Gaza : trois questions sur la réouverture du poste-frontière de Rafah
Le point de passage frontalier de Rafah, contrôlé par Israël, a très partiellement rouvert ce lundi 2 février entre la bande de Gaza et l'Égypte, permettant à un petit nombre de Palestiniens de quitter ou de revenir dans le territoire ravagé par la guerre. La frontière, dont la réouverture totale est réclamée par l'ONU et les organisations humanitaires, ne devrait toutefois pour l'heure pas permettre l'entrée de l'aide internationale. L’Express fait le point sur la réouverture de ce point de passage fermé durant la majeure partie des deux années de guerre dans l'enclave palestinienne.
Pourquoi cette réouverture était-elle très attendue ?
Ce passage, situé dans ce qui était autrefois une ville de 250 000 habitants qu'Israël a depuis démolie et dépeuplée, est la seule voie d'accès ou de sortie pour la quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de la bande de Gaza. Il est fermé de manière quasi permanente depuis mai 2024 et contrôlé par l'armée israélienne côté gazaoui.
Avant la prise de contrôle du poste de Rafah par Israël, quelque 100 000 Palestiniens ont fui la bande de Gaza par le biais de ce point de passage frontalier en raison de l'offensive israélienne menée après l'attaque du 7 octobre 2023 du Hamas, selon les autorités palestiniennes. Au fur et à mesure de son offensive dans la bande de Gaza, l'armée israélienne a envahi le sud de l'enclave et a donc fermé ce point de passage. Une voie importante permettant aux Palestiniens blessés et malades de se faire soigner en dehors de Gaza a ainsi été coupée. Seuls quelques milliers d'entre eux ont été autorisés par Israël à sortir de la bande de Gaza pour se faire soigner dans des pays tiers via Israël au cours de l'année écoulée.
Quelles sont les conditions de passage ?
Cette réouverture intervient de façon limitée. Selon une source palestinienne interrogée par Reuters, 50 Palestiniens devraient traverser ce lundi le point de passage pour entrer dans la bande de Gaza après des contrôles de sécurité israéliens rigoureux. Cinquante autres Palestiniens devaient être autorisés à quitter l'enclave palestinienne. Ces déclarations suggèrent un plafond quotidien de 100 voyageurs.
Le passage du poste-frontière concerne uniquement les Palestiniens désireux de quitter l'enclave ou ceux ayant fui dans les premiers mois de la guerre et souhaitant désormais rentrer. Nombre d'habitants de Gaza malades ou blessés devraient vouloir partir pour recevoir des soins à l'étranger. Le ministère palestinien de la Santé estime que 20 000 patients attendent de pouvoir quitter Gaza.
Israël a prévenu que cette réouverture se ferait dans des conditions de sécurité draconiennes. L’Etat hébreu exige des contrôles de sécurité très stricts pour les Palestiniens traversant le poste-frontière. Des fouilles corporelles sont notamment effectuées, de même qu’une vérification des identités par le service de renseignement israélien. Par ailleurs, des tourniquets électroniques pourront être activés à distance, c'est-à-dire qu'Israël pourra ouvrir ou bloquer le passage sans que des soldats israéliens se trouvent physiquement sur place, indique TF1.
Quels sont les autres principaux sujets qui restent à régler ?
La réouverture du poste-frontière de Rafah était l'un des principaux points de la première phase du plan de paix en 20 points promu par Donald Trump pour mettre fin à la guerre, outre un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre mais régulièrement menacé. La deuxième phase du plan du président américain lancée après le Nouvel An prévoit que le Hamas rende les armes et cède le contrôle de la bande de Gaza à une administration soutenue par la communauté internationale. De nombreux Israéliens et Palestiniens considèrent cela comme irréaliste. Le Hamas n'a pas encore accepté ces conditions et Israël se dit prêt à reprendre la guerre pour désarmer le groupe par la force.
Depuis la conclusion de l'accord de cessez-le-feu en octobre, les attaques israéliennes à Gaza ont tué plus de 500 Palestiniens, selon les autorités sanitaires locales tandis que, selon les autorités israéliennes, des activistes palestiniens ont tué quatre militaires israéliens sur cette même période. Israël a effectué samedi des frappes aériennes parmi les plus intenses depuis l'entrée en vigueur de ce cessez-le-feu, tuant au moins 30 personnes dans la bande de Gaza, en riposte à ce qu'il a qualifié de violation de la trêve par le Hamas la veille avec l'irruption d'activistes dans le territoire à partir d'un tunnel à Rafah.
Malgré ces profondes divergences entre Israël et le Hamas, Washington a donc lancé la deuxième phase du plan, annonçant la création d’un comité de technocrates palestiniens chargés de gérer Gaza. Ce comité sera supervisé par un "Conseil de la paix" composé de dignitaires étrangers et présidé par Donald Trump, initialement conçu pour régler le conflit à Gaza et qui, selon lui, s’attaquera également à d’autres conflits.
D’autres points restent en suspens. Une force internationale de stabilisation est censée garantir la sécurité et la paix à Gaza. Cependant, sa composition, son rôle et son mandat restent flous. Par ailleurs, l'Autorité palestinienne, internationalement reconnue et exerçant une autonomie limitée dans certaines parties de la Cisjordanie occupée par Israël, est censée mener des réformes non spécifiées avant d'intervenir à Gaza, mais les détails n'ont pas été définis.
Les plans de financement et de supervision de la reconstruction de Gaza restent également à élaborer. Le gendre de Trump, Jared Kushner, a présenté ce mois-ci un projet de "Nouvelle Gaza" à reconstruire de fond en comble. Ce plan n'aborde ni les droits de propriété ni l'indemnisation des Palestiniens ayant perdu leurs maisons, leurs commerces et leurs moyens de subsistance pendant la guerre, et ne précise pas non plus où les Palestiniens déplacés pourraient être logés durant la reconstruction.
