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Январь
2026

Pleurs, sommeil, coliques : ce que la science m’a permis de comprendre sur mon bébé

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Mon fils est né voilà trois mois. "C'est l’événement le plus merveilleux et le plus banal du monde", m’a dit mon père, réjoui que je le devienne à mon tour. Merveilleux car j’ai ressenti à ce moment les émotions les plus intenses de ma vie. Banal parce que des milliards de parents l’ont vécu avant moi. Pour eux comme pour moi, une multitude de questions se sont imposées, avec leurs cortèges de réponses et de conseils souvent contradictoires…

Mes réseaux sociaux - Instagram en tête - ont compris que j’allais être papa il y a déjà des mois. Je ne compte plus les vidéos censées répondre à mes interrogations et craintes que mon flux m’a imposées. Certaines intéressantes, d’autres anxiogènes, culpabilisantes ou trompeuses. Informations auxquelles s’ajoutent les conseils de la multitude de sites web spécialisés, des proches, sans oublier les intelligences artificielles. Etre journaliste scientifique ne m’a pas empêché de tomber dans certains pièges. Mais cela m’a au moins poussé à vérifier — du moins quand j’avais le temps — les informations que l'on me présentait.

Les pets de la honte

Comparé aux autres mammifères, l'être humain met au monde des bébés que l'on pourrait considérer comme de grands prématurés. A la naissance, le cerveau fait 25 % de sa taille adulte. Les parents doivent donc décoder leurs étranges rejetons afin de répondre à leurs besoins sans faire n’importe quoi… Ce qui ne nous empêche pas de commettre des erreurs.

La première nuit à la maternité, morts de fatigue, ma compagne et moi avons dormi six heures de suite. Nous ne savions pas qu’il fallait réveiller notre fils toutes les deux à trois heures pour le nourrir. Au milieu de la nuit, quand il a poussé quelques faibles cris - il avait faim, avons-nous compris le lendemain -, je l’ai pris sur mon ventre et… je me suis endormi sur un de ces fauteuils dépliables, étroits et inconfortables mis à disposition des conjoints. Il aurait pu tomber. J’aurais pu l’étouffer. Heureusement, aucun drame n’a eu lieu. Mais ce fut ma première honte de jeune papa. Et pas la dernière.

Au bout de quelques semaines, j’ai commencé à pratiquer des "massages" censés soulager les coliques. Instagram m’avait déjà bombardé de vidéos de soi-disant professionnels apaisant miraculeusement des bébés. Je les regardais d’un œil distant. Puis un ami m’a lancé : "Je sais que tu n’es pas fan de l’ostéopathie mais je suis allé en voir un et ça a fonctionné pour les gaz de ma fille !" Une infirmière de la Protection maternelle et infantile venue à mon domicile a fini de me convaincre. Elle m’a détaillé une technique consistant à replier ses genoux sur son ventre, "sans hésiter à appuyer franchement !", selon elle.

J’ai suivi ces conseils. J’ai réussi à faire péter mon fils, mais sans franchement déterminer si cela lui faisait du bien. Mes réflexes professionnels sont revenus, mais j’ai eu le plus grand mal à trouver des sources fiables sur Internet. Alors j’ai contacté la Société française de pédiatrie (SFP). "Ces massages ne servent strictement à rien, m’a répondu la pédiatre Catherine Turberg-Romain. La SFP a émis des notes à ce sujet : aucune étude n’a démontré l’efficacité de l’ostéopathie viscérale pour les troubles digestifs chez les enfants [NDLR : ni chez les adultes]." Pire encore, appuyer sur le ventre avec les genoux "sans hésiter à y aller franchement" peut se révéler dangereux. "En revanche, les massages doux sont bénéfiques pour le bien-être de l’enfant et pour développer un lien avec lui, ajoute la pédiatre. Mais cela n’a rien à voir avec une manipulation censée ‘débloquer’ quelque chose."

"Tu faisais tes nuits au bout de quelques jours !"

Pour préserver mon ego, j’ai mis cette erreur sur le compte de l’immense fatigue qui frappe les jeunes parents. Epuisement provoqué en grande partie par le rythme de sommeil erratique des bébés. J'ai d'ailleurs été conforté dans cette idée lorsque j'ai vu des vidéos sur les réseaux sociaux assurant que la privation de sommeil des jeunes parents égale celle des Navy SEALs, les forces spéciales américaines. Sauf qu'il s'agit, encore, d'une fausse information. Pendant la fameuse "Hell Week" des SEALs, les recrues dorment environ quatre heures sur cinq jours. Les parents, eux, perdent en moyenne heures heures de sommeil par nuit. Néanmoins, cette privation dure des années : une étude publiée dans Sleep en 2019 montre que le sommeil des parents n’est toujours pas revenu à la normale six ans après la naissance de leur premier enfant. Leur fatigue chronique est bien réelle.

