Au cinéma ou sur TikTok, le mythe Jeff Buckley résonne toujours
Emporté le 29 mai 1997 en se noyant dans un affluent du Mississippi à l'âge de 30 ans, le rockeur à la gueule d'ange a laissé une empreinte indélébile avec un seul album sorti de son vivant, l'intemporel "Grace" (1994), encensé par ses pairs, de David Bowie à Radiohead.
Avec une voix bouleversante posée sur des ballades épurées ou un rock transcendant, "il a fait quelque chose que personne ne faisait" dans les années 1990, caractérisées notamment par le grunge, où "tout était bruyant et dans la distorsion", raconte Amy Berg.
On connaît la célébrissime reprise d'"Hallelujah" de Leonard Cohen. Plus récemment, c'est une autre chanson de "Grace", composée par Buckley, "Lover, you should've come over", qui a pris d'assaut TikTok et les plateformes d'écoute, jusqu'à se hisser trois décennies après sa sortie dans le classement américain de référence, le Billboard Hot 100.
"C'est une légende" qui "ne meurt pas", assure Amy Berg, dont le film "It's never over, Jeff Buckley", qui débarque également au Royaume-Uni après sa sortie en 2025 aux Etats-Unis, est le fruit d'un travail de longue haleine.
"Il m'a fallu dix ans pour obtenir les droits sur les archives", explique l'autrice, qui a déjà exploré le destin météorique et tragique de la chanteuse américaine Janis Joplin ("Janis: Little Girl Blue", 2015) après des documentaires sur la pédophilie dans l'église américaine ou le système judiciaire des Etats-Unis.
Père absent
"Je n'ai cessé de revenir à la charge" pour que la mère de Jeff Buckley, Mary Guibert, présente tout au long du documentaire, "me permette de faire ce film" en exhumant des moments intimes, comme de longs messages de son fils qu'elle a gardés sur cassette, ajoute-t-elle.
A travers les témoignages d'anciennes petites amies, de musiciens et producteurs toujours marqués par sa mort, Amy Berg dresse le portrait d'un être "authentique, brut et vulnérable", qui a marché de manière troublante dans les pas d'un père absent.
Né en Californie, Jeff Buckley n'a quasiment jamais connu Tim Buckley, chanteur génial et inclassable des années 1960, qui l'a abandonné à sa mère, une immigrante panaméenne, pour se consacrer à sa carrière. Tim meurt d'une overdose à 28 ans. Et c'est en faisant étinceler sa voix dans une église de Brooklyn, lors d'un concert hommage à ce père inconnu, que Jeff est repéré pour la première fois, en 1991.
Le film regorge d'archives, notamment des images tournées dans un minuscule café de New York, le "Sin-é", où le chanteur s'émancipe de la figure paternelle grâce à une impressionnante palette d'influences. De la musique classique à Led Zeppelin, de Nina Simone au Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, maître du qawwali - un chant soufi -, Jeff Buckley "absorbait le monde comme une éponge", dit Amy Berg.
L'Américain faisait même valser le public français avec sa reprise d'Edith Piaf, "Je n'en connais pas la fin", notamment lors de concerts au Bataclan et à l'Olympia immortalisés par des albums live.
Mais cette tournée l'avait épuisé, et l'artiste vivait mal la pression qui pesait sur ses épaules pour enregistrer un deuxième album. Malgré ses tourments, sa mort reste un pur accident, insiste Amy Berg. L'autopsie n'avait pas révélé de surdose d'alcool ou de drogue.
