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L'Europe peut-elle se passer de Microsoft ? La dangereuse dépendance aux Big Tech américaines

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Bye bye Excel. Depuis quelques semaines, les 30 000 agents de la métropole de Lyon n’utilisent plus le célèbre tableur. Ni Word, son pendant pour l’édition de texte. Ni la messagerie Outlook, le cloud Azure ou le logiciel de visioconférence Teams. Place à TNO, pour "Territoire numérique ouvert", dont l’interface bleu pâle et les fonctionnalités rappellent en tout point l’écosystème Microsoft, dont étaient issues ces applications. Toute la suite bureautique du géant américain a été remplacée par des solutions libres, développées et hébergées localement par le Syndicat intercommunal des technologies de l’information pour les villes, indique son directeur général Stéphane Vangheluwe. Une réussite assure-t-il. "Certains utilisateurs ont été un peu déstabilisés pendant la migration, mais il y a très peu de difficultés fonctionnelles."

Alors que les tensions géopolitiques entre les États-Unis et le reste du monde sont à leur paroxysme, l’exemple de la métropole de Lyon suscite de plus en plus d’intérêt en France. "Beaucoup de gens nous contactent pour savoir comment on a fait. Ça n’arrête pas !", lâche Stéphane Vangheluwe dans un sourire. Si elles semblent s'apaiser depuis l’accord trouvé avec l’Otan, les velléités d’annexion du Groenland par Donald Trump ont cruellement rappelé au Vieux Continent sa dépendance à la technologie américaine. Celle-ci pose problème à plusieurs titres. L’erratique président américain pourrait décider de couper l’accès aux services numériques, craint-on en Europe. Ce dernier dispose aussi dans son arsenal du "Cloud Act", une loi qui permet en théorie au gouvernement de réclamer n’importe quelle donnée hébergée par ses entreprises.

Vent de révolte

Plus que tout autre géant, le cas de Microsoft est singulier. Sa présence remonte aux débuts des années quatre-vingt en Europe. Son système d’exploitation, Windows, a été la première fenêtre d’accès à la suite bureautique dotée de Word, Excel et PowerPoint. Des noms connus de tous. Particulièrement des collectivités et administrations. Un rapport du lobby "Open Cloud Coalition" estime que Microsoft détiendrait une part de marché de 73 à 80 % sur le continent pour les logiciels de productivité. Sur la bureautique seule, ce chiffre grimpe à 92 %. Un quasi-monopole, auquel il faut ajouter le gâteau du cloud, une technologie arrivée plus tardivement, que Microsoft et sa filiale Azure se partagent avec d’autres américains, Amazon et Google.

Pourtant, des remplaçants existent en Europe. Des solutions gratuites, telles que Linux pour le système d’exploitation, mais aussi commerciales, comme le français OVH pour le cloud ou le suisse Proton pour les e-mails. Le site european-alternatives.eu en recense à ce jour pas moins de douze pour le seul logiciel Teams. A l’instar de la métropole de Lyon, les collectivités sont de plus en plus nombreuses à sauter le pas. La Région Ile-de-France a supprimé les outils Microsoft pour ses lycéens depuis la rentrée. L’Occitanie entame le même mouvement pour ses agents. Fin janvier, l’administration française a créé "Visio", un clone de Teams. Au Danemark, sous pression dans le dossier du Groenland, les deux plus grandes villes du pays comptent lâcher le géant de Redmond. La Cour pénale internationale, aux Pays-Bas, y songe également depuis les sanctions infligées au juge français Nicolas Guillou. Quant à la Commission européenne, elle serait en discussion afin de migrer son cloud depuis Microsoft Azure vers un concurrent "souverain". De manière générale, la souveraineté prend une place grandissante dans les préoccupations des organisations : selon une étude de l’association Hexatrust, 79 % des entreprises françaises la considèrent comme "un critère de choix", et une sur deux a déjà rejeté une solution informatique spécifiquement pour des questions de souveraineté.

