Les anciens de l’ENA n’aiment pas ce qu’est devenue leur école
L’association Servir, qui regroupe quelque 12.000 anciens élèves de l’École nationale d’administration (ENA) et de l’Institut national du service public (INSP) qui l’a remplacée en 2022, vient d’appeler à la réforme des concours d’entrée.
Selon le média Acteurs publics, l’association des anciens considère que les épreuves ne sont pas assez sélectives. Elle souhaite « modifier l’épreuve de questions à réponses courtes (QRC) qui mêle les finances publiques et les questions sociales, européennes et internationales ». Elle est, à son avis, d’un coefficient trop faible, ce qui incite les élèves à la négliger alors que ces disciplines sont essentielles pour l’action publique. Par conséquent, au lieu de les mélanger dans une seule épreuve – de 5 heures tout de même – qui ne permet pas vraiment de « vérifier les connaissances précises des candidats », elle suggère, par exemple, d’instaurer « deux épreuves écrites de 3 heures et deux épreuves orales techniques ».
L’association Servir critique aussi le caractère optionnel des épreuves de droit public et d’économie pour le concours interne (réservé aux agents publics ayant 4 ans d’ancienneté) et le « troisième concours » (pour les salariés du privé). Isabelle Saurat, présidente de Servir, propose d’établir « deux épreuves distincte » consacrées aux deux matières actuellement optionnelles.
Le caractère dérogatoire du concours spécial pour les titulaires d’un doctorat est également sous le feu des critiques. Il ne comporte, en effet, qu’une seule épreuve écrite d’admissibilité, qui consiste en « une note d’analyse à partir d’un dossier sur la base d’un programme de spécialité disciplinaire ». Pour Isabelle Saurat, cela ne suffit pas. Les élèves ainsi recrutés ont des lacunes, notamment en droit et économie, qui « peuvent remettre en question non seulement la légitimité de ces docteurs hauts fonctionnaires mais également celle de l’État auprès des acteurs extérieurs ».
Ce n’est pas la première fois que les anciens de l’ENA critiquent l’INSP. Remercions-les de s’inquiéter de la qualité de la formation de leurs futurs collègues hauts fonctionnaires. A vrai dire, il aurait été étonnant que la baisse de niveau de l’école française ne finisse pas par atteindre les formations supérieures prestigieuses. Baisse de niveau dont les énarques du ministère de l’Éducation nationale sont en grande partie responsables.
Supprimer l’INSP et recruter les serviteurs de l’État à l’issue de formations diverses, les mêmes que les cadres d’entreprise et, pourquoi pas, avec une expérience dans le privé pour ne pas être déconnectés du réel, serait assurément judicieux. Tout comme supprimer le statut de fonctionnaire pour faciliter les mobilités entre privé et public.
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