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Les complotistes américains à l'assaut de l'Europe : enquête sur le mouvement "Make Europe healthy again"

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Qu'elles sont encombrantes ces caméras de télévisions ! Quelqu’un a cru bon de les planter là, au centre de la salle, rabats ouverts, trépieds aussi stables qu’imposants. Les spectateurs assis derrière ne voient plus grand-chose de l’événement exceptionnel qui se tient ce 15 octobre 2025, au Parlement européen. Tant pis. Un technicien procède aux derniers réglages, le silence se fait, et d’un coup, l'amphithéâtre Antall 6Q2 prend ses airs les plus solennels.

Sous les projecteurs, les invités du jour, Robert Malone, Christian Perronne, Louis Fouché, Aseem Malhotra, Philipp Kruse ou encore Sayer Ji, sourient à pleines dents. D’ordinaire, ces médecins, scientifiques, entrepreneurs de la santé, avocats sont des parias, des réprouvés. La presse les dépeint en contestataires aveugles, adeptes de toutes sortes de théories du complot, des illuminés, quasiment, et les voilà pourtant triomphants dans les arcanes du pouvoir européen.

Du haut de l’estrade, on dirait que la petite troupe constituée d’une vingtaine d’intervenants a son mot à dire sur la politique européenne. Ce n’est pas le cas, bien sûr : l’assemblée du jour, baptisée "Make Europe healthy again" (Meha), n’est qu’une conférence d’idées, une de ces initiatives qu’affectionne tant le Parlement. En cette fin d’automne, personne ne vote, personne ne décide, mais l'événement n'en est pas moins important : ce jour-là, la frange radicale du conspirationnisme international pouvait dire qu’elle était un peu chez elle, au sein même des institutions européennes.

Infléchir la législation européenne

Avec cet événement - organisé au frais du contribuable européen - les participants, connus pour avoir contesté l’évidence durant la crise sanitaire, espèrent infléchir la législation européenne en matière de santé. Le but ? Libérer le Vieux Continent de "Big Pharma" et des vaccins, jugés dangereux en dépit des preuves scientifiques. Un discours sceptique, tourné vers les remèdes "naturels" plutôt que les biomédecines, le même, peu ou prou que celui de Robert F. Kennedy Jr., le ministre américain de la Santé. Le nom du mouvement est d’ailleurs une transposition littérale d’un slogan de "Make America healthy again", son slogan de campagne. Pourquoi faire compliqué ?

Plus qu’une simple conférence, Make Europe healthy again se veut le début d’un "mouvement" capable d’infléchir les préférences des élus européens, grâce, notamment, à la verve de Maria Hubmer-Mogg, sa cheffe de file. Cette ancienne médecin, radiée en 2021 après avoir donné un entretien à la chaîne du parti d’extrême droite FPO, s’est fait un nom en menant l'opposition vaccinale autrichienne durant la crise sanitaire. Sceptique sur la confiance que l’on peut accorder à "Big Pharma", comme aux experts du réchauffement climatique, elle dirige désormais Authentique, démocratique et neutre (ADN), un microparti anti-establishment crédité de 2,7 % des suffrages aux élections européennes de 2024.

C’est cette jeune femme, particulièrement active dans les sphères complotistes du Vieux Continent, qui a négocié avec les élus de l’extrême droite européenne, Patriots For Europe, pour les convaincre de lui dérouler le tapis rouge. L’idée d’un lobby européen ne serait pas d’elle, mais du héros de toute la mouvance conspirationniste, Robert F. Kennedy Jr. lui-même. "C’est Robert F. Kennedy Jr. qui a trouvé le nom de notre formation. Je suis très proche de ceux qui travaillent pour lui, on se voit souvent", raconte l’activiste à L’Express, complètement sous le charme du "M. santé" de Donald Trump.

Le manitou de l'antiscience

L’alliance transatlantique s’effiloche, l’Amérique rêve de vassaliser le grand frère européen, et Maria Hubmer-Mogg regarde avec admiration le manitou américain de l’antiscience... Qu’importe si les Etats-Unis multiplient les humiliations à l’égard de l’Union européenne, qu’importe, aussi, si leur dernière stratégie de sécurité nationale acte une rupture sans précédent avec le Vieux Continent. A ceux qui l’accusent d’œuvrer pour l'Oncle Sam, la jeune femme jure qu’il ne s’agit pas d’étendre l’influence de RFK outre-atlantique. Mais tout, dans la construction de MEHA, ses membres, ses idées, semble indiquer le contraire.