Quand je m’en suis plaint auprès de mes parents, leurs réponses m’ont étonné. "Toi, tu faisais tes nuits au bout de quelques jours", m’a assuré mon père. Jaloux - et un peu fâché -, j’ai cherché comment obtenir le même résultat. La réponse est décevante. Les nouveau-nés sont physiologiquement incapables de "faire leur nuit". Jusqu’à deux mois environ, ils fonctionnent sur un rythme "ultradien", avec des cycles d’éveil et de sommeil de trois à quatre heures. Le rythme circadien - les cycles biologiques de 24 heures qui nous font distinguer le jour de la nuit - émerge à partir de 2 mois et n’est fonctionnel qu’à partir de 4 à 6 mois. Bien qu’il existe des exceptions, ce n’est qu’après avoir dépassé 5 kilos que la plupart des nourrissons possèdent un estomac suffisamment développé pour tenir six heures sans manger.

La mémoire de mon père lui ferait-elle défaut ? Après tout, c’était il y a près de quarante ans. J’ai alors interrogé ma mère, qui m’a livré une version un peu différente : "Au début, tu pleurais la nuit, mais on n’y répondait pas et au bout d’un moment tu faisais tes nuits." Mes parents étaient-ils cruels ? Non. Mais ils appliquaient les conseils de leur époque. Qu’en dit la science aujourd’hui ? La méthode du "laisser pleurer" fait encore l’objet d’un débat. Une étude publiée dans Early Human Development - très populaire sur les réseaux sociaux - montre que 25 bébés de 4 à 10 mois soumis à un programme d’éducation au sommeil cessaient effectivement de pleurer après quelques jours. En revanche, leur taux de cortisol (l’hormone du stress) restait élevé. Les chercheurs parlent "d’asynchronie comportementale" : le bébé semble apaisé, alors qu’il a simplement appris que personne ne viendra répondre à ses besoins.

Ces résultats, aussi affolants et culpabilisants soient-ils, doivent être nuancés. Une autre étude publiée la même année dans Pediatrics a suivi 326 enfants pendant cinq ans après différentes méthodes d’endormissement appliquées entre 8 et 10 mois. Les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative sur l’attachement, les comportements ou le stress à long terme entre les enfants qu’on avait laissé pleurer et les autres. Une troisième étude publiée en 2016 dans Pediatrics avec des bébés de 6 à 16 mois a montré que l’extinction graduelle - laisser pleurer bébé pendant des intervalles prédéfinis comme cinq, dix, quinze minutes - ne produit pas d’effets négatifs mesurables. "Lorsque les pleurs du bébé sont suivis immédiatement par l’apparition et le réconfort d’un parent, cela agit comme une "récompense" pour le cerveau du bébé, qui apprend que pleurer est un bon moyen pour se faire dorloter", explique Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure (Paris) en sciences cognitives, et chroniqueur à L’Express. Si les parents se précipitent au moindre pleur, ils vont renforcer ce comportement et peuvent se retrouver piégés avec un enfant incapable de s’endormir et de se rendormir seul. "D’où la technique d’extinction", poursuit le chercheur.

Que conclure ? Comme les bébés n’ont pas de cycles de sommeil réguliers avant environ 4 mois, la plupart des pédiatres déconseillent les méthodes du "laisser pleurer" avant 4 à 6 mois. Les raisons sont physiologiques : avant cet âge, le rythme circadien n’est pas établi, la production de mélatonine, l’hormone du sommeil, n’a pas démarré, et le bébé n’a pas développé la capacité de s’auto-apaiser. Ensuite, libre à chacun d'utiliser la méthode qui lui convient le mieux, en restant évidemment attentif aux besoins du bébé.

Des enfants "manipulateurs" ?

En visite alors que son petit-fils avait 3 semaines, mon père n’a pas pu s’empêcher de s’étonner de me voir me lever de table lorsque mon fils pleurait. "Si tu fais ça, tu vas l’habituer… J’ai des amis qui sont devenus esclaves de leurs enfants : dès qu’ils ne le portent pas, il pleure", m’a-t-il alerté.

Sa remarque révèle à quel point le regard sur le nourrisson a radicalement changé en quelques décennies. "On a compris il n’y a pas si longtemps que le bébé ressent la douleur, mais aussi que c’est une personne et qu’il faut donc la comprendre et s’en occuper, résume Catherine Turberg-Romain. On sait désormais qu’il faut répondre à ses pleurs, parce qu’ils signifient toujours un besoin." Ce changement de paradigme explique certaines tensions générationnelles. Nos parents ont été élevés — et nous ont élevés — selon des principes dépassés. Ce n’est pas qu’ils étaient malveillants - d'ailleurs, la plupart d'entre nous n'ont pas été traumatisés - c'est simplement que la science a évolué, et avec elle les recommandations.

