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"Les Etats-Unis paraissent hors de contrôle…" : le coup de force de Trump au Venezuela analysé par Alexander Downes

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Après plusieurs mois à exercer une pression grandissante sur le régime vénézuélien, les Etats-Unis sont subitement passés à l’action. La capture et l’exfiltration de Nicolas Maduro ont stupéfié le monde entier. Mais renverser un dictateur est une chose, gérer l’après une autre. Professeur à l’université George-Washington, Alexander Downes est l’auteur de Catastrophic Success : Why Foreign-Imposed Regime Change Goes Wrong (2021, non traduit), dans lequel il fait un bilan de tous les changements de régime imposés de l’extérieur depuis deux cents ans. L’universitaire y montre que de telles interventions accentuent les risques de guerre civile et peinent généralement à remplir les objectifs initiaux.

Pour L’Express, Alexander Downes explique pourquoi de telles opérations ont souvent des conséquences violentes, souligne les contradictions au sein de l’administration Trump et assure que ce basculement dans une nouvelle ère interventionniste doit réjouir la Russie comme la Chine.

L’Express : Il y a un mois et demi, dans L’Express, vous prévoyiez plusieurs scénarios pour le Venezuela suite aux menaces de Donald Trump contre le régime de Nicolas Maduro. Mais un enlèvement du dirigeant en plein cœur de la capitale Caracas n’en faisait pas partie…

Alexander Downes : J’étais assez sceptique quant à la capacité des États-Unis à renverser Maduro sans une invasion militaire totale au Venezuela. Ce qui s’est produit est inédit. Le cas le plus proche que j’ai pu trouver, c’est celui du Premier ministre libanais Saad Hariri qui avait démissionné en 2017 sous la pression de l’Arabie saoudite. Mais il était alors en voyage dans ce pays, où il a été arrêté. Là, nous sommes en terrain totalement inconnu. Personne n’avait prévu qu’il serait possible de mener un raid au cœur d’une capitale étrangère pour capturer un dirigeant…

Vous avertissiez que même si Washington réussissait à renverser Maduro, un changement de régime imposé de l’extérieur resterait très risqué. Quel est le bilan historique en la matière ?

Un changement de régime imposé de l’étranger a souvent des conséquences violentes. Cela augmente le risque de guerre civile, de destitution violente du nouveau dirigeant et de conflit interétatique entre le pays qui intervient et l’État ciblé. Il y a deux raisons à cela. D’abord, renverser des dirigeants et envahir le pays peut entraîner l’effondrement de l’armée en place, qui se disperse et forme la base d’une insurrection contre le nouveau régime ou l’occupant si la puissance étrangère reste sur place. La géographie vénézuélienne, vaste et diversifiée, avec des jungles et des montagnes, ne ferait que faciliter ce scénario. Sans parler du fait que ce pays regorge d’acteurs armés qui sont soit affiliés au gouvernement actuel, soit hors de son contrôle.

Par ailleurs, Trump et d’autres responsables de l’administration américaine ont clairement fait savoir qu’ils allaient "diriger" le Venezuela. Mais d’un autre côté, ils semblent rejeter la prix Nobel de la paix Maria Corina Machado et Edmundo Gonzalez Urrutia, qui a remporté l’élection présidentielle en 2024. Trump a immédiatement disqualifié Machado, expliquant qu’elle ne bénéficie "ni du soutien ni du respect dans son pays". Il a l’air disposé à travailler avec la vice-présidente Delcy Rodriguez. Mais dans ce cas, si vous imposez un dirigeant ou acceptez un leader en place en le forçant à suivre vos ordres, celui-ci se retrouve confronté à des incitations contradictoires. Doit-il faire ce que la puissance étrangère lui ordonne de faire, dans ce cas transformer le pays en une gigantesque station-service pour les Etats-Unis. Ou doit-il répondre aux attentes de sa population ? Si Rodriguez suit les consignes de Trump, cela peut mener à des tentatives de guerre civile pour la renverser. Si elle s’y oppose, elle risque d’être rapidement éliminée par Washington, qui soutiendra le suivant dans la ligne. Cela augmente donc sérieusement les risques d’actions violentes, d’insurrections ou de destitutions.

L’opposition démocratique à Maduro représentait pourtant une source d’espoir pour le pays…

Pour opérer un changement de régime au Venezuela, il y a cette opposition toute prête qui a acquis une légitimité grâce à cette élection présidentielle qu’elle avait remportée haut la main en 2024. Même si un tiers du pays soutenait toujours Maduro, 65 % environ des électeurs avaient voté pour Gonzalez. C’est le meilleur scénario qu’on puisse espérer pour mettre en place un nouveau dirigeant qui ait une certaine légitimité dans le pays. Car très souvent, lorsqu’un Etat étranger intervient pour changer un régime, il fait appel à une personnalité en exil, qui n’a pas été dans son pays depuis longtemps, et qui manque donc de soutien populaire. Or au Venezuela, l’avantage, c’est que des personnes ont cette légitimité. C’est donc surprenant que Trump les désavoue, même si nous ne sommes qu’au début de cette nouvelle ère.

