A Rio, Lula et von der Leyen célèbrent l'accord commercial UE-Mercosur
Après plus de 25 ans de négociations, les pays fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) signeront samedi ce texte avec l'Union européenne à Asuncion, la capitale paraguayenne.
Le traité crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde mais inquiète fortement au sein du monde agricole, notamment en France.
Cet accord est "très bon, surtout pour le monde démocratique et pour le multilatéralisme", a dit devant la presse Luiz Inacio Lula da Silva.
"C'est le pouvoir du partenariat et de l'ouverture", a renchéri la dirigeante européenne. "C'est ainsi que nous créons une vraie prospérité", a-t-elle ajouté.
Cet accord débouche dans un monde très incertain, bousculé par le protectionnisme et les droits de douane de Donald Trump.
Le président américain a menacé vendredi de surtaxes les pays qui ne soutiendraient pas son plan pour acquérir le Groenland, territoire autonome du Danemark, un pays membre de l'Otan.
A la tête de la première économie d'Amérique latine, géant agricole d'envergure mondiale, Lula a joué un rôle crucial dans l'avancée du traité UE-Mercosur. Il n'assistera pas cependant à la signature samedi.
Le président du Paraguay, Santiago Peña, et son homologue uruguayen Yamandu Orsi seront présents en revanche, de même que Mme von der Leyen, après son étape brésilienne. La venue du président argentin Javier Milei n'est pas confirmée.
"Valeurs" partagées
En supprimant une large part des droits de douane, l'accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages.
Dans le sens inverse, il facilite l'entrée en Europe de bœuf, volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.
Après la signature, le traité commercial devra encore être ratifié par le Parlement européen. Le scrutin pourrait être serré, même si une majorité semble favorable à l'accord.
En pleins bouleversements géopolitiques mondiaux, Lula et Ursula von der Leyen ont vanté l'alliance des deux blocs au-delà du commerce.
"L'Union européenne et le Mercosur partagent des valeurs telles que le respect de la démocratie, de l'Etat de droit et des droits humains", a lancé le leader de la gauche brésilienne.
La présidente de la Commission européenne a vanté le "leadership" de son hôte, basé à ses yeux sur l'attachement à "la démocratie, l'ordre international fondé sur des règles et (au) respect", notamment "pour les autres pays".
Leur rencontre, et la signature de l'accord samedi, interviennent à un moment particulier pour l'Amérique du Sud.
Les pays de la région cherchent encore à mesurer la nouvelle donne créée par la capture le 3 janvier du président vénézuélien Nicolas Maduro lors d'une opération militaire américaine spectaculaire. M. Maduro est désormais détenu aux Etats-Unis.
Sur un autre thème, celui des "matières premières critiques", au croisement des intérêts économiques et des enjeux de souveraineté nationale, Mme von der Leyen a souligné qu'Europe et Brésil "avancent vers un accord politique très important", visant des investissements conjoints dans "le lithium, le nickel et les terres rares".
Selon elle, "c'est essentiel pour notre transition numérique et écologique, ainsi que pour notre indépendance stratégique dans un monde où les minerais tendent à devenir un instrument de coercition".
La bataille pour les minerais fait rage au niveau mondial. L'accès aux ressources minérales du Groenland est ainsi jugé crucial par l'administration Trump.