Maria Hubmer-Mogg affirme avoir rencontré RFK pour la première fois un soir de septembre 2024, lors d'un rallye, Rescue the Republic, à Washington. Applaudi à tout rompre par une foule qui porte des pancartes où l’on peut lire "You are my Hero", le futur ministre de la Santé prononce un discours d’une vingtaine de minutes. Tirée à quatre épingles dans l’assistance, "MaHuMo" de son nom de militante trumpiste, ne peut contenir ses frissons. Une coupe de champagne, puis une autre. Les deux trinquent, conviennent d’un aparté, se promettent de se revoir. Un ami immortalise la rencontre, la photo est vite postée sur les réseaux sociaux.

Voilà longtemps que celle qui se décrit désormais comme "coach en santé mentale" épouse les idées du politicien américain, chef de file de la désinformation complotiste outre-Atlantique, persuadé que les vaccins et le paracétamol rendent autiste, qu’importe ce que disent les scientifiques. Elle boit ses paroles, idolâtre ceux qui disent pareil. Pendant la crise sanitaire, l’Autrichienne se passionne pour le mouvement libertaire "Health Freedom" et écoute religieusement l’émission complotiste The Highwire, présentée par Del Bigtree, un intime de Kennedy, antivax notoire. Puis elle se rapproche de Mary Holland, présidente de Children’s Health Defense (CHD), l’un des plus puissants mouvements antivax américains, fondé par Robert F. Kennedy Jr. lui-même.

Des sphères antivax aux grands prix de formule 1

Le 20 janvier 2025, tout ce petit monde est convié au très chic Waldorf Astoria - un hôtel 5 étoiles à Washington - à l’occasion du "bal inaugural" de Make America healthy again, le mouvement de Robert F. Kennedy Jr. Plusieurs futurs invités de la conférence à Bruxelles - Christian Perronne, Aseem Malhotra mais aussi l’ex-eurodéputé néerlandais Rob Roos, vice-président de Meha - sont présents, comme en attestent des clichés postés en ligne. Petits fours en bouche, on discute d’une déclinaison européenne de la formation politique de RFK. Voilà le projet lancé.

Au printemps, l’Autrichienne active son réseau, des sphères antivax jusqu’aux grands prix de formule 1, où elle a travaillé en tant que médecin. "J’ai appelé une centaine de personnes, toutes rencontrées depuis mes interventions durant la crise sanitaire, des scientifiques, des avocats, des médecins, des activistes, des journalistes de médias indépendants - et j’ai contacté un eurodéputé autrichien pour lui demander s’il pouvait nous réserver une salle", raconte-t-elle, enjouée. L’eurodéputé s’appelle Gerald Hauser, il représente la formation autrichienne FPO au sein du groupe des Patriotes, et peut l’aider à organiser une conférence au sein même du Parlement, en guise de lancement. Le frisson de la consécration se fait sentir.

Avec "Make Europe healthy again", Maria Hubmer-Mogg gagne en notoriété, et Robert F. Kennedy Jr. étend un peu plus la sphère d’influence trumpiste en Europe. Sept Américains sont conviés au comité exécutif sur les 15 sièges disponibles. Dont Robert Malone, nommé par RFK au comité vaccinal américain, ou Tony Lyons, membre du bureau de MAHA, tous les deux proches du ministre états-unien. Un deal "gagnant-gagnant", sur le dos de la rationalité scientifique européenne : "C’est un mouvement politique, pour qui la santé passe avant tout par les traditions et la sagesse populaire. On est très loin de la médecine fondée sur les preuves", décortique le Pr Mathieu Molimard, pharmacologue, qui vient de rendre son rapport sur la désinformation en santé à la ministre Stéphanie Rist.

Un débouché politique au complotisme

"Les principales figures du complotisme trouvent un débouché et une visibilité grâce à ce portage politique. Quant à l’extrême droite, elle y voit une opportunité pour attirer des électeurs en tablant sur la défiance", abonde Rudy Reichsadt, fondateur de la plateforme Conspiracy watch, qui recense les théories complotistes. "L’idée, c'est de voir si on peut appliquer le modèle américain en Europe", expliquait Virginie Joron, eurodéputée du Rassemblement national et antivaccin convaincue, sur le média d’extrême droite Tocsin, le 16 octobre. Sur les réseaux sociaux, l’élue s’est montrée particulièrement enjouée à l’idée d’un tel mouvement, qui pourtant, à bien des égards, relève d’une ingérence américaine dans les affaires européennes.