On sait par exemple qu’un nouveau-né est physiologiquement incapable de faire un caprice. Les études scientifiques convergent : ce n’est pas possible avant au moins 18 mois, et encore, de façon très rudimentaire. Il ne peut pas non plus manipuler son entourage. Cela suppose de comprendre que l’autre a des pensées différentes des siennes, d’anticiper sa réaction et d’ajuster son comportement en conséquence. C’est ce que les psychologues appellent la "théorie de l’esprit", une capacité qui n’émerge qu’à partir de 18 mois pour être fonctionnelle entre 3 et 5 ans. "Néanmoins, si les pleurs ont été renforcés par les comportements parentaux, ils vont se reproduire, même si le bébé n’a aucun besoin fondamental insatisfait, tempère Franck Ramus. Ce ne sera pas un caprice conscient, mais du conditionnement opérant : cela fonctionne chez tous les vertébrés ! Pas besoin de théorie de l’esprit : leur cerveau a simplement appris que pleurer peut leur apporter des gratifications supplémentaires."

Quoi qu'il en soit, un bébé qui pleure n’élabore pas de plan machiavélique. Son "cerveau émotionnel" - l’amygdale - tire la sonnette d’alarme et son "cerveau rationnel" - le cortex préfrontal -, n’est pas en mesure de moduler cette réaction. Ce qui m’a le plus aidé à intégrer cette réalité, c’est un soir où, épuisé après trente minutes de pleurs, j’ai failli craquer. J’ai posé mon fils dans son lit, je suis sorti de la chambre, j’ai fermé la porte. J’avais besoin de silence. Et dans ce silence, j’ai compris quelque chose : il ne faisait pas cela pour me rendre fou car il ne le pouvait pas. Cette pensée m’a apaisé plus que n’importe quel conseil. Mais elle ne répondait pas à la question de fond : pourquoi pleure-t-il ?

Pourquoi ils pleurent ?

Les raisons se comptent sur les doigts d’une main : la faim, la fatigue, l’inconfort, le froid, le chaud, les gaz... "Sans oublier le reflux gastro-oesophagien (RGO), qui est l’une des principales causes de pleurs chez le bébé", souligne Catherine Turberg-Romain. La position droite, dans les bras ou en porte-bébé, soulage souvent l’enfant". Sur Instagram, j’ai aussi vu passer des dizaines de vidéos attribuant les pleurs et troubles du sommeil aux fameux "pics de croissance" censés survenir à 3, 6, 9 semaines puis 3, 6, 9 mois. "C’est une expression erronée, balaie Catherine Turberg-Romain. Le terme exact est "poussées de croissance" et elles n’ont pas de calendrier précis : chaque enfant évolue à sa vitesse, selon de nombreux facteurs." Surtout, elles n’expliquent pas les pleurs.

Je me suis donc tourné vers des vidéos expliquant comment "décoder" les sanglots de bébé. Tel son signifierait la faim, tel autre la fatigue. Des coachs ou applications promettent même de traduire les cris en besoins précis. Je me suis pris à espérer qu’une telle grille de lecture existe. Et puis je suis tombé sur une étude de l’Inserm publiée en 2023 dans Communications Psychology qui a analysé près de 40 000 pleurs de 24 bébés sur quatre mois. Résultat : il est impossible de distinguer la cause d’un pleur simplement en l’écoutant. Ni les algorithmes d’IA, ni les 200 adultes testés n’y sont parvenus. En revanche, l’intensité des cris transmet bien un niveau de détresse et d’urgence. Et les parents sont capables, avec une précision étonnante, de reconnaître les pleurs de leur bébé parmi les autres. Il n’existe donc pas de solution miracle pour les faire cesser, si ce n’est d’essayer de procéder par élimination en répondant aux besoins fondamentaux (faim, soif, douleur, etc.). "Et des parents calmes, non angoissés, arrivent plus facilement à calmer les pleurs : le bébé ressent fortement l’ambiance autour de lui", ajoute Catherine Turberg-Romain.

Où trouver des informations fiables ?

Une chose est sûre : de nombreux parents se sentent perdus dans cette jungle informationnelle. Heureusement, des sources fiables existent. Les plus importantes restent les pédiatres et médecins généralistes. Outre les professionnels de santé, quelques sites Internet se distinguent. C'est le cas de Naître et grandir. Les articles sont sourcés, révisés par des professionnels et mis à jour régulièrement. Leurs newsletters, qui s’adaptent à l’âge de votre enfant - et ce dès la grossesse - sont particulièrement impressionnantes de précision. En France, on peut également consulter le site gouvernemental 1 000 premiers jours, basé sur la science, ou encore Mpédia, le site de l’Association française de pédiatrie ambulatoire, où des pédiatres répondent aux questions des parents.

Et si la science ne dit pas toujours ce qu’on aimerait entendre, elle procure les informations les plus fiables et les plus solides. Elle m’a, en tout cas, permis d’avoir plus confiance en mon rôle de père. Et c’est sans doute le plus important.















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