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BuzzFeed
Декабрь
2016

Comment Black Lives Matter s'est mondialisé

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2016 est l'année où Black Lives Matter a pris une envergure mondiale.

Le mouvement né aux États-Unis a fait des émules jusqu'au Brésil, en Afrique du Sud et en Australie, où des militants descendent dans la rue et mobilisent les réseaux sociaux en solidarité avec les victimes de violences policières. Ils ont adopté le slogan «Black Lives Matter» pour amplifier des mouvements locaux et leurs appels à plus de justice –et l'ont utilisé pour pointer du doigt ce qu'ils considèrent être une approche hypocrite des médias et structures de pouvoir de leur pays.

«Les médias français sont capables de voir les couleurs dans d'autres pays et d'écrire dans un titre d'article qu'une personne noire a été tuée par la police aux États-Unis, mais ils ne sont pas en mesure de le faire en France», a par exemple dit à BuzzFeed News Fania Noël, coordinatrice de Black Lives Matter France.

Ce n'est pas la première fois que des mouvements pour les droits civiques et anti-colonialistes partout dans le monde tissent des liens. Mais BLM a alimenté un élan mondial et aidé de plus petits groupes à se parler et à être entendus. Les militants américains ont une approche plus mondiale quant à leur travail. La vision du Movement for Black Lives a été traduite en espagnol, français, arabe et chinois, et donnée en exemple par les militants canadiens, qui s'en servent comme modèle.

BuzzFeed News a parlé à des militants en France, au Brésil, en Australie, au Canada, Royaume-Uni, États-Unis et Afrique du Sud des sujets sur lesquels ils se concentrent, de la façon dont ils travaillent ensemble et dont ils voient l'avenir du militantisme alors que les mouvements nationalistes blancs d'extrême droite se répandent eux aussi au niveau mondial.

La famille d'Adama Traoré pendant une manifestation, le 30 juillet 2016.

Julien Mattia / NurPhoto via Getty Images

PARIS - En juillet, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de Paris et de Beaumont-sur-Oise après la mort d'Adama Traoré lors de son interpellation. Le hashtag #JusticePourAdama a été rapidement suivi par #BLMFrance et des rassemblements où les manifestants ont chanté «Black lives matter!» en anglais.

Un nouveau mouvement, Black Lives Matter France, est né, dans un pays au passé colonialiste qui s'est construit comme une république égalitaire «qui ne voit pas les couleurs». Le slogan a réuni plusieurs groupes existants, antiracistes ou luttant contre les violences policières (le collectif Mwasi, la brigade anti-négrophobie, Ferguson in Paris...). BLM France est un agrégat d'associations organisées qui vise à accroître la visibilité de leurs causes.

«Lorsque nous avons commencé à utiliser le hashtag sur les réseaux sociaux, nous avons également voulu dénoncer l'hypocrisie en France», a dit à BuzzFeed News Fania Noël, la coordinatrice de Black Lives Matter France, un groupe qui s'intéresse à toutes les formes de racisme structurel. «Les médias français sont capables de voir les couleurs dans d'autres pays et d'écrire dans un titre d'article qu'une personne noire a été tuée par la police aux États-Unis, mais ils ne sont pas en mesure de le faire en France», dit-elle. Et d'ajouter: «Avec BLM France, nous avons une caisse de raisonnance pour utiliser des mots qui font mal aux oreilles comme "négrophobie" mais qui servent à faire avancer notre cause.»

«Les médias français sont capables de voir les couleurs dans d'autres pays et d'écrire dans un titre d'article qu'une personne noire a été tuée par la police aux États-Unis, mais pas en France.»

D'autres groupes ont également cherché à apprendre de BLM, y compris Urgence Notre Police Assassine (UNPA), la principale organisation de lutte contre la violence policière. Ils ne se focalisent pas uniquement sur la couleur de peau des personnes visées et dénoncent l'ensemble des brutalités policières qu'ils considèrent comme systémiques, mais ont également été en contact avec BLM aux États-Unis. Le 14 juillet dernier, ils ont notamment accueilli Evelyn Reynolds, une activiste BLM de l'Illinois, pour une journée d'ateliers sur l'histoire de la police française place de la République à Paris.

«Nous nous sommes rencontrées pour voir les similitudes de notre travail, ce que l'on vit au quotidien», explique Amal Bentounsi, qui a créé UNPA après la mort de son frère tué par la police en 2012. «C'est très dur et je ne suis pas très organisée. J'ai besoin d'apprendre d'eux. Je ne suis pas née militante, j'ai besoin de m'inspirer et aussi de leur apporter ce que l'on sait faire.» Amal Bentounsi envisage par ailleurs de lancer un «observatoire national des violences policières» en ligne pour recenser les victimes et partager des données supplémentaires sur le sujet.

Des groupes faisant partie de BLM France ont aussi participé à des manifestations contre les violences policières ou en soutien à la famille d'Adama Traoré. En novembre, ils ont par exemple organisé une action à Saint-Denis (93), après l'altercation entre des forces de l'ordre et un professeur de Paris 1 qui avait filmé l'arrestation d'une femme noire.

À l'approche de la présidentielle 2017, le Brexit et la victoire de Donald Trump vont-ils aider BLM France à renforcer ses troupes? Pas d'après Fania Noël, qui ne voit pas la victoire de Trump, ou la politique française, comme ayant beaucoup d'influence sur son travail militant.

«Ce genre d'événements aura surtout un impact sur les gens qui veulent rejoindre des mouvements tels que "Tous unis contre la haine", mais pas sur le nôtre», estime-t-elle. «Ils ne se tourneront pas vers les organisations qui veulent la fin de la suprématie blanche.»