Changer le leadership d’un pays de l’étranger sans en changer les institutions en tentant d’y construire ou reconstruire la démocratie, c’est vraiment le scénario le plus dangereux. Car c’est cumuler tous les problèmes que j’ai mentionnés dans leur pire expression. Mais faire venir Machado ou Gonzalez au pouvoir et reconstruire les institutions, cela coûte cher, et cela prend beaucoup de temps. L’administration Trump doit se dire qu’il est plus facile de remplacer Maduro par sa vice-présidente, en espérant qu’elle joue le jeu.

Trump aime le pétrole, Rubio veut lui faire tomber le régime cubain.

En 2003, les néoconservateurs américains qui ont renversé Saddam Hussein avaient été accusés de vouloir mettre la main sur le pétrole irakien. Mais leur motivation première était réellement idéologique, avec l’ambition – certes très naïve – de vouloir exporter la démocratie au Moyen-Orient. Là, Trump n’affiche qu’un seul objectif au Venezuela : le pétrole…

Effectivement, je ne crois pas que le pétrole ait été le motif principal de l’intervention américaine en Irak en 2003. George W. Bush était sincère dans sa conviction de vouloir répandre la démocratie. Il a aussi prétendu vouloir se débarrasser d’armes de destruction massive et du terrorisme, ce qui n’était bien sûr pas une bonne idée.

Là, pour l’instant, il ne semble y avoir aucun intérêt de la part de l’administration Trump à répandre la démocratie. Les acteurs du gouvernement ont d’ailleurs des objectifs différents. Pour Trump, tout semble tourner autour du pétrole. Le Venezuela, comme beaucoup de pays dans le monde, a nationalisé son industrie pétrolière dans les années 1970. L’Iran a fait la même chose au début des années 1950, et les Britanniques, qui géraient l’industrie pétrolière dans ce pays depuis 1913, ont été très mécontents. Les États-Unis ont fini par renverser Mohammad Mossadegh en 1953. Au Venezuela, les entreprises étrangères pétrolières ont été expulsées il y a cinquante ans. Mais dans notre monde moderne, il est inédit qu’un Etat retourne dans une ancienne zone d’influence pour s’emparer des ressources. C’est une innovation étrange de la part de Trump. Mais il est clair que le pétrole est une idée fixe pour lui. En tant qu’homme d’affaires, il voit des ressources et se dit "nous avons un droit légitime ici, allons-y !".

Le secrétaire d’Etat Marco Rubio n’a lui pas pour moteur le pétrole. Fils d’émigrés cubains, il souhaite se débarrasser du régime socialiste à Cuba. A ses yeux, renverser Maduro, principal allié de La Havane, est un tremplin pour pouvoir se débarrasser du régime castriste. Il y a donc une vraie divergence politique au sein de l’administration Trump.

Par ailleurs, comme en 2003 avec l’Irak, les Etats-Unis n’ont pas de plan pour l’après. A l’époque, les différents services du gouvernement, le ministère de la Défense et d’autres instances, avaient des idées pour l’après Saddam Hussein, mais ils ne s’étaient pas mis d’accord sur la marche à suivre. On a vu le résultat…

Le camp Maga était déjà divisé sur la politique étrangère. Donald Trump a été élu sur un programme isolationniste critiquant les "guerres sans fin", comme en Irak ou en Afghanistan. Or il semble de plus en plus tenté par des aventures étrangères, comme en Iran, au Nigeria et maintenant au Venezuela. Mais les isolationnistes sont nombreux au sein de sa base électorale…

C’est un revirement radical par rapport à sa campagne de 2024, durant laquelle Trump a dénoncé de manière virulente des néoconservateurs et des figures comme Dick Cheney, architectes des précédentes campagnes militaires américaines à l’étranger. Là, il s’en est pris au Venezuela, pays qui ne représentait aucune menace pour les Etats-Unis. Beaucoup de personnes aux Etats-Unis, et pas seulement sa base Maga, se demandent pourquoi nous sommes allés en Afghanistan et en Irak. Ils se disent que nous avons des problèmes chez nous, avec le besoin de ramener des industries aux Etats-Unis, et qu’il faut arrêter de dépenser de l’argent pour des conflits étrangers.

Il est difficile de comprendre Trump compte tenu ce qu’il a présenté comme étant ses priorités. Mais à ses yeux, il s’agit simplement d’une transaction. Il y a beaucoup de pétrole au Venezuela, et il aime le pétrole. Il suffit donc de le prendre. Mais c’est un pari extrêmement risqué. Si la vice-présidente Rodriguez ne fait pas ce que lui demande l’administration Trump, comment réagiront les Etats-Unis ? Intervenir militairement sur le terrain et changer à nouveau la tête du régime ? Et pour combien de temps ? Tout cela est très incertain

Pensez-vous que cela puisse alimenter davantage l’antiaméricanisme ? Tant qu’il était à Caracas, Maduro était le dirigeant d’un régime socialiste qui avait spectaculairement échoué. En prison aux Etats-Unis, il peut devenir un martyr. En France, Jean-Luc Mélenchon, grand admirateur à l’époque d’Hugo Chavez, a été le premier à condamner cette intervention qu’il qualifie de "pur impérialisme"…

Ce n’est pas une intervention populaire auprès de quiconque, à part pour les Vénézuéliens. Maduro était un voyou qui a volé les élections. Il a fait beaucoup de choses épouvantables, même si le trafic de drogue que lui impute Washington est sans doute assez bas dans cette liste de crimes. Faire du Venezuela la source principale de la drogue aux Etats-Unis est absurde. Mais pour les Vénézuéliens, il pourrait y avoir de réels avantages à ce changement de régime.

