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Февраль
2026

Monnaie refuge, taux d'intérêt proches de zéro... La Suisse, ce pays qui rassure les investisseurs

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Le résultat prête à sourire. Récemment, Michel Bruno Girardin s'est amusé à sortir sa calculette. Ce professeur d'économie et de finance à l'université de Genève a constaté que le franc suisse s'est apprécié de 39 % sur les vingt dernières années. Un chiffre qui rappelle de mauvais souvenirs aux Helvètes : 39 %, c'est aussi le taux de droits de douane que leur avait imposé Donald Trump, le 1er août dernier, provoquant un séisme dans le pays. "Ce fut un choc immense. On s'attendait à être logés à la même enseigne que l'Europe, soit 15 %", se souvient Michel Bruno Girardin. Le raisonnement du président américain n'avait, en réalité, rien d'économique. Et ce n'est qu'à l'issue d'un deal avec Washington que la Suisse parvint à obtenir ce taux.

Depuis, le franc suisse poursuit son ascension et fait plus que jamais office de valeur refuge, au vu du contexte géopolitique de ces derniers mois. "Récemment, des monnaies traditionnellement considérées comme telles, à l'instar du dollar américain et du yen, ont été au cœur des incertitudes que les investisseurs cherchaient précisément à fuir, ce qui a renforcé le statut du franc suisse", relève l'économiste Alexandra Janssen, directrice générale la société de gestion d'actifs Ecofin Portfolio Solutions.

Au Japon, "le tournant de la politique budgétaire, combiné à la victoire électorale du parti au pouvoir, a ravivé les inquiétudes des marchés quant à la capacité du pays à rembourser sa dette sur le long terme, détaille Maxime Botteron, économiste chez UBS Global Wealth Management. On a observé un phénomène comparable aux Etats-Unis, marqué par une érosion de la confiance liée à l’envolée de la dette et à la multiplication des droits de douane." Revers de la médaille, une monnaie trop forte peut pénaliser les exportateurs. "C'est un sujet de préoccupation important en Suisse car une large part de l’activité économique est tournée vers l’export. De nombreuses petites et moyennes entreprises supportent l’essentiel de leurs coûts en franc suisse, tout en réalisant leurs revenus en devises étrangères", souligne Alexandra Janssen.

Une stabilité politique

Pour rassurer les investisseurs, le pays dispose de plusieurs cordes à son arbalète. "Sa neutralité géopolitique et le fait qu'il se situe en dehors de l’Union européenne contribuent à son image d’îlot de stabilité dans un monde marqué par les turbulences", explique Michel Bruno Girardin. Son fonctionnement institutionnel joue également un rôle central. Le pays repose sur un système de démocratie directe et sur une grande constance politique. Si le président de la Confédération change chaque année, "il s’agit d’une fonction essentiellement honorifique, poursuit Michel Bruno Girardin. Le pouvoir exécutif est exercé collégialement par sept conseillers fédéraux, qui assument à tour de rôle la présidence. Pour les marchés financiers, ce modèle est rassurant : le pouvoir n’est pas concentré entre les mains d’un seul dirigeant."

Des finances publiques saines

Sur le plan des finances publiques, l'horizon est aussi dégagé : l'Etat fédéral affiche l'une des trajectoires budgétaires parmi les plus solides d’Europe, grâce au frein à l'endettement. Ce mécanisme, entré en vigueur en 2003, oblige la Confédération à équilibrer ses dépenses et ses recettes. "Une règle cruciale : elle contrecarre structurellement la tendance universelle des responsables politiques à dépenser excessivement, tout en restant suffisamment flexible pour permettre une relance contracyclique en période de crise. Cet équilibre a solidement ancré la confiance des créanciers", assure Alexandra Janssen.

Résultat : la Suisse emprunte aujourd'hui sur les marchés obligataires à des taux proches de zéro, quand ses voisins européens se financent à des conditions nettement moins favorables. Autre curiosité, la Banque centrale suisse applique des taux directeurs à 0 %. Pour une raison simple : l'inflation flirte elle aussi avec le néant. En 2025, elle s'est limitée à 0,2 % en moyenne. Là encore, la devise nationale joue un rôle déterminant. "L’appréciation de la monnaie crée des pressions déflationnistes. Les taux d’intérêt tendent à être bas dans les pays considérés comme des valeurs refuges. Si ce phénomène présente de nombreux avantages comme celui de faciliter l’emprunt et l’investissement, il n'est pas exempt d'effet collatéral, note Martin Wolf, professeur associé d'économie monétaire à l'Université de Saint-Gall. Les profits des banques, par exemple, se retrouvent comprimés, ce qui peut entraîner une réduction de l'offre de crédit."

Le 19 mars, la Banque nationale suisse dévoilera sa prochaine décision de politique monétaire. L'ombre d'un retour à des taux négatifs, comme ce fut le cas entre 2015 et 2022, plane. "Ce choix ne viserait qu’un objectif : atténuer les pressions liées à l’appréciation du franc", estime Maxime Botteron. Pour Martin Wolf, l'institution aurait tout intérêt "à intervenir sur le marché des changes, en achetant des devises étrangères par l’émission de réserves, plutôt que d’utiliser la politique des taux d’intérêt pour déprécier la monnaie".

Ce modèle de gestion disciplinée est-il appelé à durer ? "Les dépenses de défense vont augmenter, le vieillissement démographique entraînera une hausse des coûts de santé et de retraite, et les investissements liés à la protection de l’environnement pèseront davantage sur les finances publiques, liste Maxime Botteron. Les projections actuelles tablent d’ailleurs sur une accumulation progressive des déficits au fil des années, même si le sujet ne s’est pas encore imposé dans le débat public." Comme son proche voisin allemand, la Confédération pourrait être tentée de mettre fin au frein à l'endettement. Encore faudrait-il que cette décision passe l'étape de la votation populaire. Une autre particularité suisse.















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