CIA, Mossad, MI6… Comment Paris a réuni les espions du monde entier pour les JO
Le match Ouzbékistan-Espagne va-t-il dégénérer ? Le 24 juillet 2024, la cérémonie des Jeux olympiques de Paris n’aura lieu que dans deux jours mais quelques épreuves commencent déjà. Comme cette rencontre de football au Parc des Princes. Un service de renseignement français a reçu une alerte : certains supporters pourraient venir causer des débordements politiques, voire pire. Au centre de coopération internationale (CCI), 20, avenue de Ségur, dans le VIIe arrondissement, des dizaines d’espions planchent sur le sujet. Avec très vite, une conviction : rien de grave ne se prépare. L’après-midi, les contrôles de sécurité s’étirent, au point que certains spectateurs entrent dans le stade après le début du match. Mais aucun incident n’est à déplorer. Le CCI a passé avec succès son premier test de la quinzaine.
C’est un ballet inédit, tous les matins des JO, au CCI. Des officiers de renseignement du monde entier pénètrent dans le bâtiment, pour contribuer à la sécurisation de la compétition. Au rez-de-chaussée, on parle uniquement opérations policières. Le premier étage appartient lui aux professionnels du renseignement. A Londres, en 2012, le gouvernement avait invité les pays alliés à un groupe de travail commun. Paris 2024 fait mieux en conviant… les agents secrets de toutes les délégations, Iran, Chine ou Azerbaïdjan inclus. Sur 191 pays invités, 141 répondent présents, selon les chiffres communiqués à L’Express. Dans des espaces où le téléphone portable est proscrit, les agents de la CIA, du Mossad, du MI6 et de tant d’autres Etats échangent des informations, parfois en tête-à-tête… y compris sur toute autre chose que les JO. Plusieurs dossiers sensibles auraient avancé grâce à ces entrevues avenue Ségur.
Le gouvernement a pris très tôt conscience de la nécessité d’associer le renseignement aux Jeux olympiques. Peut-être depuis 2005, lorsque Londres a coiffé la Ville Lumière pour l’obtention de la compétition mondiale de 2012. "C’est le MI6 qui a gagné les JO", soutient un ancien cadre de la DGSI. A l’époque, la cellule d’espionnage économique du service secret anglais est soupçonnée d’avoir largement intrigué pour convaincre les indécis. Dès l’obtention de la compétition, tous les services secrets français sont associés. En mars 2021, le centre de renseignement olympique (CRO) est lancé officiellement au ministère de l’Intérieur. Fort d’une quarantaine de membres, venus de tous les services de renseignement français, il est dirigé par Olivier Métivet, un commissaire de la DGSI.
Dans les mois avant l’échéance, le CRO prépare quelque 217 scénarios de risques. Trois projets djihadistes sont déjoués. Le 22 mai 2024, la DGSI interpelle un Tchétchène de 18 ans à Saint-Etienne. Il voulait commettre un attentat au stade Geoffroy-Guichard, lieu de plusieurs matchs de football, ou dans les cafés alentour, avec un complice. Ce dessein est jugé "le plus abouti" des trois affaires car le prévenu était en lien avec un cadre de Daech dans la zone irakienne-syrienne, selon une source sécuritaire. Les deux autres projets concernaient à chaque fois des tandems de mineurs ou de jeunes majeurs. Tous sont interpellés entre juin et juillet.
Pas moins de 83 cyberattaques importantes ont aussi été répertoriées… mais pas d’agression majeure venue de la Russie, seules quelques ingérences symboliques, comme ces cercueils déposés près de la Tour Eiffel, le 1er juin. Même si Kirill Griaznov a également été interpellé, le 21 juillet. Auprès d’un interlocuteur soupçonné d’appartenir au FSB, ce cuisinier de 40 ans au profil d’agent clandestin avait déclaré que "les Français vont avoir une cérémonie d’ouverture comme il n’y en a jamais eu". "Nous pensons que la Russie n’a pas voulu commettre d’acte terroriste contre les JO car cela aurait entraîné une réprobation mondiale", relate un dirigeant sécuritaire.
Le CRO aura connu "une seule grosse crise", dixit un cadre du dispositif sécuritaire des JO : le sabotage de lignes SNCF, à l’aube de la cérémonie d’ouverture, vendredi 26 juillet. Cet acte de malveillance est imputé à l’ultragauche française, selon nos informations, notamment parce que des empreintes sur les lieux correspondent à celles d’autres sabotages plus anciens. "Je me dis, c’est le début d’une série", témoigne notre source. Mais la prophétie ne se réalise pas. La quinzaine se passe au mieux, comme les Jeux paralympiques en septembre. Au point, selon trois sources sécuritaires françaises, de s’attirer les félicitations admiratives du renseignement américain, tourné vers les Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028.