Aux yeux du reste du monde, il y a surtout cette impression que les Etats-Unis sont hors de contrôle. En Amérique latine, les gens ont la mémoire longue. Ils se souviennent de l’époque où les États-Unis faisaient la loi dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. A chaque fois qu’un de ces pays faisait quelque chose qui ne leur plaisait pas, comme vouloir obtenir des prêts auprès de pays européens il y a plus d’un siècle ou avoir un gouvernement de gauche durant la guerre froide, ils étaient ciblés par les Etats-Unis. Nous rentrons donc dans une nouvelle ère interventionniste, alors que nous pensions cette époque révolue.

Le Venezuela n'est nullement comparable au Panama

Quelles sont les conséquences de cette intervention américaine pour le reste du monde ?

La Chine et la Russie peuvent se réjouir. La Chine revendique la mer de Chine méridionale et souhaite de toute évidence reprendre la main sur Taïwan. Si les Etats-Unis renversent des régimes en Amérique latine de façon unilatérale, sans accord du Conseil de sécurité des Nations unies, cela crée un précédent manifeste. Pour Xi Jinping, c’est l’occasion de dire : "Regardez ce que vous faites. Ce qui est bon pour vous l’est aussi pour nous". Vladimir Poutine peut se dire la même chose. Il est difficile après cela de condamner la Russie quand elle viole le droit international. C’est donc très imprudent de la part des Etats-Unis.

Les interventions militaires américaines contre l’Iran et le Venezuela ne démontrent-elles pas aussi la faiblesse des alliances de ces régimes avec la Russie ?

La Russie a signé des accords militaires avec le Venezuela, et la Chine était heureuse d’acheter du pétrole vénézuélien à bas prix. Mais l’influence de ces deux puissances y restait limitée. Faire du Venezuela un bastion russe ou chinois ne correspond pas à la réalité. Leurs intérêts vitaux ne sont pas touchés par ce changement de régime à Caracas.

Pour conclure, nous rentrons donc selon vous dans une période inédite…

D’un côté, nous avons du recul historique. Depuis deux cents, il y a eu plus de cent cas de changements de régime imposés par des pays étrangers. Comme je l’ai dit, cela débouche souvent sur de la violence, et il est très difficile de démocratiser ces Etats, même lorsqu’on l’essaie activement.

Mais ce qui est sans précédent, c’est la manière dont Trump a fait tomber Maduro. Cette façon de fondre sur lui, de l’arrêter et de l’emmener à New York est inédite. C’est une chose que de faire pression sur un dirigeant pour qu’il démissionne, et qu’ensuite, il prenne la fuite et s’exile. Les Etats-Unis avaient déjà procédé de la sorte, poussant à une relève à la tête de différents pays. Les Américains l’avaient par exemple fait au Nicaragua ou au Costa Rica au début du XXe siècle. C’est un changement partiel de régime. On se débarrasse du dirigeant, puis on espère pouvoir s’entendre avec la personne suivante.

Beaucoup ont comparé la situation à celle du Panama en 1989, quand les Etats-Unis avaient chassé Manuel Noriega…

Noriega a été capturé, extradé et jugé, mais il était un vrai trafiquant de drogue. Tout comme l’ancien président du Honduras Juan Orlando Hernandez, que nous venons de gracier alors qu’il avait été condamné à quarante-cinq ans de prison. Mais en 1989, la situation était très différente, car les Etats-Unis avaient envahi le Panama avec plus de 20 000 soldats. A cette époque, il y avait un successeur qui attendait dans les coulisses. Guillermo Endara bénéficiait d’une certaine légitimité et a instauré la démocratie. Surtout, le Panama est un tout petit pays, avec moins d’un million d’habitants à l’époque, dans une zone minuscule où la présence militaire américaine est importante. Le Venezuela est un très grand pays, avec une géographie accidentée. Des rebelles colombiens opèrent dans le pays ; des gangs de trafiquants de drogue contrôlent des fiefs ; des très grandes milices sont affiliées au gouvernement. Et le Venezuela compte près de 30 millions d’habitants. Ce n’est donc pas un territoire facile à contrôler. Si vous envoyez 15 000 soldats, ce qui correspond à peu près au nombre d’hommes que les États-Unis ont déployé dans les Caraïbes, cela ne suffira. Dans les années 1970, nous ne sommes même pas arrivés à contrôler le Sud Vietnam avec 500 000 soldats. Vous ne pouvez donc pas envoyer quelques milliers de soldats à Caracas et espérer contrôler le Venezuela. Il faudrait un déploiement très important, mais aucun signe n’indique que l’administration Trump soit prête à le faire.















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