Добавить новость
smi24.net
World News in French
Февраль
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27
28

Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Economie du Maroc : "Dans un monde turbulent, notre pays inspire confiance"

0

Deux investissements majeurs en l'espace de six mois, qui ne doivent rien au hasard. En octobre dernier, Safran annonçait l'ouverture prochaine, au Maroc, d'une ligne d'assemblage de moteurs Leap, destinés aux A320 et A321 d'Airbus. Le 13 février, rebelote : le géant français de l'aéronautique, présent de longue date dans le pays, dévoilait cette fois-ci un nouveau projet d'usine de fabrication des trains d’atterrissage, toujours pour les futurs appareils de l'avionneur européen.

Pour Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Economie et des Finances du Maroc depuis 2021, ces victoires successives illustrent la capacité du Royaume à attirer les investissements étrangers. Auprès de L'Express, la première femme à occuper ce poste dans l'histoire, et diplômée d'HEC, détaille la stratégie industrielle et économique du gouvernement, avec comme horizon 2030, date de la Coupe du monde de football organisée conjointement avec le Portugal et l'Espagne.

L'Express : Safran a annoncé il y a quelques jours de nouveaux investissements majeurs au Maroc. En quoi ce partenariat s’inscrit-il dans la feuille de route industrielle du Royaume ?

Nadia Fettah Alaoui : Cette annonce conforte le positionnement du Maroc comme plateforme aéronautique nationale. C’est une étape supplémentaire dans la construction d’un écosystème solide. Nous ne sommes plus dans une simple logique d’implantation industrielle, mais dans une relation de confiance et de montée en gamme. Safran est présent au Maroc depuis 25 ans. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’arbitrer un lieu d’industrialisation, mais d’approfondir un partenariat stratégique.

Ces projets s’inscrivent dans une vision claire portée par Sa Majesté : ne pas se limiter à attirer des investisseurs ou de nouveaux métiers, mais renforcer la souveraineté économique du Maroc, diversifier notre base productive et assurer une intégration réelle dans les chaînes de valeur mondiales. Aujourd’hui, deux réussites sont reconnues à grande échelle : l’automobile et l’aéronautique. Elles démontrent que le Maroc est un partenaire industriel fiable, stable, capable de monter en gamme et en intelligence industrielle.

Après la voiture et l'avion, quelle est la prochaine frontière industrielle que vous souhaitez franchir ?

Nous avons identifié 16 secteurs industriels, structurés autour de 56 écosystèmes. Notre objectif est de créer de nouvelles locomotives et de faire émerger des champions nationaux, avec une logique de souveraineté au service des citoyens. Par exemple, l’agriculture est une réussite, mais la transformation agroalimentaire reste en deçà de notre potentiel. C’est un axe prioritaire de développement.

L’industrie pharmaceutique est également stratégique. La crise du Covid a renforcé la prise de conscience mondiale sur les enjeux de souveraineté sanitaire. Le Maroc, qui disposait déjà d’une base industrielle dans ce domaine, s’est rapidement positionné, notamment sur les vaccins.

Nous travaillons aussi à la valorisation des territoires et des ressources. L’activité économique reste concentrée dans certaines grandes villes. Nous développons donc de nouveaux pôles industriels hors de celles-ci, autour de l’hydrogène vert par exemple. Enfin, nous poursuivons notre intégration dans les chaînes de valeur mondiales, par exemple dans la mobilité électrique, en continuité avec ce que nous avons construit dans l’automobile et l’aéronautique.

Le Maroc attire un nombre croissant d’entreprises étrangères depuis plusieurs années. Quels sont aujourd’hui les avantages compétitifs du pays ?

Il y a plusieurs éléments déterminants. Le premier est la stabilité. Dans un monde turbulent, le Maroc est un pays qui inspire confiance. Etre fiable, prévisible, discipliné dans l’exécution de ses politiques publiques est un véritable atout économique.

Ensuite, il y a les grandes transitions que nous avons engagées, notamment la transition verte. Le Maroc l’a amorcée dès 2010 et nous suivons une trajectoire claire, sans dévier de notre ligne. Nous sommes en avance sur le développement des énergies renouvelables dans notre mix énergétique, même si nous voulons accélérer pour atteindre nos ambitions.

