INFO L'EXPRESS. Le coordonnateur adjoint du renseignement à l'Elysée rejoint CMA-CGM
Son parcours est tout aussi discret que son profil - à peine trouve-t-on trace de son nom sur le site de l'Elysée. Thierry Wiley, numéro 2 de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), vient d'être recruté dans le privé. Le haut fonctionnaire rejoindra en juillet l'armateur CMA-CGM. Il y occupera le poste de vice-président aux affaires stratégiques auprès de son PDG, Rodolphe Saadé. Avec sa carrière partagée entre le ministère des Armées et la diplomatie, il est l'un des derniers recrutements illustrant l’intérêt croissant du secteur privé pour les anciens des services secrets.
Officier de l'armée de Terre, réserviste de la Marine nationale, Thierry Wiley a passé l'essentiel de sa carrière à la DGSE. Spécialiste du Moyen-Orient, arabophone et persanophone, il a été officier traitant et a occupé des responsabilités dans la région. Au début des années 2010, il prend la tête de la cellule de coordination de la DGSE pour la libération des otages de Daech.
Libération d'otages
A cette époque, il est notamment responsable de l'opération de libération des otages Edouard Elias et Didier François. Le 19 avril 2014, les deux journalistes sont rapatriés depuis la Turquie par le groupe aérien mixte 56 Vaucluse (GAM-56), l'unité de transport aérien de la DGSE. Wiley est dans l'avion, costume bleu et mocassins, élément incongru au milieu des agents du service action. "Il était monté à toute berzingue dans l'avion, encore en costard. On a commencé le débriefing de la situation en Syrie directement sur le vol du retour, autour d'un cassoulet en conserve et d'un pack de Kronenbourg", raconte Didier François, aujourd'hui consultant chez BFMTV (qui appartient au groupe CMA-CGM). Le journaliste et l'agent de la DGSE sont restés liés, passant de nombreux mois à tenter de remonter la piste des Français haut placés dans l'organigramme de Daech.
A partir de 2015, Wiley rejoint le Quai d'Orsay après avoir passé le concours externe de l'ENA. Il devient ensuite sous-directeur, chef de la mission pour l'anticipation et les partenariats au centre de crise et de soutien. Créé deux ans plus tôt, le CDCS doit coordonner les moyens du ministère des Affaires étrangères en cas de crise. Il y demeure plusieurs années, avant de retourner boulevard Mortier pour devenir chef de cabinet de Bernard Emié, alors directeur de la DGSE. Il est ensuite promu à la tête du centre de mission sur l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient de "la Boîte". "On l'appelle le centre de mission thé à la menthe", ajoute Didier François. Wiley le dirige deux ans, sous les ordres de Bernard Emié, puis de Nicolas Lerner, et entre ensuite à l'Elysée. Son expertise sur le contre-terrorisme et l'interministériel profite à la CNRLT, où il occupe le poste de numéro 2 du préfet Pascal Mailhos.
Après sa longue carrière entre ministère des Armées et la diplomatie, Wiley veut désormais "voir d'autres horizons", explique-t-on dans son entourage. Le poids de CMA-CGM dans le transport mondial l'aurait convaincu de quitter l'Etat - en tout cas pour l'instant. "A une époque, les militaires prenaient beaucoup la tête de la direction de la sûreté des entreprises. Aujourd'hui, les grands groupes souhaitent recruter des personnes qui ont à la fois un côté sécuritaire et une compréhension des enjeux diplomatiques", analyse un de ses proches.
