Eloïc Peyrache (HEC) : "Protégeons les étudiants contre le marketing trompeur et les formations médiocres"
La liste des écoles privées épinglées pour fraude ou irrégularités n’en finit pas de s’allonger, à l'image du Collège de Paris aujourd'hui dans le viseur du gouvernement. Le projet de loi porté par Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, promet un meilleur contrôle des formations. L’objectif étant, qu’à l’avenir, celles qui figureront sur la plateforme Parcoursup soient toutes irréprochables. Le calendrier se précise, puisque le texte passera en première lecture au Sénat au printemps prochain. Une bonne nouvelle, selon Eloïc Peyrache, directeur général d’HEC.
L’Express : Qu’attendez-vous de ce texte, porté par le ministre Philippe Baptiste ?
Eloïc Peyrache : Beaucoup. Le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé vise à répondre aux dérives constatées dans certaines écoles en encadrant beaucoup plus strictement leur activité. L’objectif est d’instaurer des modes de reconnaissance clairs (accréditation, partenariat) qui conditionneront l’accès à des diplômes reconnus par l’Etat et la possibilité d’être présent sur des plateformes comme Parcoursup.
Concrètement, il s’agit de remplacer un cadre juridique aujourd’hui jugé trop permissif et flou par des procédures d’évaluation robustes, conduites notamment par le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), et de renforcer les pouvoirs de contrôle de l’administration sur l’ouverture, la gestion et la qualité pédagogique des établissements privés. Cela inclut un agrément obligatoire et une limitation des pratiques commerciales ou des libellés trompeurs (par exemple, l’usage abusif des termes "bachelor" ou "master", sans reconnaissance académique). Le but est de mieux protéger les étudiants contre les pratiques abusives - marketing trompeur, promesses d’insertion non vérifiées, formations de faible qualité - et de clarifier quels établissements participent véritablement à la mission de service public de l’enseignement supérieur.
Les officines privées, parfois peu scrupuleuses, se sont en effet multipliées ces dernières années. Ce qui a contribué à saturer le marché…
Oui, l’expansion très rapide du marché de l’enseignement supérieur, en particulier du secteur privé, a clairement contribué à une forme de saturation sur certains segments et aussi à une perte de lisibilité pour beaucoup de familles perdues face à une offre pléthorique et de qualité très variable. La forte croissance des effectifs étudiants, le développement massif de l’apprentissage et l’attractivité financière du secteur notamment ont poussé de nombreux nouveaux entrants à se lancer, parfois avec des modèles légers, très orientés volume et marketing. Cette multiplication d’acteurs a intensifié la concurrence bien plus vite que la demande structurelle ne progressait.
Le modèle économique des business schools a du plomb dans l’aile. Redoutez-vous de grosses restructurations dans les prochaines années, voire des fermetures d’écoles ?
Leur modèle est aujourd’hui fragilisé par plusieurs tendances structurelles, qu’il s’agisse de la baisse démographique à venir, de la diminution des financements publics ou encore de la montée en puissance des formations en ligne ou certifiantes. Dans ce contexte, la pression sur les effectifs et sur les marges va s’accentuer, en particulier pour les établissements de taille intermédiaire ou qui ont du mal à se démarquer. Les sources de revenus évolueront pour certains, leurs modèles pédagogiques aussi sans doute. D'autres s'engageront dans des restructurations ou des rapprochements dans les prochaines années. Les institutions les plus solides et les plus internationales devraient continuer à se développer, tandis que les autres devront se réinventer pour préserver leur viabilité.
"Apprendre et se former à l'ère de l'IA" - Eloïc Peyrache sera présent au grand colloque de L’Express qui réunira patrons, dirigeants de grandes écoles, chercheurs et intellectuels, lundi 23 mars, à partir de 14h30, au théâtre Marigny, à Paris, pour réfléchir aux enjeux d’éducation et de formation. Pour vous inscrire, cliquez ici.