Il y a aussi la question des talents. C’est un élément clé, illustré par le dossier Safran. La présence d’ingénieurs et de techniciens qualifiés, ainsi que notre volonté de renforcer encore la formation, pèsent fortement dans les décisions d’investissement. Enfin, notre connectivité et notre logistique répondent aux meilleurs standards internationaux.

Comment éviter l'écueil d’une trop forte dépendance aux capitaux étrangers ?

L’ouverture du Maroc aux investisseurs internationaux est un choix stratégique, assumé et planifié. Mais le niveau d’intégration locale est aujourd'hui primordial. Dans l’automobile, par exemple, il dépasse 60 % et nous avons encore des ambitions supérieures. Nous avons réussi à structurer un tissu de PME marocaines autour de cet écosystème.

Une entreprise marocaine crée de la valeur au Maroc, permet d’innover et de favoriser l’emploi. C’est cela qui compte. Nous accueillons les entreprises internationales, mais nous soutenons également le capital marocain, en lui offrant des opportunités de montée en gamme et d’investissement. Les acteurs nationaux se sophistiquent et se modernisent. C’est cette combinaison qui permet de renforcer notre base productive.

Comment retenir les talents locaux ?

Nous formons aujourd’hui environ 24 000 ingénieurs par an. C’est important, mais cela ne suffit ni pour les besoins du Maroc, ni pour ceux du marché international. Nous devons donc continuer à augmenter cette capacité de formation. L’employabilité au Maroc est forte. Les ingénieurs trouvent des opportunités, des perspectives de carrière et évoluent dans leur propre pays. C’est un facteur essentiel.

Ils bénéficient aussi d’une exposition internationale. Même en travaillant au Maroc, ils sont intégrés dans des chaînes de valeur mondiales, ce qui garantit leur mobilité et leur évolution future. Nous formons également des ingénieurs à l’international. Beaucoup intègrent de grandes écoles françaises, avec de très bons résultats. Il y a là un axe de coopération à approfondir, qui suppose un travail conjoint et structuré. Enfin, l’apprentissage et la formation professionnelle sont essentiels. Dans l’aéronautique, les partenariats public-privé sont exemplaires. C’est une piste majeure pour former plus et mieux.

Comment le Maroc se positionne-t-il dans un monde fragmenté entre les Etats-Unis, l’Europe et la Chine ?

Le Maroc a toujours été un pays ouvert, qui entretient des relations de long terme avec l’ensemble de ses partenaires. Notre positionnement repose sur la constance et l’équilibre. Dans le contexte actuel de reconfiguration mondiale, que nous ne percevons pas uniquement comme un risque mais aussi comme une opportunité, ces qualités deviennent des atouts majeurs. Etre un partenaire stable et prévisible permet au Maroc de capter des investissements et de s’inscrire sereinement dans les nouvelles chaînes de valeur. Dans l’industrie, notamment dans les secteurs liés à la mobilité, nous accueillons des investissements en provenance des différents blocs économiques.

Et sur votre marché naturel, le continent africain ?

La vision portée par Sa Majesté est claire : nous n’abordons pas l’Afrique comme un simple marché. Il s’agit d’un destin économique et humain partagé. Le Maroc est aujourd’hui le deuxième investisseur africain en Afrique, et cette dynamique est portée en grande partie par le secteur privé.

Notre expansion s’est d’abord structurée en Afrique de l’Ouest, en raison de proximités linguistiques, culturelles et réglementaires. Concernant le Sahel, l’Initiative atlantique portée par Sa Majesté est essentielle. Elle vise à proposer des solutions de désenclavement et d’intégration économique en mettant à disposition des infrastructures marocaines, dans le cadre de modèles construits conjointement avec les pays partenaires.

Les banques marocaines sont de plus en plus présentes en Afrique. Quel rôle joue le secteur financier dans la stratégie économique extérieure du Royaume ?

