Guerre en Iran : pourquoi la mort d'Ali Larijani est un nouveau coup dur pour Téhéran
Trois semaines après le début de la guerre en Iran, Israël traque un à un les dirigeants de la République islamique. Mardi 17 mars, l'État hébreu a annoncé la mort d'Ali Larijani dans une frappe aérienne à Téhéran. Plus tard dans la journée, le régime des mollahs a confirmé la mort du dirigeant, ainsi que de son fils, Morteza Larijani, et du chef de son bureau, Alireza Bayat.
Ali Larijani était apparu pour la dernière fois en public vendredi dernier, lors d'une marche organisée chaque année en signe d’opposition à Israël. Malgré le risque d’être pris pour cible par Israël et les Etats-Unis, son apparition était alors passée pour un acte de défi adressé à ses adversaires.
L'un des derniers hauts dirigeants encore en vie
L'homme, âgé de 68 ans, était le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) et un maillon clé du pouvoir iranien. Depuis la mort de l'ayatollah Khamenei dans une frappe israélienne le 28 février dernier, il était la figure politique la plus importante du pays. Selon The Times of Israel, Ali Larijani était perçu comme l'un des héritiers d'Ali Khamenei pour poursuivre la révolution islamique. Il avait d'ailleurs été pressenti pour lui succéder, avant que Mojtaba Khamenei ne soit finalement choisi.
Nommé en août secrétaire du CSSN, Ali Larijani a occupé des postes de haut niveau tout au long de sa carrière, marquée par sa loyauté envers Khamenei et sa réputation d'homme capable de nouer des relations pragmatiques avec les factions souvent rivales du système.
Il était aussi en charge d'un large portefeuille de dossiers. Pendant plus d'une décennie, il a été le négociateur en chef sur les questions du nucléaire. Partisan d'une ligne dure, il a toutefois été impliqué dans des efforts silencieux pour rouvrir les canaux avec Washington. Son statut de "stratège de confiance de Khamenei" a été souligné le mois dernier lors d'un voyage à Oman, pays médiateur, pour préparer des pourparlers nucléaires indirects avec les États-Unis, alors que Washington renforçait ses forces militaires au Moyen-Orient pour tenter d'obtenir des concessions de l'Iran avant les frappes, rapporte l'agence Reuters. "À mon avis, ce problème est soluble", avait-il déclaré à la télévision d'État omanaise le mois dernier, en référence aux pourparlers avec les États-Unis. "Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne s'oriente pas vers l'acquisition d'une arme nucléaire, cela peut être réglé", avait-il ajouté.
Les États-Unis l'ont par ailleurs accusé d'être parmi les architectes de la répression violente contre les manifestations antigouvernementales de la jeunesse début janvier 2026, qui ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts. Washington avait d'ailleurs émis des sanctions financières internationales à son encontre. Ces derniers mois, Ali Larijani s'était également rendu à plusieurs reprises à Moscou, allié clé du régime, pour discuter de diverses coopérations en matière de sécurité. Un signe supplémentaire du retour à la diplomatie de haut niveau de celui qui avait aussi dirigé le Parlement iranien entre 2008 et 2020.
Vers une escalade ?
Sa mort affaiblit très certainement la structure de commandement de la République islamique iranienne, déjà décimée par trois semaines de guerre. "Sur le plan opérationnel, l'impact de sa mort est probablement limité à court terme", analyse CBS News. "Mais politiquement, cela pourrait durcir les attitudes et renforcer le récit à l'intérieur de Téhéran selon lequel il s'agit d'un combat existentiel visant à démanteler le leadership lui-même". Autrement dit, après l'élimination d'Ali Larijani, figure à la fois politique et militaire du pays, une ligne encore plus dure pourrait émerger au pouvoir, rendant le régime plus rigide.
Sans lui, l'Iran perd donc un intermédiaire pour des négociations avec les États-Unis et Israël, risquant une escalade plutôt qu'une désescalade. Plusieurs experts notent que cela place les survivants face à un choix clair : concessions ou élimination. Selon CNN, "la mort d'Ali Larijani prive le régime iranien de l'une de ses voix les plus astucieuses et les plus puissantes, et pourrait rendre toute négociation pour mettre fin à la guerre plus difficile". Il était un "vrai initié qui a passé des décennies au centre du système, ce qui lui a donné de la crédibilité dans différentes parties de l'élite", commente auprès de la chaîne américaine Hamidreza Azizi, chercheur associé à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité. Et d'ajouter : "La République islamique est conçue pour survivre à la perte d'individus, mais les personnalités avec une expérience aussi diversifiée ne sont pas faciles à remplacer".
