Salon de l'agriculture : "Le monde agricole est avide d’innovations"
Entre le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité, l’appauvrissement des sols, le risque de virus toujours plus résistants comme l'a montré la dernière épizootie de dermatose nodulaire contagieuse qui a frappé les bovins français durant l’hiver, l’agriculture n’a pas d’autre choix que de changer de modèle et se réinventer dans un monde toujours plus concurrentiel. Robotisation, intelligence artificielle, nouvelles semences, images satellitaires et prévisions, agrivoltaïsme… les nouvelles technologies (agritech) doivent permettre à nos cultivateurs et nos éleveurs de travailler dans un monde plus durable. Plongée au cœur de la ferme 2.O.
Entre le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité, l’appauvrissement des sols, le risque de virus toujours plus résistants comme l'a montré la dernière épizootie de dermatose nodulaire contagieuse qui a frappé les bovins français durant l’hiver, l’agriculture n’a pas le choix de changer de modèle et se réinventer dans un monde toujours plus concurrentiel. Robotisation, intelligence artificielle, nouvelles semences, images satellitaires et prévisions, agrivoltaïsme… les nouvelles technologies (agritech) doivent permettre à vos cultivateurs et nos éleveurs de travailler dans un monde plus durable. Plongée au cœur de la ferme 2.O.
Il n’y aura pas d’agriculture durable sans davantage préserver les sols. Ce qui passe par moins d’engrais et des traitements phytosanitaires plus ciblés.
L'Express : Comment définir l’agriculture de précision ?
Jean-Pierre Cohan. Elle regroupe l’ensemble des opérations dans un champ qui consistent à agir différemment en fonction de l’endroit de la parcelle via des technologies de repérage, notamment les GPS. Elle concerne les différents maillons de l’itinéraire cultural, des semis aux récoltes en passant par la période entre les deux. Les applications n’ont pas forcément la même maturité technique et tout ce qui est au point n’est pas forcément développé à large échelle.
Quelles sont les technologies les plus courantes ?
La plupart des tracteurs récents possèdent un dispositif de localisation, l’autoguidage : la machine suit de manière automatique un trajet préalablement enregistré, ce qui permet une grande régularité et une meilleure précision du travail du sol, comme le passage d’une charrue. C’est un gain de temps et d’efficacité. Lors des récoltes, par ailleurs, les moissonneuses-batteuses peuvent être équipées de capteurs de rendement, aidant l’exploitant à estimer en direct la production en un point précis, et à établir ensuite des cartes de rendement de son champ, qu’il peut valoriser de différentes façons. L’agriculture de précision permet aussi de faire varier les doses d’intrants : via un abonnement à certains services, notamment à des outils satellitaires, l’agriculteur accède à des informations géoréférencées et adapte en fonction les doses d’engrais dans la parcelle. De même pour les produits phytosanitaires, l’autoguidage l’assiste afin de couper des tronçons de rampe de pulvérisateurs sur les endroits où il ne veut pas traiter.
Quelles recherches actuelles sont les plus prometteuses ?
On essaie de coupler autoguidage et reconnaissance en direct des zones à traiter. Concrètement, une caméra filme une parcelle et ses images sont analysées en direct afin de faire la distinction entre cultures et mauvaises herbes. Selon les résultats, le nombre adéquat de buses du pulvérisateur s’enclenche automatiquement. C’est un défi technologique, mais on va y arriver.
Qu’en est-il de la robotique dans les champs ?
On utilise aujourd’hui des robots autonomes pour des opérations de type désherbage, plutôt pour des petites surfaces. Il existe aussi des robots porte-outils, qui peuvent embarquer un semoir ou un outil de travail du sol afin d’intervenir sur la parcelle en autonomie. Ces machines sont, elles, adaptées à des grandes exploitations.
Quelle place occupe l’IA dans vos recherches ?
On l’utilise au sein d’Arvalis depuis une quinzaine d’années dans l’analyse des données et le développement d’algorithmes fins d’analyse d’images, là encore pour reconnaître une mauvaise herbe, mais aussi pour compter des épis de blé, par exemple… Bien entraînée, l’intelligence artificielle permet aussi de détecter les parasites, afin de suivre la progression d’une maladie. Quant aux IA génératives, celles qui créent de nouveaux contenus, l’enjeu pour nous est d’être certains que nos recherches soient bien référencées et bien retranscrites.
Le monde agricole reste-t-il ouvert à toutes ces évolutions ?
Il a toujours été avide d’innovations. Mais les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs : pour qu’une technologie s’installe, elle doit avoir démontré sa rentabilité. Toutes ces technologies aident à l’adaptation au réchauffement climatique et visent à assurer la protection des cultures dans un contexte où le recours aux produits phytosanitaires est de plus en plus restreint. En conclusion, il ne faut pas se cantonner à une seule voie mais explorer tout un panel de solutions. Se passer de solutions technologiques serait en revanche un handicap. Toute innovation est bonne à prendre.
