LFI : une honte pour notre pays mais une organisation redoutablement efficace, par Nicolas Bouzou
La France insoumise est un mouvement antisémite, racialiste - or le racialisme mène automatiquement au racisme, sinon il n’a pas de raison d’exister - et totalitaire. La gauche socialiste semble avoir découvert ce caractère intrinsèquement violent depuis que Jean-Luc Mélenchon défend mordicus la Jeune Garde, et cet antisémitisme depuis que le même Mélenchon, parodiant Alain Soral, a ironisé sur le fait que les médias prononçaient "Epstine" et non "Epstein". Quelle blague.
Tous les observateurs avisés savent depuis de longues années que ce mouvement a pour objectif de semer la division et le chaos dans notre pays, meilleur moyen pour lui d’obtenir des résultats électoraux significatifs. Quiconque a eu affaire à ces gens-là dans le débat public sait qu’ils sont plus menaçants que tous les autres réunis. Face à LFI, François Hollande ou Raphaël Glucksmann ont certes prononcé les mots justes. Mais ils ont fait alliance en 2022 avec ce mouvement dans le cadre du Nouveau Front populaire, ce qui, malgré leurs qualités respectives, est impardonnable. Dans la vie, on est ce que l'on fait, pas ce que l'on prétend être.
Le programme économique de LFI, basé sur le ressentiment et la haine vis-à-vis de la réussite, ruinerait notre pays. LFI au pouvoir, ce serait le naufrage économique, le contrôle de la presse, la haine institutionnalisée contre les juifs, la collaboration avec les totalitarismes. Si notre analyse de la situation s’arrêtait là, elle serait incomplète. Car LFI est, certes, une honte pour notre pays, mais c’est aussi une organisation redoutablement efficace, et tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, défendent la démocratie libérale, feraient bien d’y réfléchir.
Jean-Luc Mélenchon termine en général ses campagnes présidentielles avec 10 points de plus que lorsqu’il les commence et, en 2022, il a bien failli être qualifié au second tour. Par ailleurs, LFI est très forte électoralement auprès d’une jeunesse qui n’est pas fondamentalement - et heureusement - antisémite, raciste ou violente. Enfin, elle réussit de jolis coups pour se crédibiliser, par exemple en organisant il y a quelques semaines un colloque avec certaines organisations patronales où ces dernières se sont accordées pour revoir les règles de la représentativité syndicale.
L'Institut la Boétie, un instrument de réflexion puissant
LFI est une organisation remarquablement structurée, bien mieux que les partis politiques traditionnels. Alors que les seconds sont devenus des agences d’événementiel publiant éventuellement de vagues programmes, LFI s’est munie d’un instrument de réflexion puissant : l’Institut La Boétie. Cet institut est financé par LFI et coprésidé par Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté. Son rôle est triple : l’élaboration intellectuelle des idées défendues par Jean-Luc Mélenchon, la formation des militants insoumis, la génération de liens entre les sphères intellectuelles et artistiques et le monde militant. L’Institut La Boétie n'est pas un think tank proche de LFI, mais le think tank intégré à LFI pour produire des programmes et nourrir les cadres et les militants. Il a organisé récemment des séminaires théoriques et pratiques sur l’accueil des migrants, l’histoire de l’immigration ou le renouveau du communalisme. Ce travail permet aux élus LFI de disposer d’éléments de langage sur des sujets aussi variés que l’arbitrage juridique, la protection de la mer ou l’innovation technologique spatiale.
En 2022, le programme de LFI "L’Avenir en Commun" était complet et détaillé. Enfin, cette formation est sans doute la seule à réfléchir, non pas seulement au contenu de sa politique, mais à la façon de prendre le pouvoir et de gouverner. Qui d’autre que LFI prend les sujets de programme et de méthode avec autant de sérieux dans le champ politique français ? Personne. Le RN considère qu’il n’en a pas besoin, en raison de la popularité de ses idées et de ses dirigeants. Mais qu’attendent les libéraux pour se structurer de la sorte ? La méthode trotskiste et le programme libéral : voilà le cocktail pour ne pas laisser la France à ceux qui veulent en faire un champ de ruines. LFI, c’est tout à la fois l’horreur politique et l’efficacité organisationnelle. Nous, libéraux, devrions en tirer les leçons.
Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, est directeur du cabinet de conseil Astères