Les banques marocaines ont effectivement une présence très forte, notamment en Afrique de l’Ouest, avec des parts de marché significatives, parfois supérieures à 30 %. Aujourd’hui, ce sont de véritables banques locales dans les pays où elles opèrent. Elles ont apporté des capacités financières solides, des bilans à l’échelle, mais surtout elles accompagnent les opérateurs économiques locaux, publics et privés. C’est un point fondamental.

Il ne s’agit pas simplement de banques au service des investisseurs marocains. Elles sont devenues des acteurs incontournables des économies locales, avec une stratégie ancrée sur place. A l’avenir, l’enjeu est d’aller vers davantage de sophistication financière. Les besoins de financement du continent africain dépassent largement les capacités du seul secteur bancaire, qu’il soit marocain ou non.

Nous souhaitons donc renforcer la coopération et développer l’accès à des financements internationaux et à des instruments financiers plus élaborés, afin de répondre aux besoins du continent.

Vos efforts de discipline budgétaire sont-ils en train de payer ?

Notre trajectoire macroéconomique est globalement solide. Après la période du Covid, où le déficit public avait atteint environ 7 % du PIB, nous avons engagé un programme de consolidation. Le déficit devrait se situer autour de 3,5 % en 2025, avec un objectif d’environ 3 % dès 2026.

La dette publique suit également une pente descendante, avec un niveau anticipé à 67,4 % en 2025, en avance sur nos objectifs. Ce qui compte avant tout, c’est la stabilité de cette trajectoire macroéconomique. L’inflation est maîtrisée, autour de 0,8 %, et la croissance reste dynamique, proche de 5 % en 2025, avec une projection similaire pour 2026. Cette discipline macroéconomique a permis de soutenir l'activité, car elle s’inscrit dans une stratégie de long terme. Pour une économie de la taille du Maroc, cette approche du temps long est essentielle.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis de l’économie marocaine ?

Le premier défi est la transition verte, car nous aurons besoin d’une électricité à la fois abondante, compétitive et décarbonée. Nous avons fait des choix stratégiques dans ce domaine et nous continuons à accélérer.

Le capital humain constitue également un enjeu central. Nous avons évoqué les ingénieurs, mais la réforme du système éducatif est cruciale pour renforcer la qualité de la formation. Enfin, la croissance doit se traduire par des créations d’emplois dans les territoires. Il est indispensable d’attirer davantage d’investissements dans les régions qui en bénéficient encore insuffisamment, et de lutter contre le chômage des jeunes, qui reste une priorité majeure.

Quels territoires souhaitez-vous particulièrement développer ?

Un exemple intéressant est la région de l’Oriental [NDLR : au nord est du pays], autour du futur port de Nador West Med. Ce projet s’inscrit dans la continuité du succès de Tanger Med. L’objectif n’est pas seulement de créer un nouveau port mais un véritable écosystème économique autour de cette infrastructure.

On observe déjà sur place l’installation d’opérateurs maritimes de dimension internationale. Une zone industrielle de plus de 700 hectares est en cours de développement, avec un potentiel important de création d’emplois.

Le modèle que nous visons ne repose pas uniquement sur l’infrastructure en elle-même, mais sur la capacité à attirer des investisseurs et des opérateurs économiques pour générer un tissu productif durable. L’enjeu est d’associer les acteurs régionaux, notamment dans la formation et l’insertion des jeunes, afin de créer une dynamique locale forte.

Le cap 2030, lié à l'organisation de la Coupe du monde de football, constitue-t-il une étape ou un horizon pour les réformes ?

Cette échéance ne modifie pas la trajectoire du Maroc, mais elle doit permettre d’accélérer certains investissements déjà planifiés, notamment ceux liés à la Coupe du monde. Ces projets restent essentiellement des investissements ciblés et opérationnels.

L’avantage de cet horizon est qu’il impose une plus grande cohérence dans l’exécution des politiques économiques. Les retombées ne seront d’ailleurs pas uniquement attendues en 2030 : elles sont déjà visibles aujourd’hui, notamment dans le secteur du tourisme, qui enregistre des niveaux d’activité historiques, avec l’espoir de poursuivre cette dynamique dans les années à venir.















Музыкальные новости






















СМИ24.net — правдивые новости, непрерывно 24/7 на русском языке с ежеминутным обновлением *