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Venezuela : les racines d’un effondrement, par la réalisatrice Margarita Cadenas

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Les difficultés que traverse aujourd’hui le Venezuela ne sont ni conjoncturelles ni exagérées : elles sont profondes, structurelles et exigent des réponses concrètes. Derrière les chiffres de la production et les débats géopolitiques, il y a une réalité humaine faite d’hôpitaux sans électricité, d’écoles désertées et de familles contraintes à l’exil. Pour comprendre cette crise, il est indispensable de revenir brièvement sur l’histoire du pays et sur les choix qui ont façonné son économie, en particulier dans le secteur pétrolier.

Au moment où ce texte est soumis, l’arrestation de Nicolas Maduro par les forces américaines relance une crise vénézuélienne déjà profonde et remet au premier plan la question de notre industrie pétrolière. Plus que des réactions immédiates ou des débats de plateau, c’est une vision stratégique à long terme - la capacité à réparer, moderniser et relancer la production - qui déterminera si l’immense potentiel de nos réserves pourra devenir une réalité pour notre peuple, plutôt qu’un simple enjeu géopolitique.

Le pétrole vénézuélien est exploité en partenariat avec les États-Unis depuis plus d’un siècle. Extrêmement lourd, il nécessite des procédés de raffinage complexes pour être exploitable. Dès la découverte des premiers gisements, ce sont les États-Unis qui ont historiquement investi dans la création des infrastructures pétrolières indispensables à son extraction et à sa transformation. Cette relation explique en grande partie la structure technique et commerciale de l’industrie pétrolière vénézuélienne.

En 1960, la création de l’Opep, à l’initiative du Chah d’Iran et avec la participation déterminante des ministres du pétrole vénézuélien et saoudien, marque une étape majeure. Dans les décennies suivantes, entre les années 1970 et 1990, l’État vénézuélien investit massivement dans la formation de ses élites techniques. Des milliers de Vénézuéliens bénéficient de bourses pour se spécialiser à l’étranger dans les technologies de raffinage. Grâce à ces compétences, PDVSA devient une entreprise d’excellence, pleinement vénézuélienne après sa nationalisation en 1976 sous le gouvernement de Carlos Andrés Pérez, et entreprise publique depuis lors.

Une crise économique avant tout technologique

Cette réussite a été largement démantelée, notamment après le licenciement public en 2002 par Hugo Chavez de plus de 20 000 ingénieurs, managers et techniciens, privant ainsi PDVSA d’une partie essentielle de son capital humain formé au cours des décennies précédentes. Alors, pour que le Venezuela puisse aujourd’hui se relever, il est impératif de remettre en état une infrastructure pétrolière profondément dégradée après des années de négligence, d’abandon et de détournement principalement sous les gouvernements d’Hugo Chavez puis de Nicolas Maduro. En moins de vingt ans, la production s’est effondrée et ne représente plus qu’une fraction de ce qu’elle était lorsque le pays figurait parmi les principaux producteurs mondiaux.

La crise économique vénézuélienne est désormais avant tout technologique. L’industrie pétrolière est gravement endommagée et requiert un savoir-faire que même la Chine ne maîtrise pas entièrement. Les États-Unis demeurent des partenaires historiques incontournables : même sous Chavez et Maduro, les exportations de brut vers les États-Unis n’ont jamais cessé. Il serait naïf de nier que leur intérêt est d’abord énergétique. Mais il serait tout aussi irresponsable d’ignorer que le Venezuela a besoin d’investissements massifs, de plusieurs milliards de dollars, pour réparer ses infrastructures, relancer la production et recréer des revenus. Le pétrole, à lui seul, ne nourrit pas une population. Au-delà de l’énergie, c’est un pays entier qu’il faut reconstruire : la santé, l’éducation, l’économie, la sécurité, les institutions et le tissu social. Il faudra également créer les conditions permettant d’accueillir les 8,5 millions de Vénézuéliens contraints à l’exil au cours des dix dernières années. À cela s’ajoute une dimension sécuritaire majeure : Chavez puis Maduro ont ouvert le pays à l’influence de puissances et d’acteurs extérieurs - l’Iran, la Russie, la Chine, le Hezbollah - ainsi qu’aux guérillas colombiennes des Farc et de l’ELN, fragilisant durablement la souveraineté nationale.

Le Venezuela ne manque ni de ressources ni de talents. Ce qui lui fait défaut aujourd’hui, ce sont des institutions fonctionnelles, une vision à long terme et la volonté politique de reconstruire sur des bases réalistes. La sortie de crise ne sera ni rapide ni indolore, mais elle ne pourra commencer qu’à partir d’un diagnostic lucide, débarrassé des mythes et des slogans qui ont déjà tant coûté au pays.

*Margarita Cadenas est réalisatrice et documentariste franco-vénézuélienne. Son travail porte notamment sur le Venezuela, l’Amazonie et les enjeux politiques et sociaux contemporains.















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