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Quand l’ONU parle la langue d’Al-Jazeera

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Scandale : lors d’un forum organisé par la chaîne arabe Al Jazeera, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens a déclaré, en visioconférence samedi soir, que « l’humanité a un ennemi commun : Israël ».


Il est des phrases qui ne relèvent plus de l’analyse, mais de la désignation. Dire, comme l’a fait Francesca Albanese sur Al-Jazeera, que « l’humanité a un ennemi commun : Israël », ce n’est ni juger une politique ni condamner un État, c’est fabriquer une figure de détestation morale totale. Un adversaire absolu, un nom à retrancher de l’humanité commune. Le nom de trop.

Un peu de nuance, svp !

Madame Albanese sort ici du droit international pour entrer dans une dramaturgie idéologique. Lorsqu’il est encore du droit, le droit parle de faits, de qualifications rigoureuses, de responsabilités circonscrites. Il distingue, hiérarchise, nuance. Il ne sacralise pas sa propre indignation, ne transforme pas un État en incarnation métaphysique du Mal, ne convoque pas « l’humanité » comme une foule sommée d’adhérer à la désignation d’un ennemi. Le problème n’est pas que Madame Albanese critique Israël, c’est sa mission, son métier, pourrions-nous dire. Le problème est qu’elle ne fait plus que cela, et toujours selon la même grammaire : hyperbole morale, vocabulaire de l’exclusion, rhétorique de l’absolu. Chez elle, ce n’est ni un dérapage ni une maladresse, c’est un style assumé, une méthode, presque une obsession. Israël n’est jamais un État fautif parmi d’autres, mais une anomalie globale, une tache morale sur l’humanité.

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Le problème est que lorsqu’une militante propalestinienne est promue rapporteure spéciale des Nations unies et continue à parler comme un coureur d’estrade, ce n’est pas Israël qui se trouve disqualifié, c’est la fonction elle-même, et avec elle l’institution qu’elle est censée incarner. La neutralité n’est plus un impératif catégorique, mais un obstacle. Le droit n’est plus une discipline exigeante et rigoureuse, mais un simple prétexte rhétorique.

Une cible de choix

Ce glissement individuel s’inscrit dans un dysfonctionnement ancien et structurel. Depuis la fin des années 1960, l’Organisation des Nations unies est traversée par une dynamique héritée de la guerre froide et du tiers-mondisme militant. À mesure que les dictatures du prétendu « Sud global » ont investi ses instances, la défense des droits de l’homme s’est muée en gros bâton politique. Israël – semence d’Occident, allié des États-Unis, démocratie imparfaite mais réelle – est devenu la cible idéale, non parce que cet Etat serait irréprochable – quel Etat l’est ? -, mais parce qu’il permettait de fédérer des régimes autoritaires autour d’un ennemi – éternel, ontologique, commode – unanimement condamnable et symboliquement surchargé.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, héritier direct de l’ancienne Commission, a parachevé ce basculement. Il a fait d’Israël le seul État au monde soumis à un point permanent à l’ordre du jour, indépendamment de l’actualité et des faits. Une exception juridique sans aucun équivalent ! Dans le même temps, des régimes qui emprisonnent, torturent, exécutent, lapident ou pendent leurs opposants siègent, sans vergogne aucune, dans cette instance censée incarner l’universel. Lorsque l’Iran des mollahs – un régime qui tire sur les femmes, pend les homosexuels et écrase ses dissidents – peut y exercer une influence déterminante, l’inversion morale est absolument complète. Les bourreaux deviennent juges, et la démocratie imparfaite se retrouve sur le banc des accusés, conspuée par la masse sans cesse plus nombreuse des imbéciles.

Dans ce théâtre, Israël joue un rôle fonctionnel. Il concentre la colère, absorbe la culpabilité, permet à d’autres de se blanchir à bon compte. L’antisionisme devient la monnaie morale commune, le signe de ralliement idéologique minimal, le certificat de vertu à faible coût. Peu importe la complexité des faits, peu importe la réalité des conflits, la condamnation précède l’enquête, et la sentence précède toujours le droit.

Un antisémitisme recyclé

C’est ici que la question de l’antisémitisme ne peut plus être éludée, n’en déplaise à ceux qui n’ont que le mot « instrumentalisation » à la bouche. Non pas l’antisémitisme grossier, biologisant, assumé né au XIXème siècle – celui-là est aujourd’hui marginalisé, « résiduel » comme dirait Jean-Luc Mélenchon -, mais un antisémitisme politique, recyclé, déplacé, qui ne vise plus le Juif comme individu mais comme collectivité historique redevenue État. Lorsque l’on parle d’Israël comme de « l’ennemi de l’humanité », lorsque l’on nie sa légitimité existentielle plus que ses choix politiques, lorsque l’on exige de lui ce que l’on ne demande à aucun autre État, on ne critique plus, on stigmatise. Et l’on réactive, sous des habits juridiques et moraux de circonstance, le très vieux schème de désignation du bouc émissaire. Dès lors, si Israël est « l’ennemi commun de l’humanité », que fait-on de l’Iran, de la Syrie, du Soudan, de la Russie, de la Corée du Nord ? Sont-ils excusés par comparaison ? Ou bien l’ennemi n’est-il plus le crime, mais le Juif collectif redevenu État, sommé d’expier pour l’ensemble du monde ?

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Il n’y a rien de plus dangereux qu’un droit qui se prend pour une conscience morale universelle, rien de plus inquiétant qu’une institution persuadée de racheter le monde en désignant un coupable unique. L’histoire européenne devrait pourtant nous avoir appris que le Mal ne commence jamais par le massacre, mais par la certitude d’être du bon côté, par la conviction d’incarner l’humanité, par la désignation publique de l’ennemi légitime.

Le jour où le droit parle comme un prêche, il ne protège plus les hommes : il les trie. Et lorsqu’une institution internationale chargée de défendre l’universel accepte de fabriquer un ennemi absolu, ce n’est pas Israël qu’elle met en accusation, c’est sa crédibilité qu’elle enterre. Ce faisant, elle signe moins la condamnation d’un État que son propre effacement, devenu inéluctable.

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