L’État-nounou va-t-il éradiquer la solitude… et la liberté avec ?
Les propositions se multiplient à gauche pour que l’État prenne à bras le corps le sujet de la solitude. Propositions liberticides en vue !
C’est un intéressant article de L’Opinion intitulé « Comment ils s’emparent du thème de la solitude » qui nous a inspiré cette chronique. « Ils », c’est-à-dire nos hommes politiques de gauche et du centre, comme nos intellectuels de gauche (un pléonasme).
La solitude, le capitalisme et l’État-nounou
Synthétisons tout d’abord l’article de L’Opinion, mêlé à nos propres recherches, en classant par ordre alphabétique les hommes politiques et les intellectuels soucieux de l’éradication de la solitude.
- François Bayrou, maire Modem de Pau, lançait un « plan anti-solitude » en 2018-2019 autour d’une cinquantaine de mesures : kiosques solidaires, tables partagées, barbecues (Sandrine Rousseau a dû tiquer…), etc. L’objectif de la Ville était de « construire des relations », et pas seulement des logements.
- Clémence Guetté, députée LFI, aurait déposé le 15 janvier dernier une proposition de loi pour, entre autres, accorder des « droits aux amis » (Le Figaro, 15 janvier 2026). Elle était convaincue de la « remise en cause de la centralité et de l’évidence de la famille comme seul lien affectif et de solidarité ». Cette proposition annoncée ne se trouve toujours pas en ligne, mais nous l’attendons en trépignant…
- Paul Klotz, « haut fonctionnaire », a écrit une note pour la Fondation Jean-Jaurès intitulée « Le capitalisme de la solitude à l’assaut des liens humains » (29 août 2025) dans laquelle il anathématise le capitalisme et plaide en faveur de la « création d’un véritable service public du lien social » et ce, « afin de restaurer la cohésion et l’émancipation collective ». Nous avions consacré peu de temps auparavant une pendule (17 juin 2025) à sa volonté saugrenue de créer un « droit au sommeil ».
- Marine Tondelier, la patronne des Verts, déclarait le 16 février : « La solitude, c’est très politique ».
- Boris Vallaud, député socialiste, appelait selon un article à une « démarchandisation de la vie » dans lequel il se lamentait de l’« épidémie de solitude » causée par le capitalisme.
Même si les pensées et les idéologies politiques des différentes personnes citées peuvent varier plus ou moins – souvent moins que plus –, l’idée générale défendue est celle-ci : notre société produit de la solitude et il revient par conséquent à la puissance publique d’intervenir pour la juguler.
Les plus socialistes d’entre elles allèguent avec une colossale finesse que le capitalisme atomise la société et brise les solidarités naturelles, non seulement du fait de sa propre nature capitaliste, mais également de manière volontaire afin de tout « marchandiser ». Heureusement, l’État-nounou veille et il va fissa s’occuper des citoyens débiles, victimes de cet ignoble capitalisme destructeur de solidarité.
Le caractère liberticide de l’État-nounou
Comme souvent, ce ne sont pas les intentions que nous jugeons. Nous ne doutons pas du fait que ces personnes soient sincèrement préoccupées du bien-être de leurs concitoyens. Nous n’en serons pas moins d’une extrême sévérité, à la fois sur l’analyse qui est faite de la situation et sur les propositions qui sont formulées.
D’abord, il y a mauvaise interprétation du libéralisme. Celui-ci est certes un individualisme, mais pas pour autant un monadisme ou un solipsisme : l’être humain vit de ses échanges et interactions avec autrui. Mais des échanges et des interactions libres, et non pas imposés ; une -éventuelle- solidarité spontanée, et non pas légale.
Ensuite, il y a maldonne sur les causes profondes de la solitude. Celle-ci – ne l’oublions pas – peut être volontaire ou subie. Subie, elle provient largement du pompier pyromane qu’est l’État. L’État-nounou, c’est cet être prétendument débonnaire qui a tout fait pour briser les liens naturels et artificiels des individus. Briser les liens naturels avec évidemment au premier chef les familles – la phrase de Clémence Guetté se passe de commentaire. En effet, l’État-nounou est conçu en dernière analyse comme la seule famille de ces êtres sans traditions, sans liens, sans tampons entre l’État et eux. De là, la volonté de limiter drastiquement les héritages. Briser aussi les liens artificiels avec toutes les sociétés créées par les individus pour mettre – volontairement – du lien entre eux. A commencer par les associations, que la puissance publique a historiquement empêché de naître, puis de croître, aujourd’hui de prospérer librement en siphonnant les revenus et en subventionnant tous azimuts. En un mot, l’Etat-nounou, c’est l’empiètement liberticide de la puissance publique sur la sphère de la société civile.
Enfin, il y a retour, pour paraphraser Friedrich Hayek, chez les socialistes de tous les partis, à ce qu’Yves Guyot appelait à la fin du XIXe siècle l’atavisme social. Alors que la civilisation s’est construite par l’émancipation des liens obligatoires des tribus, ils veulent recréer des liens, mais des liens imposés. Une régression sociale sous couvert de prétendu modernisme : un comble !
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