A quel point cette ligne, anti-OMS, anti-institutions, antiscience et adepte du "cherry picking", cette pratique qui consiste à ne sélectionner que les études qui confirment ce que l’on pense, peut-elle séduire ? Pour le moment, la majorité constituée des partis de droite n’a pas montré de signaux favorables. Mais le Parlement européen n’est pas immunisé pour autant. Les tentatives de transposer la vision américaine en Europe sont de plus en plus nombreuses sur le Vieux Continent. En un peu moins d’un an, d’octobre 2024 à mai 2025, l’ONG Transparency Watch a comptabilisé 38 rendez-vous entre les élus d’extrême droite et leurs homologues américains.

Contacté, le directeur de la Fondation des Patriotes pour l’Europe, Raphaël Audouard, affirme ne pas avoir été informé de la conférence de "Make Europe healthy again", au Parlement européen. Comprendre : il ne s’agit pas d’une ligne officielle. Thierry Mariani, député du Rassemblement national, jure lui aussi que son parti, qui a pourtant propulsé Jordan Bardella à la tête du groupe Patriots, n’a rien à faire dans cette histoire. Certains élus étaient pourtant bien présents dans la salle à cette occasion, comme en attestent les photos prises ce jour-là.

Non-respect des règles

Au Rassemblement national, où l’on fuit tout ce qui peut conduire à une nouvelle ostracisation, la question d’un rapprochement avec Robert F. Kennedy Jr met mal à l’aise. Sur les registres officiels qui permettent de retracer les rencontres des élus, aucune trace du parti à la flamme. De leur côté, ni Meha, ni Maha, ne se sont inscrits comme lobby. "Ils correspondent pourtant en tout point à la définition officielle, qui désigne par là toute communication directe ou indirecte dans le but d’influencer la politique publique européenne", indique Transparency Watch. L'ONG y voit une infraction aux règles européennes, qui impose de déclarer tout contact avec des agents d’influence.

Ce n’est pas la première fois que de telles offensives américaines sur la santé européenne ont lieu en Europe. Children Health Defense, l’association antivaccin de Kennedy, a longtemps œuvré pour faire advenir ses idées sur le Vieux Continent. Selon notre décompte, l’organisation a été conviée à au moins trois conférences organisées à Bruxelles et à Strasbourg depuis 2022. Des contenus qui totalisent des centaines de milliers de vues sur Internet. La même année, l’association dépose une plainte pour faire annuler des essais cliniques sur le Covid-19. Recours rejeté, après appel. Son lobbyisme prend alors une tournure judiciaire. Toutes les méthodes sont bonnes pour faire entendre la doctrine de Kennedy. Même celles qui consistent à payer un député britannique pour diffuser ses plaidoyers, selon une information révélée par le New York Times. Un procédé controversé, mais légal au Royaume-Uni.

Durant la crise sanitaire, Robert F. Kennedy Jr. se rend à plusieurs reprises en Europe. C’est lui qui lance la manifestation du 31 août 2021, contre les mesures sanitaires, en Allemagne. Avec un certain succès : 38 000 personnes se sont réunies ce jour-là. Après l’événement, une centaine de manifestants ont tenté de prendre d’assaut le Parlement allemand, convaincus de lutter contre une forme de "dictature sanitaire". Selon une étude du Center for monitoring, analysis and strategy (CEMas), un groupe de recherche sur le conspirationnisme, le nom de Kennedy est apparu plus de 6 000 fois en 2024 sur les chaînes Telegram allemandes de désinformation, preuve de son influence au sein de ces cercles.

De Children Health Defense à Meha

Une grande partie des membres de Children Health Defense, dont l’ancienne présidente Europe, Mary Holland, a depuis été aspirée par Meha, positionnant, de fait, la nouvelle formation au centre de l’offensive de Robert F. Kennedy Jr. sur la santé européenne. Pour quels résultats ? "Nous sommes en discussion avec différentes formations politiques qui vont de ECR (les conservateurs réformistes) à ESN (les nationaux-souverainistes)", assure Maria Hubmer-Mogg. Il est trop tôt, dit-elle, pour voir un effet.

Quelques jours après la fête à Bruxelles, la prestigieuse revue scientifique The Lancet faisait paraître un éditorial. "Il n'est pas surprenant qu'un tel événement ait eu lieu. L'érosion de la confiance du public dans les institutions gouvernementales a alimenté le soutien aux partis d'extrême droite, populistes, antidémocratiques, antiscientifiques et eurosceptiques en Europe. (...) Les discours tenus par des organisations telles que Meha peuvent servir d'exutoire à la colère et à la désillusion du public, mais ils ne doivent pas être confondus avec des solutions réalistes aux besoins sanitaires des citoyens européens", peut-on y lire. La menace est prise au sérieux par les scientifiques.















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