"La France défie Donald Trump" : la reconnaissance de la Palestine vue par la presse étrangère
Largement commentée dans la presse internationale, la reconnaissance de l’Etat de Palestine par Emmanuel Macron lui a valu d’être comparé à certains de ses illustres aînés. "Par ce geste, il s’inscrit dans une tradition française. En mars 2003, c’est le président Jacques Chirac qui s’était insurgé contre la campagne américaine en Irak, retrace le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Comme son prédécesseur, Macron accepte la profonde rupture avec les Etats-Unis et Israël." Le président français fait même "revivre le fantôme du gaullisme", jauge le site Politico, pour qui l’intervention "à l'ONU a fait écho au discours historique de Dominique de Villepin rejetant la marche de Washington vers la guerre" au Moyen-Orient il y a plus de vingt ans.
Outre-Atlantique, on se veut plus critique. "La France défie Trump", va jusqu’à titrer le Washington Post. "Cette initiative redonne espoir aux Palestiniens, mais elle n'entraînera aucun changement immédiat sur le terrain, où le gouvernement d'extrême droite israélien a exclu la création d'un État palestinien", nuance le quotidien américain. "Il était autrefois impensable qu'une vague de certains des plus proches alliés occidentaux des États-Unis reconnaissent un État palestinien. Il a fallu moins d'un an de diplomatie à huis clos menée par le président français Emmanuel Macron et les responsables saoudiens pour renverser le statu quo qui prévalait depuis des décennies", jauge, plus sévère, le Wall Street Journal pour qui la manœuvre française illustre "la propension de Macron à boxer bien au-dessus de sa catégorie dans une région où l'influence de la France était en déclin".
"Le président qui n'a plus rien à perdre"
Au Royaume-Uni, pays qui a reconnu la Palestine un jour avant la France, le Guardian s’interroge, lui, sur l’après. "Cette initiative délicate et en partie symbolique prise par pas moins de dix Etats, sous l’impulsion du gouvernement français, risque d’entraîner une spirale négative de nouvelles confrontations, dans un contexte où l’on craint qu’Israël ne réagisse en annexant certaines parties de la Cisjordanie." Un projet que l’extrême droite israélienne appelle déjà de ses vœux. "Mais les États occidentaux qui avaient fermement soutenu Israël lorsqu'il a lancé son offensive de représailles dans la bande de Gaza sont de plus en plus indignés par l'ampleur de la catastrophe humanitaire dans l’enclave et par le refus de Netanyahou de mettre fin à la guerre", diagnostique pour sa part le Financial Times.
Sur la forme, le quotidien espagnol El Pais retient surtout "un discours parfaitement équilibré, avec des clins d’œil constants à Israël mais aussi des exhortations acerbes à mettre fin à ses opérations militaires dans la bande de Gaza". Et en profite pour rappeler qu’à l’issue de cette journée, "près de 160 des 193 pays membres de l'ONU considèrent la Palestine comme un État". "Macron, le président qui n'a plus rien à perdre et qui ose", résume de l’autre côté des Alpes, le journal italien La Stampa. "Au début de l'été, Israël et Washington étaient convaincus de pouvoir isoler Paris. Or, c'est l'inverse qui se produit. Trois pays du G7 ont désormais franchi le Rubicon, et il sera de plus en plus difficile pour les gouvernements allemand, italien et japonais de résister à leurs opinions publiques respectives, galvanisées par l'élan de Paris, Londres et Ottawa", poursuit le quotidien de Turin. Reste maintenant à voir si les autres capitales européennes suivront.