David Perrotin, reporter à BuzzFeed News, France

SÃO PAULO – Alors que le monde entier avait les yeux rivés sur le pays organisateur des J.O. d’été, une délégation américaine du mouvement Black Lives Matter s’est rendue à Rio de Janeiro en juillet dernier pour rencontrer les groupes locaux qui luttent contre les abus racistes et les violences de la police.

Le voyage fut particulièrement émouvant pour le révérend Waltrina Middleton, une militante pour la justice sociale originaire de Cleveland. Son cousin, le révérend DePayne Middleton, est l’un des neuf Américains noirs tués l’an dernier dans l'église épiscopale méthodiste africaine Emanuel de Charleston, en Caroline du Sud, lorsqu’un suprémaciste blanc a ouvert le feu pendant que des fidèles étudiaient la Bible dans ce lieu de culte historique pour la communauté noire.

À Rio, le révérend Middleton a rencontré Débora Maria da Silva, qui a perdu son fils Edson dans les violences meurtrières qui ont touché São Paulo en mai 2006, quand la police a riposté face aux attaques et mutineries orchestrées par un gang. En seulement deux semaines, des centaines de civils ont trouvé la mort dans ce qui a pris la forme, d’après les groupes de défense des droits de l'Homme, d’exécutions sommaires perpétrées par la police et visant les habitants pauvres et de couleur. Selon sa mère, Edson, 29 ans à l’époque, rentrait pour récupérer des médicaments dans le quartier ouvrier où il vivait avec elle, lorsque la police lui a tiré dessus.

Waltrina Middleton a défilé en silence avec Débora Maria da Silva et son groupe, Mães de Maio (les Mères de mai). Elles ont traversé l'une des favelas où leurs enfants ont été tués en brandissant des photos d'eux devant des postes de contrôle de police. Ces femmes, à qui l’on a refusé une tribune pour s’adresser aux autorités, ont, elles, refusé qu’on les ignore.

«Nous nous devons d’écrire notre propre histoire, et c’est ce qu’ont fait ces femmes», conclut le révérend Middleton. «C’était quelque chose de très fort de les voir tenir l’espace –l’occuper et le déclarer sacré au nom de leur enfant décédé, et assassiné.»

La délégation américaine a demandé aux Mères de mai s'il était possible de rapporter aux États-Unis un des drapeaux noirs du groupe, «et c’est comme s’ils avaient emmené nos enfants avec eux», nous a dit Débora Maria da Silva.

«La balle qui tue là-bas est la même qui tue ici», dit-elle à propos des homicides commis par la police au Brésil comme aux États-Unis. «Et partout les policiers sont acquittés.»

Dix ans après le meurtre d’Edson, les choses n’ont pas vraiment changé. Un rapport publié en 2016 par Amnesty International montre une tendance inquiétante aux meurtres extrajudiciaires et autres opérations étouffées par des policiers qui doivent rarement rendre des comptes. Les Brésiliens noirs ou métis représentent plus de la moitié de la population du pays, mais sont toujours derrière en terme de revenus, d’éducation et de représentation au sein du gouvernement. Une enquête parlementaire a récemment établi qu’un jeune noir était tué au Brésil toutes les 23 minutes.

Les mères brésiliennes ont gardé contact avec la délégation américaine et se sont rapprochées de militants au Salvador, au Canada, en Colombie, au Chili ainsi qu’au Mexique. Avec l’intention de se réunir à nouveau à Rio en mai prochain.

Pour Waltrina Middleton, ce sont ces relations tissées aux quatre coins du monde qui l’aident à continuer son combat aux États-Unis. «Le jour où Donald Trump a été élu, j’ai reçu des tonnes de messages qui disaient "On est là pour toi, on t’aime"», raconte-t-elle, ajoutant que l’élection de Hillary Clinton ne lui aurait pas non plus facilité la tâche.

En combattant la rhétorique et les idéaux racistes qui ont mené Donald Trump à la victoire, les militants américains, doivent, dit-elle, voir plus loin que les États-Unis.

«Nous avons une responsabilité, celle d’avoir conscience et de se préoccuper de son impact sur la diaspora et dans le monde», affirme le révérend. «Nous ne pouvons pas nous permettre de regarder ailleurs.»

Tatiana Farah, journaliste à BuzzFeed News, Brésil et Susie Armitage, BuzzFeed global managing editor

Des manifestants du mouvement Black Lives Matter défilent dans le centre de Londres, le 10 juillet 2016, pour protester contre le meurtre de plusieurs hommes noirs par la police aux États-Unis.

Daniel Leal-Olivas / Getty Images

LONDRES – Certains militants britanniques voient encore plus grand pour le mouvement Black Lives Matter, dans un contexte post-Brexit qui a vu une multiplication des actes xénophobes et la montée de l’islamophobie et des propos anti-immigrants. «Quand on dit "les vies des noirs comptent", on ne parle pas juste des citoyens britanniques noirs», explique Alexandra Kelbert, 25 ans, professeure et chercheuse, membre d’un réseau d’activistes baptisé Black Lives Matter UK (BLM UK). «On pense aussi à l’Immigration Act qui rend impossible pour des tas de gens, y compris des noirs, de trouver un travail, louer un appartement et simplement faire sa vie dans ce pays.»

Mais sensibiliser à ces problématiques plus larges sous l’appellation BLM UK n’a pas toujours été facile. Début septembre, le collectif a essuyé une pluie de critiques après une manifestation contre le réchauffement climatique à l’aéroport de Londres-City où les neuf activistes présents étaient blancs. Pour Alexandra Kelbert, qui est noire, la décision d’envoyer une équipe entièrement blanche était «stratégique, mais nécessaire». Une explication qui n’a pas franchement convaincu, comme celle avancée par BLM UK selon laquelle le réchauffement climatique serait une «crise raciste».















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