"Comment osent-ils ?": à Minneapolis, les Amérindiens sur le qui-vive face à la police de l'immigration
"Avec toutes les opérations d'ICE dans la ville" et "le sentiment que les gens sont ciblés sur des critères raciaux, pour avoir la peau ou les cheveux foncés, avoir votre carte d'identité tribale est très important", explique la quadragénaire à l'AFP.
Minneapolis forme avec Saint-Paul, sa ville jumelle, une des agglomérations comptant la plus forte population amérindienne du pays, avec plusieurs dizaines de milliers de personnes. C'est aussi une place forte du mouvement amérindien.
La police de l'immigration "s'en prend à des gens parce qu'ils ont la peau brune", résume Crow Bell Court, à la tête d'une organisation de défense des intérêts amérindiens, en racontant l'arrestation récente d'un de ses amis, détenu pendant une douzaine d'heures avant d'être relâché.
"C'est fou. Les Amérindiens, nous ne sommes pas des immigrés. Nous sommes les premiers habitants ici. Ca ne devrait pas nous arriver dans notre propre pays. Ce sont nos terres", se désole ce membre de la tribu Chippewa, à la fois "en colère et triste".
"Une gifle"
"Quand on a appris que des milliers d'agents d'ICE venaient, on savait que ça allait affecter tous les gens typés", poursuit-il.
Pour dépasser sa façade jaune et rouge et y entrer, il faut frapper. La porte est verrouillée. "Pour la sécurité de nos clients et de nos employés", est-il placardé. "Tout le monde est bienvenu ici. Sauf ICE", revendique une autre affiche.
Minnesota, Wisconsin, Dakota du nord et du sud voisins: face à l'offensive anti-immigration lancée en décembre dans la ville, ce membre de la White Earth Nation raconte les déplacements effectués par de nombreuses tribus jusqu'à Minneapolis pour délivrer à leurs membres des cartes d'identité tribales - reconnues comme document officiel aux Etats-Unis par une législation vieille d'un siècle.
Ils sont de plus en plus à la porter autour de leur cou au quotidien depuis que des Amérindiens ont été pris dans la nasse des interventions anti-immigration.
Comme Crow Bell Court, depuis près d'un mois. "Ma cousine a plaisanté sur le fait d'accrocher sa carte d'identité tribale au bout d'un cordon et je me suis dit que c'était une bonne idée pour pouvoir la montrer si on m'arrête."
"Beaucoup de peur"
"Ca me procure un certain sentiment de sécurité, c'est comme une première étape pour me protéger", décrit une Amérindienne sexagénaire souhaitant rester anonyme.
"En tant qu'Amérindiens, on est supposé se sentir en sécurité sur les terres sur lesquelles nous sommes, mais ce n'est pas le cas. En ce moment, nous vivons avec beaucoup de peur", déplore auprès de l'AFP Arlene Raymond, qui habite depuis près de cinquante ans à Minneapolis et est habituée à ce qu'on lui attribue spontanément une origine hispanique.
"Notre carte d'identité tribale est quelque chose qui nous est cher. Encore plus maintenant. Nous n'avons jamais eu à la montrer. Jamais eu à la porter pour prouver qui nous sommes. C'est assez effrayant", se désole-t-elle.
"C'est quelque chose que nous n'aurions jamais imaginé devoir faire. C'est incroyable combien le monde dans lequel on vit aujourd'hui est horrible. Ca nous ramène à des sentiments et des situations qu'on a connus dans le passé, dans notre histoire, souligne la sexagénaire. Ce n'est pas nouveau pour nous. Mais c'est nouveau pour l'époque. Nous ne devrions pas avoir à vivre comme ça. Personne ne le devrait."
A proximité du bâtiment fédéral utilisé par ICE aux abords de Minneapolis, se tient Fort Snelling. Un lieu où, au XIXe siècle, plus d'une quarantaine d'hommes amérindiens ont été pendus et plus de 1.500 autres Amérindiens - dont beaucoup de femmes, enfants et personnes âgées - ont été détenus après avoir été déplacés.
