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« Petit éloge de la Sécu », de Julien Damon

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La Sécurité sociale mérite-t-elle un éloge, même petit ? Au regard de ce qu’elle produit chaque jour – des déficits en pagaille, des contraintes en tous genres pour les assurés, une augmentation continue des cotisations en parallèle d’une baisse constante des prestations, des pénuries de médecins et de médicaments, etc. – nous ne le pensons pas. Ce n’est pas l’avis du sociologue Julien Damon qui se fend d’un petit ouvrage, néanmoins roboratif.

Le cœur de notre modèle social

Certes l’auteur se défend de verser dans l’apologie, le dithyrambe ou le concert de louanges. Il considère cependant que la Sécurité sociale, dans toutes ses dimensions – c’est-à-dire celle qui couvre les risques maladie, accidents du travail, vieillesse, famille et autonomie – et pas seulement la Sécu au sens restreint – la seule assurance maladie obligatoire – mérite d’être fêtée à l’occasion de ses 80 ans et d’être louée tant elle a apporté à notre pays et à ses habitants : des progrès médicaux « fulgurants », la baisse du taux de mortalité infantile et du nombre d’accidents du travail, l’augmentation du taux d’activité des femmes, etc.

C’est bien évidemment exagéré. De nombreux pays qui n’ont pas copié notre modèle pourtant envié, comme on a coutume de le dire, ont tout de même réalisé les mêmes progrès. Mais fallait-il s’attendre à autre chose qu’à une défense du système de la part de quelqu’un qui en profite ? Damon a été directeur des études à la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), et est actuellement enseignant et conseiller scientifique à l’École nationale supérieure de sécurité sociale (EN3S).

La première partie de l’ouvrage se concentre sur l’histoire de la Sécurité sociale. Elle n’apporte rien que l’on ne connaisse déjà plus ou moins. Synthétique et claire, elle rappelle que la Sécurité sociale, même si elle est officiellement née en 1945, a été enfantée dès le XIXème siècle. Nous y regrettons cependant une idéalisation du Conseil national de la Résistance (CNR) et de son programme socialiste, voire crypto-communiste, « Les jours heureux », que Damon place « à équidistance doctrinale du capitalisme pur comme du marxisme dur ».

L’auteur ne cache pas les difficultés financières de la Sécurité sociale ni la dégradation des services rendus. « Il n’y a pas lieu de pavoiser béatement », écrit-il. Mais il ajoute que « l’ensemble ne fonctionne pas aussi mal qu’on le dit, ou qu’on le lit ici ou là ». Qu’il nous soit permis d’être davantage réservé.

A cet égard, il aurait été judicieux de faire un peu de place aux systèmes de protection sociale existant ailleurs en Europe et dans le monde. Nos voisins allemands, suisses, néerlandais… ont su mettre sur pied des systèmes privés et concurrentiels que nous aurions grand tort de négliger comme l’a montré l’IREF (cité par Damon comme une des think tanks libéraux qui comptent) dans une étude.

Grandes confusions sur le libéralisme

Curieusement, le livre consacre sa troisième partie aux 90 ans de la sécurité sociale aux Etats-Unis. Pourquoi ? Pour montrer, pardi, que « le pays le plus historiquement libéral et, actuellement, parmi les plus libertariens, où le solidarisme n’a pas percolé, il existe une institution baptisée sécurité sociale ». Si elle existe même aux Etats-Unis, comment la sécurité sociale ne pourrait-elle alors être présente partout dans le monde ? Même Trump, que Damon qualifie de « libertarien conservateur », communie à l’autel de la sécurité sociale.

Attardons-nous quelques instants sur la deuxième partie du livre, consacrée aux objections libérales et libertariennes. Elle aurait pu être passionnante, tant les libéraux ont à dire sur le sujet de la protection sociale. Malheureusement, Damon a tout gâché, volontairement ou non, en caricaturant le libéralisme.

Présenter Trump comme un « libertarien », lui qui joue avec les droits de douane et le libre-échange, qui tente de contourner l’État de droit, qui a complètement échoué dans la réduction des dépenses publiques, c’est n’avoir rien compris au libertarianisme. Trump a clairement opté pour le nationalisme et tourné « le dos aux quelques idées libérales mises en pratique lors de son premier mandat ». Et comme l’écrivait il y a peu le Wall Street Journal, « M. Trump ne souhaite pas réformer l’État-providence américain, en particulier les systèmes Medicaid et Medicare. M. Vance, quant à lui, s’exprime souvent comme s’il voulait étendre le rôle de l’État, comme si les aides sociales et la bureaucratie pouvaient restaurer le dynamisme national et la cohésion sociale. » Drôles de libertariens !

Mais il y a pire. Damon classe aussi Hayek parmi les libertariens. Pas à une contradiction près, il souligne plus loin que Rothbard (authentique libertarien, lui) dépeint Hayek comme un « quasi-étatiste ». Le pauvre Hayek, qui se considérait comme « simplement un vieux Whig impénitent » (c’est-à-dire un libéral classique), doit se retourner dans sa tombe.

Il faut dire que si l’on range Malthus et Rawls parmi les libéraux, on ne peut qu’agrandir le camp des « libertariens ». En fait Damon voit des libertariens partout à sa droite, comme la gauche voit partout des fascistes chez ses opposants. Il enjoint le lecteur à « prendre au sérieux l’objection libérale » à la Sécurité sociale, mais il ne le fait pas lui-même.

Le solidarisme sorti de la naphtaline

En réalité, si Damon fait de la plupart des libéraux des libertariens, c’est pour mieux positionner sa propre idéologie au centre du jeu. L’auteur – on le comprend au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture de l’ouvrage – se réclame de Léon Bourgeois et de sa théorie, le solidarisme, censée « dépasser socialisme et libéralisme ».

Cette sorte de « troisième voie », que Damon sort du placard tout odorante encore de naphtaline, n’est qu’un des multiples avatars du socialisme. Un « pseudo-socialisme » disait Mises qui avait bien remarqué qu’il s’attaque à la propriété (Bourgeois fut un ardent promoteur de l’impôt sur les successions et sur les revenus et un partisan de l’État-providence) et que, par conséquent, il possède le même idéal que le socialisme d’État dont il se prétend foncièrement différent.

L’auteur conclut en tirant son chapeau à la Sécu. Une institution qui, en réalité, contribue à l’appauvrissement du pays ne mérite pas un tel éloge.

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