"La difficulté, c’est d’assembler"

"La volonté politique est essentielle", confirment Christophe Lombard et Vincent Deleau, président et directeur de La Canut, centrale d’achat des collectivités. La mise en pratique se révèle néanmoins plus complexe que d’appuyer sur un bouton "résilier". La Ville de Lyon prépare en réalité sa mue depuis 2022, détaille Bertrand Maes, adjoint au maire en charge du numérique. "Nous avons recensé tous les services qui utilisaient des fichiers Excel automatisés pour trouver des alternatives pertinentes. Et nous avons fait de la formation avant de changer le logiciel ainsi que beaucoup de communication pour expliquer ce changement aux agents", énumère-t-il. "Basculer les applications, se familiariser avec l’ergonomie, reparamétrer… En moins de deux ans, vous ne faites rien", glissent les dirigeants de La Canut, qui accompagnent l’Occitanie dans son sevrage. Un autre exemple de transition souvent cité est celui de la Gendarmerie, qui dès 2005, a entamé sa sortie des applications Microsoft, puis opéré la migration de ses ordinateurs sous Windows vers Linux - la partie de l'opération la plus critique. Une métamorphose qui aura pris environ dix ans, au total.

"La difficulté, c’est d’assembler", juge Bernard Giry, responsable de la transformation numérique en Île-de-France. Quitter Microsoft signifie abandonner un service tout-en-un. Il compile désormais, pour ses lycéens, Worldline pour la messagerie, Leviia pour le cloud et PearlTrees afin de partager des fichiers, avec une compatibilité forcément réduite comparée à la suite Microsoft. L'un des facteurs menant à l'enfermement technologique, aussi appelé "lock-in", très puissant dans la tech.

Et ce glissement a un coût. Stéphane Vangheluwe a par exemple reçu une subvention de deux millions d’euros de la part de l’Agence nationale de cohésion des territoires pour l'initiative lyonnaise. Pas un petit chèque. Mais peu, comparé à celui signé chaque année à la firme de Redmond. "Grâce au TNO, nous avons réduit nos dépenses informatiques de 169 à 66 euros par agent et par an", calcule-t-il. Bernard Giry invoque un autre argument, la hausse régulière et agressive de sa facture Microsoft : 30 % dernièrement, pour de nouvelles fonctionnalités dont il n’avait "pas besoin". Les collectivités pensent géopolitique, mais d’abord et surtout gros sous.

Résilience plus que souveraineté

Ces hirondelles feront-elles le printemps souverain ? Les remplaçants à Microsoft, payants ou libres, "ne sont pas prêts à absorber des millions d’utilisateurs, des nouveaux convertis à la souveraineté numérique, du jour au lendemain", interpelle l’entrepreneur Tariq Krim, fin connaisseur du sujet. "Le simple fait de se tourner vers un fournisseur européen ne suffit pas si le logiciel reste propriétaire. Que se passe-t-il s’il fait faillite, s’il est racheté par une entreprise non européenne, ou décide de se relocaliser hors d’Europe ?", interroge de son côté Johannes Näder, de la Free Software Foundation Europe’s (FSFE). Cette association européenne défend plutôt le recours aux logiciels libres. Mais ces derniers ont une réputation moins sexy en termes d'expérience utilisateur. Et sont souvent maintenus à flot par un nombre réduit de spécialistes.

Les habitudes, aussi, ont la vie dure. Chez les reponsables informatique, "la tentation est grande d’utiliser les solutions du marché pour valoriser leur CV", regrette Stéfane Fermigier, entrepreneur à l’origine de la fondation européenne EuroStack, qui vise à bâtir une infrastructure numérique interopérable et souveraine sur le continent." Ce dernier dénonce aussi l’emprise des Gafam dès la scolarité, du secondaire au supérieur, et dans les écoles d’ingénieurs : mise à disposition gratuite d’outils collaboratifs, crédits cloud...

Il n’est pas rare, ainsi, que la souveraineté fasse flop. Cela a été le cas, à Munich, en Allemagne, une ville un temps convaincue par Linux, et qui a fait machine arrière en 2024, vers le système d’exploitation Windows de Microsoft. "Je suis déjà passé d’une solution française à une américaine, et ma cybersécurité est toujours assurée par un service américain. Je ne veux pas endosser le rôle d’un héros de la souveraineté", nous confie Bernard Giry. Cette quête semble infiniment tortueuse. "On est plus dans une logique de résilience que de pleine souveraineté. En Europe, on ne fabrique ni puces électroniques, ni PC, ni serveurs", observe-t-il avec justesse. Aux lycéens d’Ile-de-France, il changera bientôt les ordinateurs portables, tournant sur Windows, pour des Chromebooks. Des appareils de chez… Google.















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