Municipales 2026 : la double campagne de Marine Tondelier sous l’œil d’Olivier Faure
"Vous faites ce que vous voulez, mais nos espoirs reposent sur vous pour les douze prochaines années." Mars 2014, place du marché d’Hénin-Beaumont. La colistière EELV du coin, une certaine Marine Tondelier, fait les cent pas téléphone en main. La gauche est en déroute dans le reste du pays mais l’Isère, elle, est un îlot. À l’autre bout du fil, un conseiller d’Éric Piolle reçoit quelques encouragements avant l’élection de son poulain à la mairie de Grenoble. Mais l’exception est un signal faible. Les Verts n’auront qu’à attendre le prochain scrutin local pour que la vague émeraude ne déferle sur les métropoles et autres villes de plus de 100 000 habitants. Comme un éternel recommencement à l’aube de nouvelles élections municipales où l’écologie n’est plus une priorité, certains édiles verts - comme à Lyon, Strasbourg ou Bordeaux - affichent une grise mine. Devenue aujourd’hui patronne des Écologistes, Marine Tondelier s’apprête ainsi à remettre en jeu le patrimoine du parti, et bien davantage encore.
Campagne à double face
Marine Tondelier a mené une campagne à double face. Côté pile, la secrétaire nationale des Écologistes est venue appuyer les listes portées par des Verts ou composées de personnalités de son cru. Elle et ses amis, comme le sénateur Thomas Dossus, voient même "la bérézina s’éloigner", escomptent d’autres conquêtes, à l’instar des villes de Talence, Fécamp ou Lorient. Jeudi 12 mars, les boucles écologistes ont chauffé, car les huiles ont fait circuler un bon sondage. À Lyon, le sortant Grégory Doucet remonterait petit à petit la pente face à Jean-Michel Aulas, pourtant donné largement vainqueur depuis le début de la campagne.
Côté face, la candidate à l’élection suprême, déclarée depuis l’automne a, au gré de ses 49 déplacements depuis le mois de janvier, "dont trois villes différentes dans la même journée", parfait sa connaissance des territoires. Cyrielle Châtelain, la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, a plaidé auprès de Marine Tondelier pour "ne pas nationaliser les municipales". La secrétaire nationale en a pris bonne note : "Elle a fait une campagne deux en un, mais n’a parlé que des municipales", jure l’un de ses amis.
Liera-t-elle son avenir présidentiel aux performances de ses candidats, pour le meilleur et pour le pire ? Quoi qu’il en soit, d’autres le feront pour elle. "Si on se crashe, Marine ou pas Marine (Tondelier), la présidentielle, ça sera difficile", souffle un potentat écolo de son courant. Ses contempteurs internes, eux, pourraient bien sonner l’hallali : tout sauf sibylline, sa némésis écolo Sandrine Rousseau sent bien que "ça pourra secouer".
Derrière le scrutin local plane l’ombre de 2027. Les Écologistes, comme le Parti socialiste et les anciens insoumis et leurs moutures, ont majoritairement calqué leurs accords sur la stratégie unitaire de la gauche non-mélenchoniste à l’élection présidentielle. "On a souvent reproduit le périmètre de Bagneux aux municipales, précise Thomas Dossus. Si l'on garde et gagne des villes, on montre que la gauche rassemblée est en conquête". "C'est une erreur", juge Sandrine Rousseau, qui s'inquiète de voir la formation de Jean-Luc Mélenchon écartée du périmètre de la victoire.
Sommés depuis des années de choisir entre les pôles socialiste et insoumis, Les Écologistes ont entamé une amorce de choix. Et en ont payé le prix. Ici et là, à Montpellier ou à Paris, une poignée d’écologistes ont rejoint les listes des candidats LFI, labellisant leur dissidence pilotée d’une bannière : les "Verts populaires". Dans un wagon pour Limoges, où Marine Tondelier et Manuel Bompard sont allés soutenir le même candidat, la cheffe à la veste verte s’est émue de ces curieuses méthodes employées à l’égard des "partenaires". "Nous n’avons pas de partenaires", lui a répondu l’intéressé. Voilà qui est dit, et voilà qui est fait.
Les coups bas du PS
Mais les vrais copains des Écologistes, eux, ont aussi su jouer des coudes. À Strasbourg, Catherine Trautmann, dit "le bulldozer", et ancienne maire socialiste de la ville, a déclaré la guerre à l’édile verte, Jeanne Barseghian. L’opération, observée avec beaucoup de bienveillance par les huiles socialistes, fauristes et opposants compris, ulcère Marine Tondelier au plus haut point. "Il faut régler le problème" : la secrétaire nationale écolo a longtemps tenté de convaincre ses homologues roses, sans succès. À Metz aussi, elle est convaincue que son candidat aurait été "capable de faire l’union et de gagner". Mais le prétendant socialiste s’est maintenu, sans intervention de l’état-major PS, amoindrissant ainsi les chances de succès. Voilà toute l’ambiguïté de ce scrutin : souvent pieds et poings liés, la gauche non-mélenchoniste en profite aussi pour mesurer ses forces dans le bocal unioniste. Les socialistes sont convaincus de ressortir de ce scrutin victorieux ; Les Écologistes craignent surtout une enivrante victoire du PS, bardée de coups fourrés.
Décembre 2025, entre quatre yeux. "Tu vas m’aider à convaincre pour la primaire", glisse Olivier Faure à Marine Tondelier. Le premier des socialistes sent bien que ses troupes sont réticentes à l’idée d’engager le parti tout entier dans une primaire de la gauche à l’issue incertaine, prévue le 11 octobre. Quatre mois sont passés et autour du patron, le discours a changé. Marine Tondelier, chantre du processus, en veut à Boris Vallaud, l’homme qui fait et défait les majorités au PS, le même qui a donné un coup de canif à la primaire. Il est désormais urgent d'attendre dans la vieille maison. Les proches d’Olivier Faure soulignent ainsi que "jamais le Parti socialiste n’a désigné son candidat aussi tôt". Sur le fond, ils admettent que "la primaire n’a pas emporté d’enthousiasme", et qu’ils "verront l’état de l’opinion et du rapport de force à gauche" à l’issue de ce scrutin municipal.
Un leadership à leur avantage, bien sûr, qui permettrait au premier secrétaire d’imposer une candidature présidentielle issue du Parti socialiste. Après les municipales, les Verts comptent bien mettre la pression sur leurs alliés : un meeting unitaire à Marseille est dans les tuyaux, sans confirmation à date. Eux ont retenu la leçon : "Vous n’êtes pas obligé de répéter les erreurs que nous avons faites." Cette phrase - une référence à la déroute présidentielle de Yannick Jadot, gonflé par les bons scores écolos aux européennes de 2019 et aux municipales de 2020 - Cyrielle Châtelain l’a répétée à toute la direction du PS…
