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Февраль
2026

Vous voulez oublier l'Amérique de Trump ? Lisez Donald Ray Pollock !

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Knockemstiff, nous revoilà ! C’est dans cette bourgade perdue de l’Ohio que Donald Ray Pollock situe ses récits. Il y est né. Il y a grandi. Il en connaît chaque plaie, chaque humiliation. Après plus de trente années passées comme ouvrier dans une usine de pâte à papier - et quelques dérives en plus, alcoolisées ou acides - Pollock s’est décidé, la cinquantaine venue, à écrire. Il aurait sans doute aimé détourner le regard, mais l’évidence s’est imposée : il n’échapperait pas à son patelin.

Ce fut Knockemstiff (2008), puis Le Diable tout le temps (2011) ; The Heavenly Table (2016, Une mort qui en vaut la peine) déplacera ensuite le décor sans rien adoucir du regard. Albin Michel réédite aujourd’hui ces deux livres fondateurs : Le Diable tout le temps, précédé d’une préface affûtée de Marie Vingtras, et Knockemstiff, dans une traduction entièrement révisée de Philippe Garnier. Pourquoi maintenant ? Parce que la superbe collection Terres d’Amérique, dirigée par Francis Geffard, fête en 2026 ses trente ans. Pourquoi Pollock ? Sans doute parce qu’il est celui qui descend le plus frontalement au royaume des ombres, arpentant l’autre Amérique - l’exact envers de celle qui, aujourd’hui, actionne tous les leviers de la puissance made in USA.

Cercle infernal

Au moment où tourne à plein régime la lessiveuse techno-théocratique fantasmant une post-humanité rincée à l’IA, Pollock fouaille les blessures d’individus qui n’iront ni au paradis ni sur Mars. Dans Knockemstiff, il aligne les vagabonds, les laissés-pour-compte, les corps cabossés par l’alcool, le travail et la guerre. On y croise un adolescent forcé de voler pour survivre, un vétéran hanté par ce qu’il a vu, un frère qui se tape sa jeune sœur en invoquant le Christ (ce qui ne le sauve pas d’une mort brutale, et elle non plus). Pollock est un narrateur sans concessions ni pudeur, qui n’épargne pas son lecteur : vous voilà prévenus.

Le Diable tout le temps élargit encore le cercle infernal. Autour du jeune Arvin Russell gravitent des tueurs erratiques photographiant leurs victimes, un prédicateur illuminé persuadé que la cruauté rapproche de Dieu, un shérif sans foi ni loi, un père mystique et brisé, prêt à tout sacrifier sur l’autel d’une foi mal comprise. La violence est déchaînée, mais elle est aussi intime, presque domestique, née de la misère morale autant que sociale. Chez Pollock, le mal sent le sang séché et l’essence bon marché.

Tragédie grecque

C’est l’Amérique des marges, celle qui ne se mire pas dans Instagram mais dans l’or amer du whisky de supermarché et dans sa conscience salie. Une Amérique qui ne promet que la répétition des crimes et la transmission de la faute. Et pourtant, au cœur de cette noirceur, quelque chose affleure : une vérité nue, presque une grâce négative. Là où tout semble perdu, une étrange lumière passe, comme à travers une fissure.

Cette autre Amérique nous enseigne la peur et la honte, mais aussi la fragilité - et jusqu’à une forme de pitié. Amérique cathartique, donc : Marie Vingtras parle de "tragédie grecque", comme Malraux le faisait jadis à propos de Sanctuaire de Faulkner. Aucun hasard. Pollock crée son monde comme Faulkner créa le sien : une parcelle d’Amérique devenue bouche vers les enfers. Les silhouettes inquiétantes de McCarthy ne sont jamais loin, pas plus que les âmes défaites de McCullers. Bref, jadis édité comme un coup de poing, voici Pollock réédité comme un classique.

La phrase implacable de Donald Ray Pollock sculpte ses personnages dans la boue et le sang, puis les pousse au bout de leur nuit, qui est aussi la nôtre. On y croise des Huckleberry Finn abattus par la vie, traumatisés par la guerre, assoiffés à la fois de paix et de destruction. Et le lecteur, pantelant, se souvient que, loin de l’hubris des milliardaires et des prophètes de silicone, l’Amérique possède encore de ces voix pleines de sortilèges - voix qui, envers et contre tout, nous la rendent indispensable.

Le Diable tout le temps, par Donald Ray Pollock, traduction Christophe Mercier. Albin Michel, 400 p., 23,90 €.

Knockemstiff, Ohio, par Donald Ray Pollock, traduction Philippe Garnier. Albin Michel, 288 p., 22,90 €.















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