En Inde, l'Etat de l'Andhra Pradesh se rêve en capitale de l'IA
Diplômé de l'université américaine de Stanford, le "ministre" des Technologies de l'information de l'Etat, Nara Lokesh, savoure la réussite en connaisseur.
"La révolution de l'IA a lieu ici, c'est une évidence", se réjouit-il lors d'un entretien accordé à l'AFP dans la capitale New Delhi. "En tant que pays et plus encore en tant qu'Etat, nous avons décidé de nous l'approprier".
Jusque-là plutôt connu pour son agriculture, l'Andhra Pradesh a gagné ses galons de futur "hub" technologique à la faveur de deux annonces fracassantes.
En octobre, c'est d'abord Google qui a annoncé l'installation à Visakhapatnam de son plus gros centre de données hors territoire américain. A la clé, 15 milliards d'investissements en cinq ans.
Un mois plus tard, c'était au tour de l'Indien Reliance Industries, en coopération avec le Canadien Brookfield et l'Américain Digital Realty, de faire de même dans la même ville, pour 11 milliards de dollars.
"Notre Etat a reçu près d'un quart de tous les investissements étrangers directs faits en Inde l'an dernier", salive Nara Lokesh.
Le ministre a recensé 760 projets tous secteurs confondus, d'un montant de 175 milliards de dollars.
Idéalement placés le long de la côte, tout près des câbles sous-marins qui desservent Singapour, le port de Visakhapatnam et ses 2 millions d'habitants seront le coeur du projet, annonce-t-il.
"Démographie"
"Un écosystème d'un rayon d'une centaine de kilomètres", que le ministre a déjà rebaptisé "Cyberabad".
Dans le reste de l'Inde, les projets liés à l'IA et aux nouvelles technologies ont plu avec la même persistance l'an dernier. Microsoft et Amazon, entre autres champions du secteur, ont promis d'y développer des infrastructures pour 52,5 milliards de dollars supplémentaires.
Loin derrière les Etats-Unis et la Chine, l'Inde veut rattraper son retard, riche de son milliard d'internautes.
Elle s'est notamment lancée dans un plan ambitieux de fabrication de semi-conducteurs, dix projets d'une valeur annoncée de 18 milliards de dollars.
Son Premier ministre Narendra Modi doit vanter ses efforts ce mois-ci lors d'un sommet à New Delhi.
Nara Lokesh est convaincu des atouts de son pays dans la course à l'IA. "L'Inde a l'avantage de sa démographie, elle dispose du plus grand réservoir d'utilisateurs de technologies (...) et de la stabilité politique incarnée par le Premier ministre Modi", énumère-t-il.
"Tout ça place l'Inde en très bonne position dans la compétition mondiale", insiste le ministre. Et de souligner que par sa seule taille, son pays peut traiter et exporter des données "à des prix incomparables".
Pour attirer la crème de la Silicon Valley, les autorités de l'Andhra Pradesh ont livré à leurs concurrentes indiennes une guerre féroce.
Devant ceux qui offraient des exemptions d'impôts ou des tarifs de l'énergie préférentiels, l'Etat s'est imposé en bradant aux investisseurs le prix des terrains requis pour leurs installations à... un centime symbolique.
"Garde-fous"
"Cela nous a permis de faire la différence", se frotte les mains Nara Lokesh, assurant que les futurs emplois balaieront aisément ces largesses foncières.
D'un même revers de main, il écarte les inquiétudes sur les immenses besoins en énergie et en eau des centres de données géants que son Etat s'apprête à accueillir.
Le ministre assure qu'ils seront refroidis avec l'eau des moussons et que trois des six contrats de fourniture d'électricité prévus sont déjà signés. L'Etat central a lui-même approuvé la construction en Andhra Pradesh de 6 réacteurs nucléaires de 1,2 gigawatt de puissance.
Avec la même assurance, il dit ne pas s'inquiéter de la menace que fait peser l'IA sur l'emploi.
"Chaque révolution industrielle a toujours créé plus d'emplois qu'elle n'en a détruits", note-t-il, "et elle les a créés dans les pays qui avaient embrassé ces révolutions".
Et si Nara Lokesh concède la nécessité d'encadrer l'utilisation de l'IA de "quelques garde-fous", il avertit que "la régulation ne doit pas étrangler l'innovation".
Non, vraiment, rien ne doit entraver la marche en avant de l'Inde dans la révolution qui vient, insiste-t-il.
"La seule raison" pour laquelle Google et les autres ont jeté leur dévolu sur son Etat, estime le ministre, "c'est la rapidité avec laquelle nous sommes capables de les mettre en œuvre sur le terrain".
"Nous y parviendrons", répète Nara Lokesh, "à un rythme que le pays n'a encore jamais vu".
