarient l'assainissement de ses comptes publics très dégradés.
"La chute du gouvernement lors d'un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure", indique Fitch dans un communiqué. "Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en oeuvre une consolidation budgétaire d'ampleur", a ajouté l'agence américaine, estimant improbable de ramener le déficit public sous 3% du PIB en 2029 comme l'ambitionnait le gouvernement sortant.
