« Courir la chance. Heureux comme un entrepreneur français au Québec », d’Alexis Gardy
Alexis Gardy a vécu sept ans au Québec pour y ouvrir le 50ème bureau du cabinet Roland Berger, l’un des leaders mondiaux du conseil stratégique. Il est revenu en France depuis 2021 où il dirige les clubs de vacances Belambra. Il vient de publier un petit livre sur son expérience québécoise.
Le titre – « Courir la chance » – intrigue. L’expression n’est en effet pas courante en français de chez nous. On la comprend tout de même comme signifiant « prendre des risques ». L’auteur attire alors notre attention sur le fait que le français de France met l’accent sur les aléas tandis que celui du Québec « évoque une démarche proactive et positive », envisage les opportunités.
Est-ce pour cela que la Belle province attire les Français ? Le Point, Le Figaro, L’Express… publient chaque année leur « guide spécial » pour aider leurs lecteurs à étudier, travailler, réussir au Canada. Il ne faudrait cependant pas croire, prévient Alexis Gardy, que les Français soient attendus de l’autre côté de l’Atlantique. Ils sont certes les bienvenus, mais parfois, faute de faire des efforts d’acculturation suffisants, ils peuvent connaître quelques désillusions et devenir ces « maudits Français » critiqués parce qu’ils se croient en terrain conquis.
Le Québec : dix ans d’avance sur la France ?
« Avec le recul, écrit Alexis Gardy, lors de mon retour en France, j’ai eu l’intuition que le Québec avait parfois dix ans d’avance sur nous ». En fait, cette supposée « avance » tient surtout à des évolutions sociétales – égalité hommes/femmes ; équilibre vie professionnelle/vie personnelle – qui l’ont manifestement séduit car, écrit-il, elles sont abordées de manière plus pragmatique que chez nous.
Il en veut pour preuve la politique migratoire. Gardy fait l’éloge des quotas et de l’immigration choisie qui permettent de « combler le déficit de main d’œuvre et de répondre aux besoins exprimés par les grandes filières industrielles ».
Il vante aussi le système éducatif, le Canada se classant 8ème en lecture et en sciences, et 9ème en mathématiques dans la dernière enquête PISA. La France, rappelons-le, occupe respectivement les rangs 28, 26 et 23. En matière d’enseignement supérieur, Gardy juge aussi le modèle québécois meilleur que le français, attirant des étudiants du monde entier et surtout les retenant une fois leurs études terminées.
Pêle-mêle, Gardy souligne « la qualité des relations humaines et professionnelle » ; l’attachement des employeurs à l’expérience de terrain et aux compétences pratiques plutôt qu’aux diplômes ; la proximité entre décideurs économiques, politiques et citoyens « forgeant un écosystème où la confiance et la réciprocité demeurent des valeurs cardinales » ; l’accent mis sur la prise d’initiative plutôt que sur l’échec, ce qui stimule la prise de risque et l’innovation.
L’esprit pionnier toujours présent
En fait, pour lui, il est clair que le Québec reste « une terre de pionniers où chacun a la possibilité de bénéficier d’une dynamique d’entrepreneuriat et de créativité qui n’a rien à envier aux grands pôles d’innovation mondiaux ». Et, de fait, le Québec a développé « un écosystème d’innovation et de start-up conférant à Montréal un rayonnement planétaire ». Il est un pays d’entrepreneurs ou, plus largement, d’entreprenants « où l’on accorde un net primat à l’action et où les individus ont une aptitude à saisir toutes les opportunités qui se présentent à eux ».
Bien sûr, Alexis Gardy reconnaît que tout n’est pas parfait au Québec. Il aimerait cependant que la France s’inspire de ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Il cite notamment en exemple la réforme de l’État canadien qui a permis de « rationaliser l’action de l’administration sans dégrader la qualité de services ». Mais cela s’est fait en augmentant la fiscalité pour réduire le déficit budgétaire et la dette. « Ceux qui imaginent que le Canada et le Québec représentent un Eldorado fiscal font fausse route », écrit l’auteur. Dans ces conditions, il est évident que ce modèle ne peut pas être copié tel quel chez nous qui avons déjà une pression fiscale trop forte !
Gardy le reconnaît, mais il défend l’idée de « tirer les leçons des expériences menées » dans d’autres pays, de les étudier, et de cesser de trouver de « faux prétextes pour ne pas mener les réformes nécessaires » dans notre pays.
A cet égard, nous ne pouvons que lui donner raison lorsqu’il affirme que l’éducation est la « mère des batailles ». L’auteur admire le système québécois qui repose sur « une mise en cohérence des besoins et des moyens. Le parcours scolaire et la pédagogie parviennent à trouver un équilibre intéressant entre l’accès au savoir académique, l’apprentissage de la prise de parole dès le plus jeune âge, la confiance en soi et les compétences sociales ; les enfants acquièrent des qualités qui seront valorisées dans leur vie d’adulte, tout en intégrant des connaissances fondamentales dans les disciplines classiques ». Cela fait effectivement rêver !
Le Québec n’est pas le Canada
Il est dommage qu’Alexis Gardy n’ait pas profité de son long séjour au Québec pour visiter le Canada. Il aurait pu, par exemple, aller jusqu’à Vancouver où est installé le think tank libéral Fraser Institute et discuter avec les chercheurs qui publient chaque année le rapport « Economic Freedom of the World ».
Dans ce classement, le Canada se situe au onzième rang, en bonne place dans le premier quartile des pays dans lesquels « les individus sont autorisés à faire leurs propres choix économiques ». Avec sa 44ème place, ex-aequo avec le Cap Vert, la France est loin derrière. Et l’on comprend tout à fait qu’Alexis Gardy ait pu subir un choc lorsqu’il est rentré en France.
Les chercheurs du Fraser Institute auraient pu expliquer à Gardy que le Québec se trouve à la dernière place des dix provinces canadiennes. Avec un piètre score de 3,10/10, il est loin, très loin derrière l’Alberta (6,44/10) et l’Ontario voisin (5,67/10). L’entrepreneur français Alexis Gardy était heureux à Montréal. Sans doute l’aurait-il été davantage encore à Toronto…
L’article « Courir la chance. Heureux comme un entrepreneur français au Québec », d’Alexis Gardy est apparu en premier sur Contrepoints.
