VIH : un traitement préventif injectable arrive en France
C'est une "avancée majeure dans la lutte contre le VIH", s’est réjouie l'association française de lutte contre le sida, Aides. Ce jeudi 26 février, le ministère de la Santé a autorisé la vente du cabotégravir en France. Ce traitement préventif contre l'infection au VIH est commercialisé sous le nom d'Apretude et sera entièrement pris en charge. Une décision justifiée par son caractère "irremplaçable et particulièrement coûteux", d'après l'arrêté gouvernemental paru au Journal officiel.
Selon des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), de l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) et du Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS), datées de février, la PrEP "consiste à proposer aux personnes à risque de s’infecter par le VIH un traitement préventif médicamenteux qui va les protéger contre l’infection." Parce qu'il est préventif, les personnes ayant déjà contracté le virus ne sont pas éligibles. L'HAS ne recommande pas ce médicament aux femmes en âge de procréer en raison du "risque potentiel de malformation" chez le fœtus.
Une attente due au prix du médicament
Un médicament préventif contre le sida, dit prophylaxie pré-exposition (PrEP), existe déjà en France. Toutefois, parce qu'il est sous forme de comprimé, il nécessite une prise très fréquente. Loin d'être de l'ordre du détail, cette contrainte peut engendrer un mauvais suivi, voire un abandon du traitement. Apretude sera administré par injection tous les deux mois, une innovation. Le médicament, longuement attendu par les spécialistes et les associations, sera commercialisé par ViiV Healthcare, une filiale du laboratoire britannique GSK.
Une attente partiellement due au coût d'Apretude. Si la PrEP injectable avait été autorisée dès 2023 par l’Agence européenne des médicaments, puis avait vu son intérêt validé par la HAS l'année suivante, sa mise en vente avait été suspendue le temps que les autorités de santé négocient le prix du médicament. D'après la publication du ministère de la Santé au Journal officiel, ViiV Healthcare facture la dose unitaire à 1 312 euros. A titre de comparaison, elle est vendue à plus de 4 000 dollars aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, le traitement est disponible depuis 2022.
Rendre le traitement accessible
Afin de faciliter l'accès à la PrEp, la Haute Autorité de santé a formulé plusieurs recommandations. L'organisme estime qu'il serait bénéfique que les sages-femmes puissent prescrire le traitement, qu'il soit accessible aux mineurs, et ce sans nécessiter l'accompagnement d'un majeur. L'HAS souligne également l'importance de rendre le parcours de soins accessible aux individus vulnérables, dont "les personnes en situation irrégulière et sans droits ouverts à l'Assurance maladie".
Concernant l'accessibilité du traitement, l'association Aides souligne que, pour recevoir les injections d'Apretude, le patient devra réaliser un test de charge virale du VIH. Or, dans le cadre de la PrEP, ces examens ne sont pas entièrement remboursés par la Sécurité sociale. "Il va donc y avoir un reste à charge pour la personne mais qui pourra être couvert par une mutuelle si la personne en dispose", souligne Solenn Bazin. La chargée de plaidoyer de l'association y perçoit une "limite" et rappelle que les centres SPOT d'Aides à Montpellier et Marseille, du Checkpoint à Paris, et du Griffon à Lyon proposent des dépistages intégralement pris en charge.
